DENTS CHEZ LES PRIMATES
incisives, une canine, quatre prémolaires et trois grosses molaires à chaque mâchoire et de chaque côté, au total quarante-quatre.
Chez les Primates, — en excluant les Lémuriens qui sont des animaux de transition discordante, à type non arrêté, — les dents sont fortement spécialisées et caractérisées en tant qu’incisives, canines et molaires, celles-ci tuberculeuses. Elles sont en rangées continues, sensiblement de niveau, — sauf la canine qui dépasse souvent, — enfin symétriques en haut et en bas.
Yoici leur formule chez les Cébiens * | j-f = 36, c’està-dire une de moins que dans le type ancien des Mammifères; voici la formule chez les Pithéciens, les Anthropoïdes et l'Homme, * f-f = 32, c’est-à-dire une prémolaire de moins que chez les Cébiens.
Les dents ne fournissent aucun caractère distinctif certain entre les Pithéciens et les Anthropoïdes ; elles en donnent peu entre ceux-ci et l’Homme.
Voici ceux qu’on a discutés :
1° Lartetet Owen ont signalé chez les Anthropoïdes des cas où la canine permanente serait sortie après la dent de V, maxillaire supérieur; P, palatin; 6, as „ 1 . intermaxillaire; 1, trous palatins posté-
SageSSe. Broca ne pailage pas rieurs; 8, trou palatin antérieur.
cet avis ; il croit que le renouvellement s’opère dans le même ordre chez les Singes et l’Homme ;
2° Le volume des grosses molaires diminuerait d’avant en arrière chez l’Homme, et augmenterait chez les Singes, suivant Pruner-Bey. Pour nous, les deux cas se rencontrent à la fois chez l’Homme et les Singes. Toutefois, chez l’Homme, la diminution d’avant en arrière est plus évidente dans les races supérieures que dans les races inférieures;
3° Le nombre des tubercules des grosses molaires (*) serait de quatre chez l’Homme et de cinq chez les Anthropoïdes, spécialement à la mâchoire inférieure. Pour nous encore, le
Fig. 98. — Schéma de la voûte palatine chez l’Homme.
I. P. Topinard. Les caractères simiens de la mâchoire de la Naulette, in Revue rî Anthropologie, 1885, p. 385.
312 DENTS CHEZ L’HOMME ET LES ANTHROPOÏDES
chiffre de cinq tubercules se rencontre de part et d’autre, notamment à la mâchoire inférieure, spécialement sur la troisième grosse molaire. Toutefois le chiffre de quatre se rencontre plus fréquemment dans les races humaines supérieures et celui de cinq dans les races inférieures;
4° La canine, longue, pointue et un peu courbée, dépasse, en règle générale, les autres dents. Parmi les espèces oü c’est le plus prononcé, il faut placer les Cynocéphales, le Colobe, le Gorille ; et parmi les exceptions le Cercopithèque, l’Orang. Ce caractère réunit les Singes et les Anthropoïdes et les sépare de l’Homme ;
5° Un petit intervalle appelé diastema existe en haut, entre la canine et l’incisive latérale, sur la généralité des Singes, y compris les Anthropoïdes. Cet intervalle manque entièrement chez l’Homme.
Voici comment les choses se présentent :
Normalement, ce point est l’endroit où se réunissent la pièce incisive, ou intermaxillaire, et la pièce canine de l’embryogénie, au maxillaire supérieur. A mesure que la face se développe chez les Singes, il s’y dessine un intervalle qui est en grande partie subordonné au degré d’écartement des dents antérieures; chez les adultes, ou cet intervalle fait défaut ou il se développe. Chez les Anthropoïdes, il est nul sur la plupart des Gorilles, qui ont les dents assez serrées, et marqué chez le Chimpanzé et surtout l’Orang, qui ont toutes les incisives et les canines écartées. Chez le Chimpanzé, aux dents inférieures qui sont écartées aussi, un intervalle plus fort sépare ainsi la canine de l’incisive latérale.
En somme, le diastema, n’est qu’une des conséquences des dents un peu espacées; s’il se produit plus visible au niveau en question, c’est qu’il y a en ce point une cause physiologique prédisposante. Chez l’Homme qui a toutes les dents serrées, trop serrées même, il ne se produit pas de diastema à la mâchoire supérieure ni, à plus forte raison, à l’inférieure. On ne confondra pas ce caractère avec le creux qui se forme chez les Singes à fortes canines, en haut entre la canine et la seconde incisive, en bas entre la canine et la première petite molaire ; ce creux est dû à l’usure mécanique de ces dents par la canine au-dessus ou au-dessous. On ne dira pas non plus que le diastema, quand il existe, est dû à la pression de la canine qui est vis-à-vis , car bien des Singes à longues canines n’ont pas de diastema, et jamais on n’en trouve à la mâchoire inférieure entre la canine et la première