ANOMALIES
êtres dans leur ensemble, du simple au composé, suivant certaines lignes. Le petit nombre de lacunes qui existent sont imputables à la disparition des intermédiaires et diminuent du reste chaque jour avec les progrès de la science.
3° Les apparitions successives sur la terre habitable des types généraux de ces formes, dans l’ordre où les montre la gradation précédente. Ces types généraux et même les types spéciaux offrent, dans le cours des temps, des périodes d’origine, de développement et de décadence, mais aussi de reviviscence, parfois par l’intermédiaire des genres les plus modestes.
4° La reproduction en abrégé, chez les individus de toutes les espèces, de phases morphologiques successives répondant à l’état permanent offert par les types généraux que la morphologie et la paléontologie nous montrent représentant la généalogie de ces espèces. C’est ce que l’on formule en disant que l’ontogénie est la répétition de la phylogénie.
5° L’apparition accidentelle, chez les animaux de toutes sortes, de dispositions morphologiques étrangères à leur type, mais semblables à d’autres qui existent normalement dans d’autres types d’animaux, faisant partie de la généalogie possible des premiers. Ce sont les anomalies régressives dont nous allons parler chez l’Homme.
6° L’existence, chez les animaux, d’organes ou de dispositions d’organes qui leur sont absolument inutiles, sinon nuisibles, mais qui se retrouvent plus ou moins développés chez d’autres animaux et y jouent un rôle important. Ce sont les organes rudimentaires.
Anomalies. — Dans leur sens le plus général, elles doivent être définies : des écarts accidentels du type de l’espèce dépassant les limites de la simple variation naturelle chez l’individu. Elles sont nombreuses et dites régressives lorsqu’elles s’expliquent par l’atavisme, progressives lorsqu’elles représentent au contraire un mouvement en avant, un trait de perfectionnement, ou indifférentes à l’un ou à l’autre point de vue. 11 ne sera question ici que des premières.
Il n’y a peut-être pas d’organe qui ne présente occasionnellement des anomalies régressives. Le cerveau en fournit une première série. Tels sont la réduction ou l’absence du corps calleux: fait très rare quireporte lapenséevers les Vertébrés inférieurs, les Monotrèmes et quelques Marsupiaux ;
320 ANOMALIES RÉGRESSIVES
— les plis de passage occipito-pariétaux profonds; — le pli dit simien de la cinquième circonvolution temporale et l’absence de la branche verticale antérieure de la scissure de Sylvius qui se rapportent aux Singes. Sur la microcéphalie qui est un arrêt de développement général du cerveau, il y aurait fort ù dire. Faut-il croire qu’elle reproduit l’état qui aurait existé chez des Hommes-singes et ne serait-ce pas le cas de remarquer qu’il y a des états tératologiques auxquels la dénomination de pathologiques convient jusqu’au bout?
Une seconde série d’anomalies réversives regarde le crâne. Nous allons passer en revue les plus intéressantes.
Troisième condylc de l'occipital. — Ce SOllt des excroissances
osseuses, de forme diverse, placées entre les deux condyles, et que l’on regarde comme une reproduction grossière de ce qui forme la partie basilaire du condyle unique, médian, des Reptiles et des Oiseaux. Remarquons toutefois que les Ratraciens — par lesquels aurait passé la généalogie de l’Homme, suivant les transformistes, — ont deux condyles occipitaux.
Apophyses jugulaires de l’occipital. — Placées à la face
inférieure de cet os, à son angle antérieur externe, elles représentent évidemment les apophyses paramastoïdes d’un grand nombre de Mammifères, tels que le Mouton, le Chevreuil, le Porc, le Chien, le Blaireau. Aucun des Primates ne les présente normalement. Chez l’Homme elles sont rares; le musée Broca en possède une quinzaine de cas.
interpariétal. — Sous ce nom on désigne un os triangulaire, grand ou petit, intercalé entre les parties postérieures des pariétaux, toujours situé à la face supérieure du crâne chez les Mammifères non Primates, toujours visible chez le fœtus, qui se soude plus ou moins tardivement à l’occipital, mais persiste souvent à l’âge adulte, par exemple chez le Mouton et le Lapin.
Chez l’Homme, il s’unit à l’occipital dès la vie intra-utérine vers la fin du troisième mois, mais persiste quelquefois chez l’adulte, où il donne lieu à l’une des formes les plus rares de l’os épactal. Est-ce bien une anomalie régressive et ne serait-ce pas un simple retard fortuit de synostose, l’inverse de ce que l’on rencontre accidentellement à la voûte du crâne, sous le nom de synostose prématurée ? Sa fré-
FOSSE VERMIENNE, ETC.
quence, dit-on, chez les peuples qui se déforment le crâne dans l’Amérique du Sud, en serait un indice.
Fossette vermiennc. — Sous ce nom M. Albrecht désigne ce qu’en 1871 M. Lombroso a appelé la fosse occipitale moyenne. Chez l’Homme, cette région est ainsi constituée. Du carrefour des sinus cérébelleux horizontaux descend une crête médiane qui se bifurque à une distance variable du trou occipital , chacune de ses branches allant se perdre sur les côtés de ce trou. Le long de cette crête et de ses bifurcations règne un sinus, dit occipital postérieur, dont l’empreinte est parfois visible et qui se bifurque comme elle, chacune de ses branches, — l’une parfois très ample au détriment de l’autre, — allant se jeter dans le confluent jugulaire. Or, l’espace triangulaire compris entre les deux branches de la crête médiane osseuse, lorsqu’il grandit, s’élargit et se creuse, constitue la fosse vermienne, fort rare chez l’Européen, fréquente, dit-on, chez les anciens Aymaras. Elle répond au verrais inférieur, ou lobe moyen du cervelet, qui s’y loge.
Cette anomalie est la reproduction d’une disposition plus accusée encore qui existe chez la plupart des Mammifères, notamment chez les Singes. Elle n’a pas encore été rencontrée chez les trois grands Anthropoïdes et serait bien développée chez le Gibbon. Elle existe normalement sur le fœtus humain.
Anomalie «le l’os temporal. — L’os temporal des Primates est le plus compliqué du crâne comme origine (fig. 99). Il est formé par la coalescence de six os primitivement distincts : le squamosal et le carré qui donnent lieu à l’écaille, à la cavité glénoïde et à l’apophyse zygomatique (Albrecht) ; le pro-otique et l’opisthotique qui produisent le rocher; l’épiotique qui donne lieu principalement à l’apophyse mastoïde ; et le tympanique qui engendre la bulle et le conduit auditif externe. Or, on a signalé chez l’Homme une suture anormale, antéro-postérieure, répondant à la séparation du squamosal et du carré (Hyrtl, Albrecht, Ranke 5 fois sur 2 431 crânes de Bavarois) et une suture verticale répondant à la séparation du carré et du mastoïdien et que M. Debierre a figurée dans son dnatomie. La première de ces réversions nous reporte aux Sauropsidés et aux Batraciens.
Topinard.
ANOMALIES DU PTÉRION.
Au temporal se rattache une autre anomalie bien curieuse: le basiotique. Ce serait le corps d’une vertèbre jadis interposée entre l’occipital et le sphénoïde, qu’aucune espèce vivante ne présente et que M. Lemoine a retrouvée sur un Reptile de l’éocène inférieur des environs de Reims.
Pterion (de Tcxepôv, aile). — Rroca a donné ce nom à la région latérale du crâne de l’Homme où se rencontrent en bas la grand aile du sphénoïde, en haut l’angle antéro-externe du pariétal, en avant le frontal et en arrière le temporal (fig. 27 et 33). Le centre en est occupé par une suture antéropostérieure dite sphéno-pariétale qui, avec les deux sutures frontale et pariétale, donne une figure en H. Par exception, le pariétal et la grande aile du sphénoïde ne se rejoignent pas; le frontal et le temporal comblent l’intervalle et forment une suture dite temporo- frontale, qui suivant l’étendue du contact a la forme d’un X ou d’un double Y (ou à tiges opposées communes). Cette exception se rencontre dans la proportion de 1.6 pour 100 chez les Européens (9 687 examinés), de 12.4 chez les Nègres (884 examinés) et de 12.9 chez les Australiens et Tasmaniens (210 examinés). Ce serait doncun caractère d’infériorité dans l’échelle des races humaines. S’ensuit-il que ce soit une réversion vers les animaux?
Nous avons examiné, à ce point de vue, 1 673 crânes d’animaux chez lesquels la suture était visible. Voici nos résultats généraux. La suture est sphéno-pariétale, c’esl-à-dire le ptérion en H, chez la plupart des Marsupiaux, chez les Mammifères aquatiques moins le Cachalot et l’Hyperodon, chez les Insectivores, Chéiroptères et Carnassiers, chez les Ruminants moins le Bœuf, chez l’Hippopotame. Elle est lemporofron taie, c’est-à-dire avec ptérion en X ou Y double, chez les Monotrèmes, les Rongeurs excepté le Castor, les Suidés excepté le Pécari, une bonne partie des Édentés, le Rhinocéros et le Tapir, les Équidés, les Éléphants. Chez les Primates, l’Homme à part, le Ptérion en II existe chez les Lémuriens, les Cébiens et les Anthropoïdes d’Asie; le Ptérion en Y chez les Pithéciens et les Anthropoïdes d’Afrique. Les exceptions individuelles sont rares ou peu fréquentes. Il n’y en a pas chez les Insectivores, les Eléphants, les Suidés, le Rhinocéros et le Tapir; il y en a très peu chez les Mammifères aquatiques, les Carnassiers et les Lémuriens; il y en a davantage chez les Marsupiaux, Édentés et Cébiens, et aussi chez l’Homme de race inférieure.