‹ L'homme dans la natureChapitre 164 sur 208 · HOMME · texte numérisé non relu

HOMME

lèrcs nous avons donné nos conclusions. Il ne s'agit plus à présent que de résumer les plus affirmatives : celles qui concernent le cerveau et le crâne, l’appropriation du corps, et en particulier des membres inférieurs, à l’attitude bipède, et l’appropriation des membres supérieurs à la préhension.

Dans le type général du cerveau nous n’avons constaté que des caractères communs en ce qui regarde la structure profonde.

Le type des circonvolutions nous est apparu rudimentaire chez les Primates inférieurs, se développant peu à peu, bien caractérisé déjà chez le Papion, absolument établi après le Gibbon suivant Broca, et se compliquant en passant des Anthropoïdes à l’Homme, mais sans changement appréciable dans le type, à un caractère près qui n’est pas à négliger: la transformation de la troisième circonvolution frontale. L’Homme seul présente le cap , caractéristique du perfectionnement concordant avec l’acquisition de la faculté du langage articulé. La conclusion c’est que, même en ne tenant pas compte de la richesse des circonvolutions de l’Homme, il existe déjà entre lui et les Anthropoïdes une différence, capitale par ses conséquences physiologiques et qui interdit tout rapprochement entre eux et lui sur ce terrain.

Pour le volume du cerveau la conclusion est formelle. Ce volume est triple chez l’Homme et laisse les Anthropoïdes avec les autres Singes.

La conséquence de cet accroissement de volume, général mais prédominant dans les lobes antérieurs, est la transformation complète du crâne. Tout en conservant quelquesuns des caractères propres aux Primates en général, qu’il avait déjà pris, il devient celui que nous connaissons chez l’Homme actuel, profondément différent de celui des Anthropoïdes par tous ses caractères, entre autres les caractères craniométriques. La face elle-même est transformée. Tout plie devant la suprématie de l’organe qui, de près ou de loin, gouverne tout l’organisme humain et le sépare violemment des Anthropoïdes.

La main est le second caractère fondamental de l’Homme, mais un caractère, commun à tous les Primates, qui s’ébauche chez les premiers et va toujours en se perfectionnant. Chez les Singes, l’avant-bras vient en aide à la main ; chez les Anthropoïdes, tout le membre antérieur concourt à la fonction, chez l’Homme, elle acquiert son dernier degré de pré-

anthropoïdes.

cision. Jusque-là ce n’était qu’un appareil de cramponnement en rapport avec la vie arboricole, chez lui elle associe ses opérations à celles du tact, de la vue et du sens musculaire et devient le Adèle exécuteur des ordres du cerveau. Y a-l-il rien de plus merveilleux que le mouvement imperceptible et gradué imprimé par les doigts à la vis du microscope dans les opérations de micromètrie !

La main rapproche donc l’Anthropoïde de l’Homme, mais avec plus d’apparence que de réalité, en restant chez l’Anthropoïde l’appareil brutal de cramponnementdes Singes.

Le dernier caractère est celui de l’attitude. Elle est complexe chez les Singes, analogue sous certains rapports à celle des quadrupèdes en général, mais spéciale en réalité. Chez quelques-uns se manifestent déjà des signes de redressement du tronc, comme chez le Cynocéphale. Ce redressement s’accentue chez les Anthropoïdes, mais sans atteindre l’attitude droite et permettre réellement la slation sur les pieds; chez eux les caractères s’acheminant à cette altitude ne portent guère que sur les viscères et sur la colonne; ils sont inappréciables à la tête, et à peine plus marqués aux membres inférieurs où manquent les mollets, les cuisses et les fesses, caractéristiques de l’effort nécessaire pour conserver l’attitude droite.

Contrairement à ce qu’on dit, les Anthropoïdes sont moins aptes à se tenir debout que les autres Singes. Ceux-ci peuvent marcher à terre la plante étendue, les Anthropoïdes le peuvent moins. Les Singes avaient aux membres inférieurs, comme aux membres supérieurs, une main pouvant agir comme pied. Cette main s’est perfectionnée chez les Anthropoïdes dans le sens de sa fonction de crampon, mais au détriment de sa fonction accessoire de pied; aux membres inférieurs elle se tord en dedans de façon que la plante peut empoigner l’arbre par le côté, mais ne peut que péniblement se poser à terre sur son bord externe, sinon en même temps sur la face dorsale des orteils.

La main postérieure creuse donc entre l’Homme et le Singe un abîme; mais entre l’Homme et les Anthropoïdes cet abîme est plus grand encore.

Cuvier avait parfaitement raisonné. Les Singes et plus encore les Anthropoïdes méritent le nom de quadrumanes à la condition de ne pas prendre le mot de main dans le sens rigoureux qu’on lui donne chez l’Homme, mais dans le sens d’un instrument s’adaptant à un genre quelconque

Topinard.

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