PRÉCURSEUR DE L’HOMME
Cependant il faut en tenir compte, si réellement l’ontogénie est le reflet de la phylogénie. Ces états enfantins ou féminins du crâne des Anthropoïdes sont justement ceux qu’on retrouve chez quelques Singes adultes pithéciens et cébiens, chez ceux mêmes dont la ressemblance crânienne avec la conformation de l’Homme nous a souvent frappé.
Évidemment, en s’éloignant de l’enfance, le type des Anthropoïdes et le type de l’Homme s’écartent. Or, dans la doctrine du transformisme, c’est aux dépens de la forme typique établie de l’espèce, c’est-à-dire de l’adulte, que les espèces nouvelles se forment par la lutte pour l’existence. L’Homme ne peut donc être descendu d’un Anthropoïde.
M. Yogt est ainsi conduit à croire que le type dont l’Homme est issu se trouve au delà des Anthropoïdes, soit parmi les Singes, soit à l’origine commune des Singes, des Anthropoïdes et de l’Homme. Cela expliquerait l'origine du pied de l’Homme : il se serait formé avant que le membre ne se soit trop affirmé comme organe de cramponnement, tel qu’il existe chez les Anthropoïdes.
Or, il est une époque très remarquable dans l’histoire du monde, c’est celle qui répond au commencement du miocène, lorsque de tous côtés s’esquissent les types initiaux qui après une certaine évolution aboutissent à nos genres actuels. C’est à ce moment qu’apparaissent les premiers Singes succédant aux Lémuriens de l’époque précédente éocène ; c’est à ce moment qu’on peut chercher, soit la souche propre humaine, soit sa souche commune avec les Singes. Nous tombons ainsi sur le terrain si brillamment exploité par M. Cope. l’éminent paléontologiste américain. En se basant principalement sur la dentition, il fait descendre l’Homme directement des Lémuriens sans passer par les Singes et les Anthropoïdes. Quelques-uns de ces Lémuriens n’élaient-ils pas encore des Marsupiaux? c’est fort probable, l’apophyse postérieure de leur mandibule le dit. En tous cas, comme leurs descendants actuels (Galéopithèque et Chéiromys surtout), ils tendaient la main un peu de côté et d’autre, notamment aux Proto-Ongulés.
Au delà des Marsupiaux, la généalogie de l’Homme se confond avec celle des Mammifères, dont les premiers représentants remontent pour le moins au trias, à une époque où tout un monde de Reptiles monstrueux, de Batraciens et de Poissons de toutes sortes, prospérait sur la terre et dans les mers.