ACCEPTIONS DIVERSES
avec leurs serviteurs indigènes convertis au judaïsme et qui forment dans le pays une colonie spéciale, il faut avouer que si les monogénistes ont eu gain de cause sur la fécondité entre races humaines actuelles les plus distantes, les polygénistes l’ont emporté sur la non-influence des milieux. Les caractères acquis par l’individu se répètent sur les descendants lorsque les conditions qui les ont produits se répètent aussi, mais ils ne se fixent pas en tant que caractères de race. Les enfants de blancs naissent toujours blancs et restent blancs s’ils ne s’exposent pas à la lumière des tropiques. Comme le disaitBroca, les caractères sont permanents. Dans les races, ajoutait-il.
Mais les éléments de la question ont-ils été présentés sous leur aspect véritable? N’a-t-on pas confondu les caractères qui, sans aucun doute, en effet, se perpétuent à travers les siècles et les combinaisons les plus variées, avec ces combinaisons elles-mêmes qui constituent les types de races et qu’il faudrait précisément prouver ne pas être au contraire en voie perpétuelle de dissociation et de reconstitution, comme chez ces chiens abandonnés à eux-mêmes pour lesquels on ne prononce jamais le mot de race ou de type?
D’une part, en effet, ces types ne sont, au point de vue morphologique, que des variantes de l’espèce fermée des classiques ou les types mêmes de l’espèce ouverte de leurs adversaires et se distinguent difficilement parfois des types accidentels collectifs, comme celui « de la misère » décrit dans de Dublin University Magazine, chez les Irlandais réfugiés dans l’Ulster depuis deux siècles, ou par Dumont d’Urvi lie chez les Australiens du port du Roi-George. De l’autre, comme perpétuité dans le temps ou pour une durée limitée ils sont exposés, en vertu de l’eugénésie propre à toutes les fractions du groupe humain, à être incessamment désorganisés, et à avoir leurs caractères dispersés et fondus par l’action des croisements.
La seconde acception du mot de race, courante et profondément erronée, résulte de l’influence associée des linguistes et des historiens. On y parle de races latine et teutonne, ou de races française, bulgare ou chinoise, avec plus d’assurance que les anthropologistes des races celtique, boschimane ou andamanc. La première influence est celle des linguistes qui classent les peuples d’après les langues ; elle aboutit à la célèbre doctrine des nationalités qu’expriment les mots d’arianisme, de panslavisme, de pangermanisme.
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La seconde, celle des historiens, prit naissance avec Walter Scott, les deux Thierry et W. Edwards qui, quoique naturaliste, se laissa entraîner par eux. Voici comment. Au lendemain des bouleversements que les guerres du premier Empire amenèrent dans l’Europe occidentale et qui, d’un jour à l’autre, changeaient la nationalité des peuples, — comme récemment Héligoland, d’un trait de plume d’Anglais devenant Allemand, — le besoin se fit sentir d’une règle pour déterminer les nationalités naturelles. La race fut prise comme telle et les peuples devinrent synonymes de races. Tout au plus admettait-on que, dans certains peuples, plusieurs éléments intervinssent, ce qui conduisit à la recherche des éléments constituants des peuples. Mais à ce moment celte recherche n’était pas entre les mains des naturalistes. A quoi reconnaître ces peuples et éléments de peuples? Aux langues, répondirent les linguistes. D’où la proposition telle langue, tel peuple, telle race. La question des caractères physiques était reléguée au second plan. A. Thierry avait dit que les caractères physiologiques des races (passions, aptitudes, caractères) étaient permanents, que les Français d’aujourd’hui ressemblaient par là aux Gaulois de jadis. W. Edwards ajouta que leurs caractères physiques sont dans le môme cas. Mais ni l’un ni l’autre ne comprenaient que les races de l’histoire naturelle sont tout différentes, et que les Français, aussi bien que les Gaulois, ne sont que des peuples de l’histoire, des agglomérations fortuites et complexes. Les distinctions, que W. Edwards avait établies dans ses voyages, des visages en longs et courts, furent ses seuls essais dans la voie de la détermination des types qui sont le premier élément de la notion de race.
Le point vrai, et qui domine toute l’anthropologie, c’est que les peuples ne sont qu’une source de matériaux, une mine dont elle extrait tout : des documents bruts sans travail et des abstractions par un travail laborieux. Lorsqu’on étudie les peuples sous la forme cpmplexe où ils se présentent à nous, différant de mœurs, d’aptitudes et d’institutions, d’une partie d’un globe à l’autre ou dans le cours des temps, on fait de l’ethnographie; lorsqu’on y cherche ce qui ressort de l’histoire naturelle et que, de leur masse confuse, on dégage des types qu’on s'efforce de poursuivre dans le passé, on fait de l'anthropologie spéciale; lorsque, réunissant ces données et cherchant les caractères
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communs, on ne songe qu’à l’espèce ou au genre, on fait de l’anthropologie générale. Les peuples ne sont que des produits de l’histoire, des dépôts d’alluvion, de provenance et de nature diverses, mêlés et brassés par le llux et reflux des événements. Y chercher des types, c’est y chercher des filons de sable rouge ou blanc échappés au brassage, se dessinant à peine et demeurés par hasard intacts.
Soit un village quelconque en Bretagne, en Auvergne, en Algérie, à plus forte raison dans un pays ouvert, sur une route naturelle d’invasion ou dans une ville: installez-vous dans un marché ou à la sortie d’une église et regardez avec soin, vous aurez beau faire, tous paraîtront différents; des blonds, des bruns, des châtains, des visages longs et étroits ou larges et plats, des grands et des petits, des nez de toutes les formes ; il y aura de tout. Pour vous reconnaître il faut y revenir à plusieurs reprises. C’est alors seulement que vous voyez que les deux tiers sont tellement mêlés par les traits qu’il n’y a rien à en tirer et que dans le tiers restant il y a deux, trois, quatre genres de physionomies dont un, il est vrai, en général prédominant, sans parler des cas particuliers qui frappent et dont on ne sait que faire. Eh bien, partout en Europe, en Asie, en Afrique, il en est de même. Les hommes semblent ne présenter que des variations individuelles.
De même pour les crânes dans un laboratoire. Tous en avez plusieurs centaines sous les yeux. C’est un chaos à débrouiller, et ce n’est qu’à force de patience et en y revenant bien des fois qu’on finit, après en avoir mis de côté plus de la moitié, par distinguer dans le reste des caractères s’associant et donnant l’idée de types, dont un principal. C’est cela qui a fait dire à quelques anthropologistes peu exercés qu’on rencontre de tout partout : des crânes plus ou moins chinois, plus ou moins négroïdes, au milieu de crânes européens à qualifier indifféremment de Français, d’Anglais, de Russes, etc.
Et cependant c’est de tout cela qu’il faut extraire la notion d’un type prédominant répondant à l’idée d’une race prédominante. Or, à des degrés divers, les mêmes dissemblances se rencontrent partout. Dans les endroits les plus isolés, comme les pôles, une île de l’Océanie, une forêt impénétrable, une extrémité de continent, jamais on ne trouve de type pur, c’est-à-dire un ensemble de caractères exprimés à leur maximum chez quelques individus et offrant du centre
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à la périphérie des variations individuelles régulières; partout on est en présence de types multiples, mélangés en proportions diverses. Au pôle Nord, les Esquimaux, lorsqu’on écarte les métis de Danois, en présentent au moins deux; les Néo-Calédoniens ne sont qu’un mélange dans lequel on reconnaît que les habitants anciens de l’île des Pins ont seuls un type bien caractérisé, se rapprochant de celui des cavernes des îles Fidji; en Australie également il y a plusieurs types et des intermédiaires établissant qu’ils ne sont que la résultante de plusieurs types anciens dont l’un peut-être serait celui de l’Australien primitif dont l’histoire est à faire. Dans la fameuse forêt de Stanley où il décrit deux genres de Nègres très opposés, le plus curieux le nain comprend, à en juger par les photographies, deux types trop dissemblables pour ne pas croire qu’ils viennent de deux souches distinctes.
Si à présent nous nous transportons aux temps préhistoriques où l’on ne juge que par les crânes, la même multiplicité de types se rencontre toujours. Le premier, celui du Néanderthal, est connu par trop peu de pièces incomplètes pour qu’on se prononce sur sa pureté ; il se reconnaît à deux ou trois caractères dont les degrés et les différences sexuelles souvent dépassent ce qu’on est en droit d’attribuer aux variations individuelles. Après, à l’époque du renne, dans une même caverne, les différences sont telles qu’il faut admettre déjà des mélanges de types, et que nous ignorons encore les caractères véritables à attribuer au principal. A l’époque néolithique, le mélange augmente et de nouveaux types apparaissent, mêlés aux précédents et que nous n’oserions pas résumer en une phrase suivant la méthode de Blumenbach. A l’époque gauloise, on se retrouve absolument dans les conditions d’aujourd’hui : un fond de population formé de tous les restes des types antérieurs et une couche nouvelle, mince, celle des conquérants ou Gaulois. 11 ne se détache à cette époque qu’un type bien net, répondant à la notion de race, quoique sa continuité avec un antérieur ne soit pas encore bien établie, le type des cimetières francs et alemanes des Reihengraber. (X oir, fig. 13, page 89.)
Ces types, laborieusement dégagés ou entrevus sur les populations les plus diverses dans letempset dans l’espace, à l’état de nature et à l’état civilisé, ne se louchent pas du doigt, nous le répétons encore, ils se voient par les yeux de l’esprit, et l’on serait fort embarrassé maintes lois de dire
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quels peuples ou tribus, quels crânes les représentent le mieux. Une l’ois établis, séparés de leur gangue, l'anthropologiste les compare, rapproche les plus analogues, sépare les plus divergents et les partage en groupes d’un ordre tout à fait général, que l’on désigne sous le nom de types jaunes, types nègres, types blancs, etc. C’est la division la plus large des types dits de -race de l’époque actuelle. Une autre division se présente, celle en types préhistoriques, historiques et actuels, qu’il s’agitensuite de comparer afin d’établir leur degré de ressemblance et leur probabilité de filiation ou de dérivation les uns des autres.
Mais là est la plus grande difficulté. Les types actuels peuvent, en effet, exister au moment où on les détermine et être très répandus, mais sans que cela implique forcément qu’ils se continuent dans le passé tels que nous les voyons. Or, c’est cette continuité qui fait la race et qu’il faudrait prouver. Avec la craniologie, on peut espérer arriver à cette démonstration, mais jusqu’à présent on est peu avancé, on ne découvre dans les temps préhistoriques que des crânes isolés établissant plus ou moins de présomptions. Ce que nous appelons le type méditerranéen, et qui pour les uns est le type de Cro Magnon, et pour les autres le type de la Caverne de l’Homme Mort, se retrouve à différentes époques autour du bassin méditerranéen et aujourd’hui encore à Biskra et en Sardaigne. C’est l’argument le plus considérable, à notre avis, en faveur de la survivance des types du passé conduisant à l’idée de races; mais c’est tout peut-être. Ce que nous appelons aujourd’hui le type auvergnat, d’après une série de crânes de Saint-Nectaire, est-il le même que celui qui existait au temps de César et que nous appelons le type celtique? Quelques crânes préhistoriques le rappellent; d’autres, contemporains, se retrouvent çà et làdans l’Europe centrale, dans la direction de l’Asie. A vrai dire, c’est la brachycéphalie seule et les quelques caractères secondaires qu’elle entraîne qui sont notre critérium.
Avec le vivant, rien ne permet de suivre sérieusement des filiations ininterrompues. Les descriptions des auteurs, les médailles et les bustes ne donnent pas assez de renseignements sur les types gaulois, ibère ou romain. Les Gaulois étaient blonds et grands, dit-on ; donc les habitants du nord de la France en descendent. Mais deux caractères ne forment pas un type. Leur troisième caractère, la dolicocéphalie, que nous acceptons chez les plus typiques d’entre
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eux, a presque disparu aujourd’hui; toutes nos séries modernes de France sont brachycéphales ou mésaticéphales, même dans le Nord. Leur visage élait long, étroit, saillant, chez les chefs, les guerriers du moins; ce caractère se retrouve aujourd’hui, mais associé de toutes sortes de manières avec d’autres. C’est la confusion entre la persistance des caractères et la persistance des types. Les cheveux blonds et les yeux bleus, qui physiologiquement sont normalement unis, n’ont pas disparu, la haute taille non plus; mais ils ont pu passer par trente-six combinaisons sur des séries d’individus ; il n’y a rien d’extraordinaire à ce qu’on les retrouve réunis à côté de cas où ils ne le sont pas, surtout dans le Nord, où ils étaient plus fréquents. Les lois de l’hérédité sont les mêmes dans la famille et dans le groupe théorique qui s’appelle la race. Les caractères se dissocient par les unions dans la première, s’abandonnent, se retrouvent; pourquoi n’en serait-il pas de même dans la race? Lorsqu’on parle de ressemblances héréditaires de famille, à peine en constate-t-on à la huitième génération au plus. Le nez des Bourbons depuis Henri IY, caractère isolé chez eux, est un exemple rare. Les unions dans les directions les plus inconnues, tendant à concentrer ou à disperser les éléments du type au gré du hasard, rendent ainsi difficile la persistance de la race.
La troisième acception du mot race, celle des zootechniciens et éleveurs, ne trouve pas même d’application à l'Homme. Le cas d’un type suivi dans le passé pendant un temps quelconque ou de son mode de formation constaté ne se rencontre pas, en dehors de celui où deux races très opposées cohabitant dans des conditions exceptionnelles de simplicité permettent de suivre le fait. Mais alors c’est un croisement général; un type intermédiaire se forme, il n’y a pas de race nouvelle à proprement parler. Les croisements, ainsi que cela ressort de la propriété eugénésique, sont du reste incessants entre toutes les populations du globe et la cause de la grande confusion constatée. Toutes les races sont croisées.
On cite les Juifs comme une race demeurée pure, au milieu des sociétés dans lesquelles ils sont infiltrés, se reconnaissant partout et conservée parce qu'ils ne se marient qu’entre eux. Ce sont autant d’erreurs. Les Juifs, dès l’origine, présentaient des types différents. Venus de la Mésopotamie, ils rencontrèrent dans la terre de Chanaan des populations qui
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l’occupaient déjà, parmi lesquelles des blonds. Aujourd’hui ils varient suivant les pays: il y en a de blonds, de bruns, de dolicocéphales, de brachycéphales, d’assez grands, de petits. Deux types principaux se remarquent chez eux: un type grossier et un type fin; le premier fait souvent penser aux Maures, cette population des côtes d’Algérie si mêlée. Les Juifs portugais sont absolument différents des Juifs allemands ou polonais. Un œil exercé les reconnaît, assuret-on, en tous pays! c’est possible, mais, grâce à des caractères secondaires tirés de la physionomie, à ce genre de caractères sur lesquels repose toute la science de Lavaler, à leurs allures, leur maintien, leur regard spécial, traits communs dus à leur mise à l’index, barbare et honteuse, depuis dix-huit cents ans. Le véritable type aquilin est aussi répandu dans nos pays en dehors d’eux que parmi eux. Aucun craniologiste n’a indiqué ou entrevu un seul caractère qui leur soit propre. D’autre part, les Juifs, dans le temps passé, ont souvent été la proie clés vainqueurs, ils ont su et savent encore fort bien s’augmenter par conversion, ils ne redoutent pas les unions en dehors. Quelle qu’ait été leur sélection, ils ne se sont pas unifiés. S’ils forment une entité, ce n’est pas une race naturelle, mais simplement un peuple de l’histoire ou un groupe religieux comme les Arabes. On a parlé à tort des races de la linguistique, les races de la religion en seraient le pendant. Nous professons ces idées depuis longtemps et sommes heureux de constater que M: Renan, par d’autres voies, est arrivé à une conclusion identique. Ce n’est pas deux types juifs, mais dix types qu’il admettrait (communication verbale).
L’exemple se prêtant le mieux à l’idée de race est celui des castes de l’Inde dans lesquelles le mariage n’est permis depuis 3 000 ans qu’au sein de la caste. A ce titre il y aurait des milliers de races dans l’Inde dont la valeur serait intermédiaire à celle de la race proprement dite et de la famille. Mais la défense est dans la loi plus que dans le fait. Les isolements relatifs depuis des temps inconnus dans une île comme les Andamans et les Tasmaniens restent, en somme, les approximations les plus grandes de la notion de race.
En résumé, ni le type ni la race ne sont, dans l’état actuel de l’humanité, des réalités objectives. Le type est l’image abstraite que nous nous faisons d’un ensemble de caractères, exprimés à un certain degré, dans un groupe idéal, entrant en proportion plus ou moins grande dans la com-