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Ainsi l’espèce et la race, — quoique ayant théoriquement pour condition commune sine quct non une continuité se perdant dans la nuit des temps pour l’espèce, restreinte et non moins inconnue pour la race, — reposent dans la pratique toutes deux sur la morphologie.il en résulte que leur détermination est laissée de fait à la sagacité et à l’expérience du naturaliste, et présente par conséquent un certain arbitraire. Avant que Lamarck ne fût nommé à quaranteneuf ans professeur à la chaire des Invertébrés que la Convention venait de fonder au Muséum, il était botaniste. Il avait écrit tous les articles de l’Encyclopédie sur les plantes de A à P, décrit et figuré deux mille genres dans son Supplément et publié la première Flore française avec Clefs dichotomiques. Il n’est pas douteux que cet arbitraire ne l’ait frappé et n’ait été le point de départ de sa négation de l’espèce quelques années après.

Au-dessus des espèces les unités zoologiques, dans le groupement de ces espèces en genres, de ceux-ci en familles, de celles-ci en ordres et ainsi de suite, la morphologie règne de plus en plus.

Le genre. — C’est la première étape, la plus facile, le groupe oü il y a le moins désaccord. Les naturalistes l’eussent bien certainement préféré comme unité zoologique, n’eût été la barrière physiologique qui circonscrit l’espèce et la distingue des divisions au-dessous. La nomenclature de Linné, sans parler de ses hésitations sur ce point, en est la preuve : Ursus arctos, ursus americanus , ursus ferox. Ours brun, ours noir, ours gris, dit simplement le public. J1 n’est personne en effet qui ne reconnaisse tout de suite un ours s’il en a vu un seul, tandis que la distinction

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de ses espèces est plus difficile. Tous les étudiants, dans une herborisation, apprennent promptement à reconnaître d’un coup d’œil le genre à son ensemble, tandis que, pour diagnostiquer l’espèce, ils sont obligés pendant longtemps de consulter leur livre, sinon de prendre la loupe.

Embranchements. — C’est la dernière étape en ce qui nous concerne.

L’embranchement des Vertébrés est le mieux caractérisé de tout le règne animal. Il se détache bien des Mollusques, des Zoophyles, des Protozoaires et autres embranchements ou sous-embranchements, moins bien circonscrits. Tous ont un squelette intérieur dont le trait fondamental est un axe longitudinal avec doubles arcs costiformes, en avant et en arrière, partageant le corps en deux cavités allongées, l’une pour le système -cérébro-spinal, l’autre pour les viscères dont un cœur. Ajoutez à ceîa une tête, il n’est personne qui d’emblée ne reconnaisse un Vertébré, sauf peut-être quelques êtres établissant le passage à d’autres embranchements, par atrophie ou régression. C’est la charpente d’une maison qui ultérieurement pourra être construite pour le froid, le chaud, le sec ou l’humide, avoir plus ou moins de portes et fenêtres et varier dans son style, sa disposition intérieure, sa décoration et ses accessoires au gré de l’architecte.

classes. — Ce ne sont que des variantes d’application de tout ce que comporte ce plan fondamental à des genres d’existence générale différents. Tels sont les Poissons, organisés pour vivre sous l’eau et dont le trait essentiel est une respiration par branchies, les Oiseaux organisés pour vivre dans l’air, les Batraciens qui sont amphibies et ont à deux périodes de leur vie ou en même temps des branchies et des poumons, et les Mammifères dont la caractéristique est un haut degré de perfectionnement, entre autres un appareil pulmonaire avec diaphragme complet, un cœur à quatre loges, trois espèces de dents, un corps calleux unissant les deux hémisphères cérébraux et la faculté de mettre au monde leurs petits vivants et de les allaiter. Les Reptiles seuls laissent à désirer : très polymorphes, depuis les Reptiles marins et les Dinosauriens des temps secondaires jusqu’aux Serpents des temps tertiaires et actuels, on hésite à les diviser en classes ou sous-classes.

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Mais, où l’arbitraire des groupes devient plus évident, c’est dans la confection des ordres, sous-ordres, familles, sous-familles ou tribus qui s’échelonnent entre le genre et la classe. Il n’est peut-être pas deux ouvrages de zcologie qui s’accordent. Nombre, dénominations, subordination respective, circonscription, tout varie, suivant que le naturaliste s’attache plus ou moins à certains points de vue, à certains organes, systèmes ou fonctions.

Ordres, familles. — La question capitale y est celle-ci : comment reconnaître les caractères d’ordre ordinal ou familial? C’est autour de ce point que tournent toutes les discussions, tous les désaccords sur la place de l’Homme dans la classification.

Agassiz, l’un de ceux qui ont le plus médité sur ces difficultés, résume ainsi les règles dont on devrait s’inspirer : « Les embranchements sont caractérisés par le plan de structure; les classes par le mode d’exécution de ce plan en ce qui concerne les voies et moyens ; les ordres par le degré de complication de la structure ; les familles par la forme telle qu’elle est déterminée par la structure; les genres par les détails de l’exécution des parties; les espèces par les rapports des individus soit entre eux, soit avec le monde ambiant, aussi bien que par les proportions des parties, l'ornementation, etc. »

Ces règles laissent place à l’interprétation et ne font qu’accentuer l’arbitraire. L’embranchement, la classe et l’ordre reposeraient sur le plan général ou spécial révélé par la structure anatomique, la famille reposerait sur la forme, le genre et l’espèce sur des détails. La difficulté reste entière, en acceptant même qu’il soit toujours facile de distinguer ce qui est anatomique de ce qui est morphologique.

Entrons plus avant dans le sujet. Les causes qui président à la multiplication, à la différentiation et à la création des caractères et, par conséquent, des êtres qu’ils distinguent, sont réductibles à deux :

1° Une force aveugle d’expansion ou de variabilité. La variation engendrée disparaît ou, favorisée par le hasard des circonstances et peut-être par quelque phénomène fortuit qui nous échappe, persiste. Elle s’opère dans tous les sens qu’on peut réduire à deux : l’un s’éloignant d’un point de départ originel, l’autre s’en rapprochant ou revenant en

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arrière. Getle force d’expansion ou de création aux dépens d’un être préexistant, c’est l’évolution sous ses deux formes progressive et régressive, la première portant particulièrement ce nom.

2° Un effort incessant de la part des organes à se mettre en accord avec le travail qui leur est demandé, c’est-à-dire avec le genre de vie extérieure, l’espèce d’alimentation, les habitudes que l’animal contracte, poussé par la nécessité ou par le désir qu’excite le plaisir éprouvé.

De là, deux sortes de caractères : des caractères d évolution, les uns progressifs, les autres régressifs; et des caractères d’adaptation.

La classe des Mammifères et sa sous-classe des Aplacentaires sont deux magnifiques exemples des premiers ou d’un ensemble de caractères de perfectionnement: les Mammifères constituent un groupe naturel, le plus élevé de la création, apparu au commencement des temps secondaires, après les Poissons, les Batraciens et les Reptiles; les Aplacentaires constituent la forme initiale la moins avancée, sous laquelle ces Mammifères se sont montrés et ont vécu, seuls probablement, jusque vers la fin des temps secondaires. Chez tous les Vertébrés autres que les Mammifères, l’embryon se développe en dehors du corps de la mère, exclusivement aux dépens des matières nutritives contenues dans l’œuf pondu parfois avant même d’être fécondé, la naissance ayant lieu lorsque les ressources alimentaires sont épuisées. Chez les Mammifères, le fœtus dérivé de l’embryon se développe en partie au dehors du corps où il vit du lait sécrété par les glandes mammaires (d’oii le nom de Mammifères), en partie au dedans du corps, grâce à un organe spécial, intermédiaire et commun à l’enfant et à la mère, qui s’appelle le placenta. Les Mammifères qui ne possèdent pas cet organe intermédiaire et sont obligés par conséquent de mettre leur petit au monde plus tôt afin qu’il puisse prendre les mamelles, forment la sous-classe des Aplacentaires se divisant en deux ordres, les Monotrèmes 1 et les Marsupiaux, basés sur l’époque plus

1. La question des Monotrèmes n’est pas encore résolue. Sont-ils la première étape des Aplacentaires ou une forme régressive? Sont-ils issus à la fois des Reptiles-Oiseaux et des Mammifères ou exclusivement et directement des premiers ; ce qui donnerait une double origine aux Mammifères, sans parler de celle des Cétacés qui n’est pas davantage résolue? Ce qu’il faudrait savoir, c’est quand ils ont apparu; les Anglais n’ont encore trouvé en Australie que des Monotrèmes quaternaires.

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ou moins voisine de la phase embryonnaire où le petit abandonne l’utérus et vient à l’air libre.

Rien de plus curieux que cetle classe des Aplacenlaires. Isolée du reste du monde en Australie, sauf quelques espèces en Amérique, depuis les temps éocènes, ses derniers représentants en Europe ont disparu vers le Miocène inférieur. Elle nous montre une faune à part, telle que le monde entier en aurait une aujourd’hui si, avant cette séparation, l’évolution n’avait déjà engendré des formes placentaires qui conduisent à nos espèces actuelles. Dans ce continent d’Australie,

• l’évolution a évidemment continué, mais faible par suite du peu de concurrence pour les moyens d’existence et du petit nombre surtout de carnivores; les divergences et adaptations dont nous allons parler dans l’autre faune, s’y sonl produites, les mêmes tendances ont existé, mais le caractère défavorable qui leur est commun s’est maintenu. Les deux ordres auxquels il répond, reposant sur une fonction, et les caractères physiques qui lui sont subordonnés sont donc très légitimes.

Un autre exemple, plus remarquable encore, à l’autre extrémité de la classe des Mammifères, un groupe essentiellement caractérisé par un ensemble de traits de perfectionnement pivotant autour d’une même fonction serait à citer aussi, si nous ne devions le réserver, le groupe humain.

La seconde sorte de caractères, ceux tirés de l’adaplalion au genre de vie et d’habitudes, aux préférences particulières d’alimentation et d’habitat, est la plus répandue.

Nous avons vu que les Poissons, les Oiseaux, les Batraciens-sont la première application aux classes du grand principe de l’appropriation des organismes aux conditions dans lesquelles ils se trouvent; nous avons dit que, chez les Mammifères aplacenlaires, les différentiations de forme, commencées depuis longtemps du resie, se sont opérées en grande partie après leur séparation des Placentaires. Chez les Mammifères placentaires ou supérieurs dont nous allons parler à présent, la même adaptation donne lieu aux caractères sur lesquels semblent devoir en première ligne reposer les distinctions d’ordre et de famille naturelle. Cette adaptalion n’est du reste qu’une forme de l’évolulion, ou force d’expansion s’opérant dans tous les sens, notamment dans celui qui est le plus avantageux à l’animal et est par conséquent le plus favorisé.

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Ainsi tels animaux penchent insensiblement pour le régime carnivore, en prennent l'habitude et, suivani qu’ils donnent la préférence à de gros animaux comme les mammifères ou à de petits animaux comme les insectes, les vers, h s mollusques, deviennent des Carnassiers ou des Insectivores. Tels adoptent les herbes, le feuillage, les mousses, les fruits, les graines, les écorces, les racines, et deviennent des Ongulés ou des Rongeurs. Quelques-uns çà et là se font omnivores. Tels préfèrent la vie arboricole et s’y adaptent diversement, les uns à la façon des Singes, aux membres grêles et aux extrémités préhensiles (Fig. 1), les autres à la façon des Renards et Écureuils volants ou des Chauvessouris qui possèdent des sortes de parachutes ou d’ailes leur permettant de sauter de branche en branche ou même de voler. D'autres, afin d’éviter les buissons et hautes herbes, procèdent par bonds et acquièrent des membres postérieurs très longs qui se détendent comme un ressort, tels que la Gerboise et le Kangourou, etc. D’autres enfin, faisant un usage plus grand de leur intelligence, ont un cerveau qui s’accroît en circonvolutions ou en volume, ou les deux à la fois.

Assurément il n’y a pas de meilleure base pour établir un groupe: ordre, famille, genre ou même espèce, et lui assigner une place dans la classification, place qui variera avec le genre d’adaptation, son siège sur un seul organe ou plusieurs à la fois, son degré et la concordance harmonique de parties plus ou moins étendues de l’organisme en rapport avec la note fonctionnelle dominante.

Parmi les ordres les plus naturels basés sur la convergence de toutes les adaptations vers un genre de vie déterminé, se placent, je ne dirai pas l’Homme que nous réservons, mais les Carnassiers actuels, et parmi eux notamment les familles des Canidés et des Félidés. Ils ont le tube digestif simple et relativement court, des mâchoires, des dents, des membres et des extrémités propres à poursuivre, saisir déchirer et digérer leur proie; la conformation de leur tête, leur colonne vertébrale, leurs muscles, tout est à 1 avenant. Leurs divisions ne sont que des variantes, delà part delà nature, dans la façon d’atteindre la proie ou des différences liées à des préférences de nourriture ou à des mœurs spéciales. « Variations à l’infini sur un thème simple et parfaitement circonscrit, les Carnassiers, dit M. \ogt, présentent un des ordres les mieux définis de la classe

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des Mammifères. » Avant eux, aux temps cocènes ont existé leurs précurseurs, les Créodontes, analogues mais imparfaitement adaptés et mal différenciés par leurs caractères.

Les Ongulés sont aussi un ordre très naturel, si l’on consi-

Fig. 1. — Exemple cTadaplalion à la vie arboricole. Alèles (Cébiens).

dère surtout les espèces les plus nouvellement constituées. Exclusivement ou essentiellement herbivores, leurs caractères communs sont en rapport avec celte alimentation: tube digestif long, estomac parfois divisé, museau allongé, mâchoires relativement grêles, molaires propres à triturer, extrémités digitales ne pouvant saisir ni déchirer, mais munies de sabots pour s’appuyer solidement sur le sol dans la station et la locomotion. Des variantes dans le type général, mais surtout dans des adaptations complémentaires et

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dans les moyens de défense contre les Carnassiers donnent naissance aux familles et tribus. Les uns sont des animaux lourds, résistant par leur masse passive en quelque sorte, leur peau épaisse et dure. Les autres sont des animaux gracieux, rapides, organisés pour la fuite. Leurs quatre extrémités étant affectées à la fonction de locomotion, des moyens de défense se sont produits ailleurs; sauf chez le Cheval qui rue, ce sont des canines, des incisives allongées ou des cornes de configurations diverses. Chez certains ayant besoin d’un organe de préhension qui leur faisait défaut, une trompe apparaît. De même que les Carnassiers, les Ongulés paléontologiques débutant par les Taxéopodes de Cope aux temps éocènes sinon auparavant, se continuent avec les actuels par une suite de degrés d’adaptation, dont quelques-uns des représentants se sont maintenus jusqu’à nos jours, tels que le Tapir et le Cochon. Comme merveilles actuelles d’adaptations harmoniques dans toutes les parties et cependant fort différentes, on peut citer la famille des Equidés et celle des Ruminants ou bêtes à cornes. Avec les Carnassiers et l’Homme, ce sont les sommités de l’arbre animal.

Parmi les groupes très naturels se placent également les Mammifères marins, comprenant les Cétacés de haute mer, piscivores, et les Cétacés des côtes ou herbivores. Ils sont adaptés pour vivre à la surface de.l’eau, quelle que soit leur origine aux dépens des Reptiles marins, dont la coexistence avec les Cétacés éocènes a été établie parM. Ameghino dans l’Amérique du Sud, ou par une dérivation de Marsupiaux secondaires inconnus. Puis à côté la famille des Phoques, Carnassiers qui ont changé de milieu et dont la place dans tel ou tel ordre est arbitraire.

Toutefois, à côté des adaptations réussies, des ordres, familles et même genres, dans lesquels tout est harmonique, il y a des êtres douteux, chez lesquels les organes ou systèmes d’organes répondent à des genres de vie différents, à des adaptations en sens inverse contradictoires, des êtres représentant des groupes qui n’ont pas abouti et qui cependant ont en partie survécu dans les conditions défavorables où ils se trouvaient, comme pour nous laisser des traces d’essais manqués, de tâtonnements abandonnés et nous montrer que tout n’est pas parfait à un instant donné dans la nature. Ce sont les cas embarrassants pour le naturaliste. On y voit des traits de Rongeurs associés à des traits d’In-

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sectivores ou de Chéiroptères, sinon d’un troisième ou quatrième type. Plus on remonte dans le passé et plus ils sont nombreux; ces incertitudes de direction y sont comme la règle, les adaptations dans un même sens et les types harmoniques ne sont venus que par le temps. Beaucoup de ces types non terminés, mal adaptés pour la lutte, indécis, ont persisté et font le désespoir des naturalistes et spécialement des généalogistes auxquels ils ouvrent pourtant des horizons. Je citerai par exemple, je ne dirai pas l’ordre mais le confluent où se donnent la main et se mêlent des Lémuriens ou Prosimiens, des Chéiroptères, des Rongeurs, des Insectivores, et bien entendu des Marsupiaux.

Pour s’y reconnaître dans ce dédale, le naturaliste cherche l’idée fonctionnelle prédominante et se demande si ces contradictions ne tiennent pas à des particularités de mœurs et d’alimentation qu’il ne saisit pas, tant les conditions d’habitat et de vie sont diverses. Ainsi, parmi les animaux, il y a ce qu’on pourrait appeler des populations de sables et lieux secs, des populations de lieux humides et herbeux, des populations diurnes, nocturnes, arboricoles. Dans chacune de ces conditions, chaque animal cherche et se crée des habitudes propres là où il rencontre le moins de concurrence; or il y a place pour bien des diversités. On ne songe pas à la variété de nourriture que comporte l’arbre, par exemple. On y trouve de la mousse, des herbes, du feuillage, par conséquent ce qui convient à diverses sortes d'herbivores, des graines et des écorces pour les Rongeurs, des insectes, vers et limaces pour les Insectivores, de gros animaux même pour les Carnassiers. Toutes sortes d’êtres peuvent s’y abriter, sans parler de ceux qui sautent ou volent d’arbre en arbre. Le type Singe n’est que la forme arboricole ta mieux accusée au point de vue de la souplesse, de la désinvolture et des aptitudes gymnastiques, celle qui s’est dégagée le [tins nettement par adaptation au régime omnivore, la plus favorable su r l’arbre, celle qui a le mieux pris les allures et la conformation que comportent à la fois ce régime et cet habitat. Aux dépens de quelle autre forme arboricole antérieure le Singe s’est-il constitué? Là est la difficulté. En tout cas il est à noter qu’une population arboricole à adaptations diverses se rencontre parmi les Aplacentaires ayant survécu jusqu’à nous, plus nombreuse et plus variée encore peut-être que parmi les Placentaires.

Ce que le naturaliste doit chercher, ce sont les traits carae-

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lérisliques du genre de vie, un ou plusieurs, en songeant qu’il y a des aspects divers dans cette vie : l’alimentation, la défense, l’attaque, la reproduction; puis les caractères physiques qui y répondent le mieux et lui seront le plus commode pour son but, la distinction des groupes.

Le caractère le plus voyant n’est pas toujours le meilleur. Tel, fort modeste, pourra avoir la valeur de celte aiguille qui, mue par des rouages invisibles, montre l’heure exacte sur un cadran : ainsi une petite surface articulaire s’inclinant à droite ou à gauche, s’élargissant ou se rétrécissant; un tubercule arrondi, conique ou tranchant, un ongle aplati dans un sens ou dans un autre, etc. M. Cope, le paléontologiste, a obtenu des résultats surprenants avec les os du tarse et du carpe, comme d’ailleurs tous les naturalistes avec les dents molaires. Chaque fois c’est une question à discuter, à apprécier sans qu’il y ait de règles absolues, et dont la solution dépend de l’expérience et du jugement personnel du naturaliste.

Telle est pour nous la première façon de se diriger dans la recherche des différences entre ordres et familles; c’est l’appréciation du caractère et de sa valeur par la fonction dont il est l’expression et, d’une manière générale, par sa signification. Par opposition avec la suivante, on pourrait l’appeler la méthode fonctionnelle ou rationnelle.

La seconde méthode, plus répandue et préconisée par Cuvier, Agassiz et forcément tous les paléontologistes est celle de la morphologie brutale. Elle prend les caractères un à un, en fait la somme, les classe par ordre d’importance, cherche les plus caractéristiques ou dominateurs et forme du tout un type avec lequel s’établit le groupe : ordre, famille ou autres. En réalité elle arrive au même résultat, sauf qu’elle s’élève du caractère à la vue générale qui se trouve être l’adaptation à un but, tandis que l’autre méthode se préoccupe, comme point de départ, du genre de vie et aboutit au caractère par adaptation. Ainsi, dans l’ordre si remarquable des Carnassiers, en regard du genre de vie, nous notions les caractères en rapport avec lui, tandis qu’elle, en relevant les caractères tirés des mâchoires, des dents, des pattes, des muscles et des viscères, aboutit forcément, non à l’idée de domination, mais à celle d’importance plus grande de certains et de concordance parallèle des autres.

La notion de caractère dominateur ne fait pas allusion en

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effet à l’importance d’un caractère, mais à la subordination des autres caractères à celui-là. Tantôt la subordination est la conséquence du principe de solidarité, ou de celui de balancement des organes, tantôt elle est directe. La disposition du squelette, par exemple, détermine, suivant la fonction à remplir, l’insertion des muscles; le volume du cerveau chez l’Homme commande tou t la morphologie du crâne directement et peut-être tous les caractères distinctifs de l’Homme et des animaux, indirectement. Cette loi de subordination des caractères est l’une des plus importantes dans notre sujet. Source de toute harmonie, elle se lie à la loi de conformité au besoin, ou de l’adaptation.

Les deux méthodes aboutissent en somme, par des voies différentes, à la notion d’importance hiérarchique des caractères à laquelle répond celle d’importance hiérarchique des groupes qu’ils caractérisent.

On comprend, après ce qui précède, que l’établissement des ordres, sous-ordres, familles et tribus de l’histoire naturelle étant livré à l’arbitraire dans une multitude de cas, il soit difficile de fixer ce qu’on appelle les caractères de nature ordinal, familial, etc. Tel pourra être -ordinal dans un cas et familial dans un autre et réciproquement.

De même, n’y a-t-il pas lieu de distinguer les caractères en caractères de structure ou anatomiques, portant sur le squelette, les viscères, les muscles, et caractères morphologiques, portant sur de simples changements déformé, indifférehts, capricieux semble dire le mot; ou, au point de vue de leur signification, en caractères morphologiques et caractères fonctionnels, les deux sortes étant corollaires l’un de l’autre. Il n’y a que trois genres de caractères : des caractères d’évolution ou dans le sens le plus répandu de progression, des caractères d’adaptation ou de conformité au but fonctionnel et des caractères indifférents.

Ces derniers signifient : sans que le but fonctionnel en soit troublé et sans qu’il en résulte un avantage ou un inconvénient quelconque. Tels sont la défense aux dépens indifféremment de la canine ou de l’incisive, les cornes se détachant des os du nez ou du frontal. En réalité, il n’y a pas de caractères durables; tout ce qui est inutile disparaît, le moindre détail se modèle conformément à l’usage qu’il remplit, quelque minime que soit cet usage, cède aux besoins des organes voisins, ou leur fait de la place ei cesse d’exister. Le mot indifférent est donc relatif et l’ap-

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préciation en est laissée au naturaliste dans chaque cas. Tels caractères qui, clans certaines conditions mériteront celte épithète, acquièrent une grande importance dans d’autres : par exemple les dimensions, le poids, Je volume. Lorsqu’ils n’entraînent avec eux aucun changement physiologique, comme la taille grande ou petite, ils ont peu d’intérêt; lorsqu’ils ont des conséquences fonctionnelles considérables telle que l’augmentation des hémisphères cérébraux par rapport au cervelet ou en masse, ils en ont beaucoup; dans cet exemple, ils deviennent caractères d’évolution.

Tout est degrés du reste dans les différences organiques qui donnent les caractères, qu’il s’agisse des proportions cîu corps, de l’atrophie des os, des extrémités, du cerveau ou de tel et tel angle craniométrique. A ces degrés en correspondent de semblables dans l’exercice delà fonction. Assurément une fonction ne peut s’exercer sans un organe, mais l’organe s’atrophie, s’hypertrophie, se modifie, se transforme comme la fonction obéissant à sa propre activité régularisée elle-même par les besoins. Jamais Darwin n’a atteint l’ampleur de vues de Lamarck, se résumant ainsi : les conditions extérieures de vie ou les circonstances, créent les besoins; les besoins font la fonction; la fonction fait l’organe. C’est la loi de nécessité ou d’adaptation sous peine de mort, qui est le principe d’expansion ou d’évolution, le secret sinon de la création du moins de la conformation finale des êtres après une longue série d’épreuves.

Classifications. — Ces principes bien entendus, ces caractères dominants bien établis et avec eux les groupes, les uns naturels, les autres paradoxaux, allant de l’embranchement à la race, le naturaliste a ensuite à dénommer et classer ces groupes.

Il y a trois sortes de classifications :

La première est celle de Linné, systématique, dichotomique, ayant pour but principal d’apporter de l’ordre dans les innombrables espèces, genres, familles, ordres, etc., de l’histoire naturelle et de les ranger de la façon la plus avantageuse pour la mémoire et l’élude. On choisit un premier caractère, le plus commode, s’adaptant le mieux aux divisions générales qui s’imposent, puis un second conduisant à ses subdivisions de celles-ci, un troisième, etc. Notre classification des types humains est de ce genre. Notre premier caractère est l’indice nasal du vivant, le deuxième les che-

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