PROCÉDÉS D’OBSERVATION
présentant une courbe à peine sensible. Ouverture des narines très petite. Fosse malaire très plate. »
Ces exemples, qui cependant sont des modèles de précision scientifique, montrent de suite le défaut de la méthode.
Cette description de la couleur jaune est certainement un cas particulier qui a frappé l’auteur et est resté dans sa mémoire, et non une résultante. Pour convaincre, il faudrait qu’il y eût à côté l’indication des variations typiques principales, sinon des écarts particuliers extrêmes. Mais comment exprimer ces nuances graduées en deux sens? Les ressources du langage seraient vite épuisées. La description du visage caucasique est une approximation très réservée comme l’attestent les adverbes modérément, légèrement , agréablement , assez. Les adjectifs étroit , petit, rond, ont un sens élastique. Les traits, dit Blumenbach, sont modérément marqués dans la race caucasique. Par rapport à quel terme de comparaison? Les peuples jaunes prétendent que nous avons au contraire des traits anguleux, heurtés, saillants, qu’ils comparent dans les annales de Han à « une figure de cheval ». Des remarques analogues s’adressent au crâne kalmouck qui cependant a été merveilleusement choisi pour représenter le type jaune dominant, et dans lequel certains des traits sont très heureusement décrits.
Au début de la science, lorsqu’on n’en était encore qu’aux aperçus généraux sur les caractères et les formes s’opposant le plus, la méthode descriptive pouvait suffire. Mais aujourd’hui que l’on va au fond des choses, que l’on veut être convaincu et pouvoir tout contrôler par soi-même, et que de tous côtés surgissent des milliers de descriptions particulières qu’il s’agit de rapprocher, de distinguer par catégorie et de classer, les approximations ne satisfont plus. Elles sont trop subordonnées à la personnalité de leur auteur, à son expérience, a sa mémoire, à ses dispositions d’esprit au moment de l’observation, à son coup d’œil et au choix heureux de ses expressions. Le même crâne, le même sujet, le même caractère, la couleur des yeux par exemple, peuvent être vus, compris et décrils autrement par le môme observateur à des époques éloignées ou par plusieurs observateurs. Les différences sur lesquelles reposent le typo humain ne sont le plus souvent que des questions de degré ou de proportion.
Pour que la méthode par la vue et la description donne ce qu’on est en droit d’en attendre, il faut donc qu’elle soit
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réglementée, que chacun se soumette à scs règles et qu’il soit bien compris que l’on ne peut être anthropologiste, ou rendre des services à l’anthropologie, d’emblée, sans préparation. Peut-être y a-t-il des exceptions. Le médecin ou le naturaliste ayant acquis par l’anatomie ou la morphologie l’habitude de voir et la précision de langage qu’elle donne, est apte promptement*; il sait qu’en présence d’un objet, d’un crâne, d’un sujet vivant, il doit prendre telle surface d’une certaine façon et en décrire successivement et minutieusement chaque détail, puis telle autre et, lorsque chaque description est terminée, la résumer d’un trait qui sera le jugement qu’un autre eût porté d’emblée et dont le lecteur pourra contrôler l’exactitude en reprenant les détails.
Il en est de même de quelques personnes privilégiées qui, sans avoir fait de sciences naturelles, ont le don soit de l’observation analytique, soit de l’observation synthétique ou des deux à la fois. Mais, quand même, les uns et les autres doivent s’être préparés par la lecture d’ouvrages et la méditation d’instructions anthropologiques, sinon par un séjour dans un laboratoire spécial. 11 n’est pas admissible qu’un voyageur, désireux de faire des observations sur les habitants des pays où il se rend, en agisse autrement.
La réglementation de la méthode d’observation par les yeux porte: 1° sur les conditions de lumière, de distance et de position réciproque dans lesquelles doivent être placés le sujet ou le crâne et l’observateur; 2° sur les termes exacts à employer dans chaque cas ; 3° sur l’emploi de schémas numérotés répondant aux différents types de caractères; 4° sur la reproduction des caractères ou des sujets en entier par divers procédés graphiques.
C’est au premier ordre d’idées que se rattache la célèbre méthode craniologique de Blumenbach, dite de la norma ver- Licalis. Elle consiste à placer en ligne sur le plancher, et reposant sur leur base, une dizaine de crânes, plus ou moins, et à les considérer d’en haut, l’œil placé verticalement au-dessus du bregma. D’autres ont ajouté à cette méthode la vue latérale ou de profil du crâne, sa vue de face, sa vue d’en bas et celle d’arrière, en tenant le crâne â bout de bras et regardant successivement chacune de scs faces. Pour opérer plus correctement il faudrait que, par un système de craniophore, d’oculaire et de transposition mathématique du crâne, les
faces examinées soient rigoureusement perpendiculaires l’une