TYPES DE CARACTÈRE OBTENUS
Ce qui précède regarde la récolte des faits et la manière de les rendre pour en fixer le souvenir. L’opération venant après porte sur les types ou moyennes à en dégager en correspondance avec les groupes dans lesquels on les constate et sur les variations autour de ces types; opération qui conduit naturellement à une moyenne générale qui est le type général de l’Homme, celui à comparer plus tard avec les animaux.
Mais ici est l’écueil principal de la méthode descriptive. L’observateur s’astreint volontiers à passer par les règles pour leur transcription, mais il n’a pas la patience le plus souvent de les classer ensuite et de trouver des systèmes pour en connaître et exprimer les moyennes ou les proportions dans un groupe. Il veut aller vite et préfère la méthode au jugé. Cependant ce ne serait pas difficile : tous ces faits, désignés par des termes propres, par des numéros ou reproduits sur des feuilles volantes, sont des unités au même titre que les chiffres obtenus par la méthode anthropométrique et dont on fait tout ce que l’on veut.
Soit par exemple la courbe antéro-postérieure du crâne et de la tête, allant sur la ligne médiane de la racine du nez à la nuque, et la circonférence passant par les deux extrémités du diamètre antéro-postérieur maximum du crâne dite horizontale, quoiqu’elle soit oblique en bas et en arrière. La première donne le profil général de la voûte et la seconde la forme de la tête vue d’en haut. La longueur des deux, est mesurée au ruban, mais les particularités de leurs contours sont données par les lames de plomb ; ce sont les deux méthodes anthropométrique et descriptive en présence. Eh bien, partout dans les mémoires les moyennes et les variations de longueur de la courbe antéro-postérieure et de la circonférence horizontale sont énoncées avec complaisance, tandis qu’on ne tire aucun profit de leurs contours qui sont bien autrement intéressants. On se borne à en reproduire quelques uns à la fin de son mémoire. C’est qu’autant le travail est simple avec les mesures, autant il est difficile avec des feuilles ou de simples termes; tout lo succès de l’anthropométrie est là. Ce qu’il faut dans ces deux cas particuliers, c’est établir des catégories c’est-àdire leurs diverses formes ou types chacun avec sa dénomination propre; l’étude de l’amplitude de leurs variations viendra après. On aurait ainsi, pour la courbe antéro-postérieure par exemple, la courbe néanderthaloïde, celle de
70 MÉTHODE DESCRIPTIVE
la caverne de l’Homme mort si classique, celle des Reihcngraber, la courbe celtique, la courbe esquimoïde, etc.
Tous les caractères descriptifs portant des numéros ou se réduisant à un certain nombre d’épithètes sont à plus forte raison faciles à classer. Ce qu’on peut leur reprocher, c’est de ne pas se prêter à assez de distinctions utiles. Pour l’indice céphalique en anthropométrie il y a quelque 15 à 20 degrés permettant d’embrasser toutes les variétés humaines; on en obtient rarement la moitié avec les caractères descriptifs les mieux réglementés.
Il y a, il est vrai, des caractères morphologiques qui se prêtent mal à la systématisation et pour la synthèse desquels il y a toujours de l’arbitraire, par exemple les circonvolutions cérébrales. Voici comment Broca procédait. Ayant sous les yeux tous les moulages particuliers faits précédemment, et dans son esprit une multitude d’autres pris dans les autopsies sur les cerveaux frais, il modelait un hémisphère en cire, qu’il retouchait sans cesse jusqu’à ce qu’il soit arrivé à ce qu’il pensait être la moyenne. C’était son cerveau schématique européen. Partant de là il cherchait les variations individuelles et aurait pu sans doute un jour établir un second type, celui des races non européennes du reste peu différent, peut-être un troisième, etc.
Le type général, les types particuliers et les variations d’un caractère étant connus, il ne reste plus qu’à en apprécier la valeur générale, les services qu’il peut rendre, son degré de] fixité ou d’instabilité, sa résistance aux milieux et aux croisements, s’il est un caractère dominateur ou soumis aux variations d’un autre et enfin la distance que, pris à part, il établit entre les races humaines d’une part, entre l’Homme et les animaux de l’autre.
Pour cela on commence par échelonner, si faire se peut, les groupes humains auxquels correspondent ses différents types, de sa plus haute expression à sa moindre expression, et par voir comment la série, si série il y a, se continue ou se transforme chez les animaux. Puis on étudie le caractère en lui-même, au triple point de vue anatomique, physiologique et pathologique, et l’on conclut. Le plan est le même partout, mais les applications varient. Suivant qu il s agit d’un caractère anthropologique ou zoologique, dominateur ou non, tel ordre de considérations pèse plus ou moins. Ceci nous amène donc à prendre un exemple qui montrera comment d’un organe quelconque on tire des caractères, le