ANTHROPOMÉTRIE
cl 15 facultatives, etc. C’est dire que les mesures les plus indispensables sont nombreuses quoi qu’on fasse. L’anthropologiste est fort embarrassé. D’une part le moindre caractère exprimé en chiffres précis vaut mieux à ses yeux que toutes les descriptions en termes personnels; de l’autre il est obligé de réduire et de simplifier afin que les voyageurs les moins versés en anatomie puissent lui venir en aide et opérer sur de grands nombres de sujets, ce qui est le point capital.
Elles se composent de mesures droites et de circonférences ou courbes et se prennent avec un compas à arc quelconque avec le compas à glissière, grand ou petit, avec des équerres glissant le long d’une toise, ou avec le ruban métrique, il n’y a qu’un seul angle dans tout cela, il exige un goniomètre spécial, c’est l’angle facial, mais il appartient à la tête et sort de notre sujet. Quelques mesures sont obliques, elles disparaîtront. Parmi les mesures rectilignes se rangent les projections dans l’un des trois plans que comprendle corps humain. Elles doivent être prises, soit dans l’attitude naturelle du corps, les bras pendants, la tête droite, ou tout au moins du segment du corps mesuré, soit dans une situation qui sauvegarde le principe. Ainsi la coudée, mesurée entre deux équerres, l’avant-bras étant appuyé sur une table, la main se conlinuant suivant le même axe, le coude très fléchi de façon que les parties molles ne gênent pas l’olécràne contre lequel s’appuie une équerre, tandis que l’autre affleure le bouL du médius, est une projection verticale correcte. Par contre la mensuration du membre supérieur étendu horizontalement est un mauvais procédé, parce que la tête de l’humérus plonge dans l’aisselle, que le bras est raccourci d’autant et que la mesure obtenue ne répond pas à celle que l’on a lorsque le bras est ramené pendant le long du corps.
La méthode qui suit le plus correctement le principe avec tous scs .inconvénients d’applicalion en bloc est celle de Broca. Le sujet est adossé debout à une planche verticale graduée le long de laquelle glisse dans une rainure une équerre dite directrice , sur laquelle se meut une autre équerre plus petite tenue ù angle droit avec la main et appelé e indicatrice. C’est bien la méthode de la double équerre. L’équerre indicatrice se pose successivement sur les points de repère préalablement marqués au crayon sur la peau, savoir en allant de haut en bas :1e ve'rlex, le trou auditif
Topinard. o
MESURES SUR LE VIVANT
externe, le menlon, la fourchette sternale, l’acromion, lu tête du radius, l’ombilic et ainsi de suite jusqu’en bas. L’intervalle entre deux hauteurs, calculé après, donne la hauteur intermédiaire : hauteur sus-auriculaire, hauteur totale de la tête, hauteur ou longueur du bras, de l’avantbras, etc.
Mais l’opération, très simple et très correcte dans la description, laisse fort à désirer en pratique. Le sujet, à moins que ce ne soit un modèle de profession, ne conserve pas une immobilité absolue pendant toute laduréede l’opération qui est longue; il se penche un peu pour regarder ce que l’on fait, il se hanche imperceptiblement, il se lasse, il laisse tomber ou remonte son épaule, donc tout le membre supérieur. L’inconvénient du système, c’est que toutes les mesures se commandent et que la moindre erreur dans l’une entraîne une erreur dans les autres. Il ne nous est arrivé que trop souvent, voulant mettre à profit des listes apportées par les voyageurs, de constater les impossibilités de chiffres qu’ils enregistrent parfois. Pour éviter ce défaut d’immobilité, il n’y a qu’un moyen, c’est de décomposer l’opération, d’isoler les mesures en quelque sorte et, s’il y a moyen, de recourir à de's procédés détournés, comme la hauteur assis ou la coudée de tout à l’heure.
Une autre difficulté est celle des points de repère. On s’adresse à des anatomistes ayant la main chirurgicale et sachant par conséquent trouver le point juste, ou à des voyageurs, peu ou point préparés la plupart du temps. De ceux-ci on ne peut exiger assurément ce qu’on demande aux premiers. Pour les anatomistes on prend comme repère des saillies osseuses fixes, des interlignes articulaires eu des maximum et minimum. Ainsi l’acromion, la fourchette sternale, l’épine iliaque antérieure et supérieure, le bord de la cupule du radius, les apophyses styloïdes du radius et du cubitus, l’interligne articulaire tibio-fémoral , les malléoles, etc. Tous ces points sont bons; mais on en prescrit souvent d’autres qui sont mauvais, même pour des gens habiles. Tels sont le bord supérieur du pubis qui est recouvert d’un coussin cellulo-adipeux à travers lequel on sent difficilement ce bord, surtout chez les sujets ayant le ventre ferme ou proéminent; et le grand trochanter qui est doublé à son bord supérieur, le point recommandé, d’une couche fibreuse épaisse formée entre autres par les tendons d’insertion des muscles fessiers, pour ne pas parler
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de la contraction de ces muscles, qui résiste au doigt. 11 ne faut pas surtout que ces points dépendent d’organes mobiles comme la rotule que le droit antérieur élève involontairement lorsque le sujet étant debout on touche cet os, ou le bord supérieur du cartilage thyroïde dont l’emplacement varie avec d’imperceptibles mouvements de déglutition. Parfois faute de mieux on prend un pli cutané, tel que le milieu du pli de l’aine; ce sont de mauvais repères : le périné est dans ce cas sans parler de ses autres inconvénients. Nous avons cependant, pour l’indice nasal, prescrit la face externe des ailes du nez comme limite de la largeur maximum, mais ici on ne fait qu’effleurer la peau, et pourvu que le sujet soit calme, on ne commet pas une erreur d’un demi-millimètre. Comme exemple de points de repère maximum nous citerons les deux extrémités de la largeur des deux hanches ou des deux épaules: la seule difficulté est le degré de pression à excercer qui doit être- suffisant pour sentir doucement la face externe du grand trochanter ou le côté externe de la tête de l’humérus.
Dans la méthode de Broca, les points de repère doivent se déterminer avant l’opération et se marcjuei; sur la peau lorsque la partie est dans la position où elle sera mesurée, afin qu’au moment décisif on puisse mesurer vite, sans avoir à s’occuper de rien autre.
Instructions pour les voyageurs. — Pour les VOyageUl'S, il n’y a pas à hésiter, il faut faire des sacrifices, L’interligne articulaire du fémur et du tibia en dehors, la limite vraie entre la jambe et la cuisse, ne peut être prescrit, la cupule du radius non plus, le pubis, le bord supérieur du grand trochanter encore moins. Il y a plus : il faut éviter, si l’on peut, d’être obligé de déshabiller complètement son sujet. La grande envergure, mesure empirique qui serait la longueur totale des deux bras additionnée de la largeur biaxillaire du thorax, si les deux humérus n’étaient raccourcis de la quantité dont ils plongent dans les aisselles, convient très bien aux voyageurs. La hauteur assis - — c’est-à-dire les hauteurs du Ironc, du cou et de la tête réunies, le reste étant la longueur du membre inférieur au-dessous du plan horizontal terminal du tronc — est excellente aussi. La hauteur à genoux qui donne toute la partie du membre qui est au-dessous de l’articulation du genou est dans le même cas. Les contours du pied et de la main posés sur une feuille
llb MESURES SUR LE VIVANT.
dô papici , Lacés avec un crayon Icndu en deux, économisent bien des ennuis au voyageur et permettent plus tard de prendre toutes les mesures sur ce calque (tig. 22 et 23).
Le plus difficile dans les mesures sur le vivant, — comme nous le verrons tout à l’heure dans celles sur le crâne,
Fig. 19. — Grande glissière de Topinard.
c’est de choisir celles qui conviennent le mieux et surtout de s’entendre entre anthropologistes de divers pays sur les mêmes. La plupart des listes et Instructions diffèrent, ctdes mesures ayant la même dénomination ont parfois des points de repère différents. Ainsi, à l’avant-bras, les uns mesurent le cubitus, les autres le radius. La Novara a deux longueurs de cuisse, l’une en dehors, du grand trochanter au condylc externe du fémur, point assez vague il faut le dire, l’autre en dedans, du pubis au condylc interne. C’est un double
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emploi, il faut réduire le nombre des mesures, donc en sacrifier une.
Voici un exemple qui embarrasse. Le tronc qui est la partie centrale du corps, la première à mesurer, a pour limite en haut la fourchette sternale, les clavicules et l’apophyse épineuse non de la lro dorsale, mais de la V1 cervicale dont le sommet de l’apophyse atteint la 1“ dorsale; el
Fig. 20. — Façon de lenir la grande glissière lorsqu’on mesure à part la longueur du bras.
en bas la ligne tangente à la face inférieure des tubérosités ischiatiques et le coccyx, c’est-à-dire dans la position assise, le siège. Rien de plus simple pour nous : il faut prendre de la fourchette au siège, ou de l’apophyse épineuse de la 7e cervicale au meme siège. Il en est cependant qui en avant préfèrent en bas le bord supérieur du pubis. Mais la vraie difficulté est la limite supérieure du membre inférieur. La cuisse ne s’ajuste pas bout à bout au tronc mais par son angle inférieur externe suivant une ligne oblique. Sur le Irajet de celle ligne les uns ou les autres ont adopté comme points de repère l’épine iliaque antérieure et supérieure,
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le grand trochanter, le milieu du pli de l’aine, le bord supérieur du pubis et le périné. Or l’épine iliaque allonge rop la cuisse et la fait empiéter sur le tronc en sorte qu’avec les deux mesures, celle du tronc et ccl le de la cuisse, on ne peut reconstituer le canon de l’Homme debout. Le
Fig. 21. — Toise anthropométrique de Topinard, sa partie supérieure.
pli de l’aine, le pubis et le périné ont des inconvénienls de pudeur qui dans la pratique ne sauraient être dédaignés et sont incorrects dans la théorie puisqu’ils n’expriment pas le centre même de l’attache de la cuisse, la cavité cotyloïde. Le grand trochanter est une source d’erreurs personnelle très étendue. Que faire? On ne peut satisfaire personne, il faut songer à la commodité et puisqu’on doit sacrifier le tronc ou la cuisse, qu'on sacrifie celle-ci? Nous
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acceptons donc pour limite arbitraire de la cuisse en liant le plan déterminé par les deux tubérosités bichiatiques et le coccyx, c’est-à-dire le siège. La cuisse sera raccourcie,
mais elle le sera pour tous et le canon sera aisé à reconstituer sur un papier quadrillé.
En résumé, les mesures sur le vivant se composent:
1° de mesures spéciales répondant à des objectifs particuliers, comme la grande envergure que tout le monde accepte, la circonférence de la poitrine, passant par le dessus des mamelons dans l’état moyen de la respiration, qui est non moins intéressante quoique plus influencée par l’état physiologique que par la race, et les circonférences maximum du
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mollet et minimum de la jambe au-dessus des chevilles, dont on établit le rapport; 2° de largeurs, comme celle des hanches maximum, et celle des épaules maximum celles-ci toujours plus larges que les hanches dans les deux sexes, avec lesquels on construit un rapport d’un grand intérêt; et 3° de mesures verticales propres à constituer le canon des proportions de l’Homme vu de face.
L’étendue de l’écart personnel dans les mesures du vivant et la variabilité très grande des proportions dans un même groupe, montrent clairement qu’on ne peut tirer profit que des grands nombres et que, par conséquent, il faut mettre l’anthropométrie à la portée de tous. Aussi, mes efforts depuis bientôt quinze ans, ont-ils tendu h réduire le nombre des mesures à demander aux voyageurs, à y supprimer tout ce qui est trop anatomique, à les simplifier et à faire, en un mot, que sur les indigènes les plus rebelles, elles puissent être prises tuto, cito et jucunde, tout en épondant aux nécessités fondamentales.
Pour cela, sans abandonner le principe des projections de Broca, j’ai décomposé sa méthode en plusieurs temps, rendu les opérations indépendantes, fait que les mesures ne se commandent pas et qu’une erreur ne se répercute pas, et recouru à des moyens indirects. Ainsi mes hauteurs de la tête se prennent à part à l'aide d’une équerre posée sur le vertex, dont la grande branche graduée et munie d’un fil à plomb, descend au-devant du visage, tandis que la pointe d’une petite équerre tenue à la main, effleure successivement les points voulus ; c’est l’affaire de dix secondes. Ce qui concerne le membre supérieur est l’objet d’une opération distincte; on y prend 1° la projection verticale ou longueur totale du membre, de l’acromion au médius avec le grand compas glissière de la figure 19, à branches mobiles, le point d’appui de l'acromion étant indépendant par conséquent du mouvement d’élévation ou d’abaissement de l’omoplate; 2U la coudée, comme il a été dit plus haut; 3° la longueur de la main, sur sa face dorsale, du milieu de sa ligne bislyloïdienne au médius, avec la petite glissière. En soustrayant ces parties l’une de l’autre, on a les trois segments huméral, cubital et main du membre supérieur.
La taille debout, la hauteur de la fourchette, la taille assis, la taille à genoux et deux petites projections, du men-> ton à la fourchette eL de la malléole interne au sol, donnent le complément des éléments du canon vu de face.
CARACTÈRES DESCRIPTIFS
Voici le modèle de la feuille d’observations à remplir qui accompagne mes Instructions aux voyageurs, de 1885. Je la reproduis en totalité, avec les mesures de la têle et les caractères descriptifs,' ceux-ci légèrement corrigés. Les numéros entre parenthèses dans les caractères descriptifs sont ceux des réponses à inscrire, les mots en italique à la suite des mesures sont les instruments a employer. On remarquera le N. B. On est obligé dans la science de faire entrer en ligne de compte des valeurs obtenues par des mains différentes ; en réalité il n’y a de strictement comparables en anthropométrie que les valeurs de la même main. De là des genres de certitude ou mieux de probabilité, de poids différents.
CARACTÈRES DESCRIPTIFS
( Foncés de toutes nuances.
I Moyens. S ful>'es <Iue verts-
A. Couleur des yeux, j [ Verts.
Clairs. . J ^ltres <lue bleus'
( Bleus.
B. Couleur des cheveux. Noir absolu (1), brun foncé (2), moyens de
toutes nuances (3), blonds de toutes nuances (4), roux (5) . .
/ Noir absolu 11)
I Brun rougeâtre (2), jaunâtre