NOMENCLATURE DE L’INDICE CEPHALIQUE DE BROCA
Dolichocéphales vrais. . . 75 et au-dessous, ou 3/4, ou 6/8.
Sous-dolichocéphales. .. 75.1 à 77.7 ou 7/9.
Mésaticéphales 77.8 à 80.0 ou 4/5, ou 8/10.
Sous-brachycéphales. . . 80 1 à 83.3 ou 5/6, ou 10/12.
Brachycéphales vrais. . . 83.4 et au-dessus.
Ainsi entendu, l’indice céphalique fit le tour du monde avec la clientèle de Broca. Toutefois, un peu en Angleterre
et davantage en Allemagne, il y eut des réfractaires.
La première divergence porta sur la nomenclature , on plaçait la séparation des dolichocéphales et des brachycéphales ou des dolichocéphales et des mésaticéphales à 75, ce qui faisait que pour les cas entre 75 et 77,7 il y avait des malentendus incessants.
Tant que la méthode des moyennes fut maîtresse, cette coupure de Broca à 77,7, quoique arbitraire, était bonne ; c’était une question d’habitude. Mais à mesure que la méthode de la sériation se développa, les inconvénients s’en firent sentir : 77,7 cl 83,3 ne s’accommodaient pas avec les modules, les décimales surtout gênaient, on ne pouvait superposer les résultats des deux modes d’études. D’autre part les divisions de Broca étaient inégales,
Fig. 29. — Crâne brachycéphale de Savoyard.
INDICE CÉPHALIQUE
en sorte que dans le systèmes de proportions pour cent de chaque sorte d’indices, certains groupes étaient favorisés. Il nous parut donc qu’il y avait là une réforme nécessaire. Nous avions déjà commencé notre croisade en faveur de l’unité de méthode des nomenclatures et des systèmes de mesures, et de la nécessité de se faire des concessions mutuelles et d’aboutir à une entente internationale. Avec l’assistance du docteur Garson en Angleterre nous proposâmes une nomenclature nouvelle, pouvant convenir à tous et répondant aux besoins de la (science. Elle a été acceplée et signée en Allemagne par 80 craniologistes et est connue sous le nom ci-après. La voici. :
NOMENCLATURE QUINAIRE DE L’iNDICE CÉPHALIQUE
(Système Topinard.)
Ultra-dolichocéphales Ilyperdolichocéphales Dolichocéphales . .
Mésaticéphales. . .
Brachycéphales. . .
Hyperbrachycéphales U 1 tra-brachycéphales
de 60 à 64 inclusivement
de 65 à 69 —
de 70 à 74 —
de 75 à 79 —
de 80 à 84
de 85 à 89 —
de 90 à 94 —
Les cas au-dessus et au-dessous sont si rares qu’on les comprend dans les divisions extrêmes ou qu’on les met de côté à sa volonté.
Les avantages de ce système sont d’être plus facile pour la mémoire que celui de Broca, de permettre l’emploi parallèle de la méthode de la sériation à -grand module et la méthode des moyennes et de faciliter la réduction de la contenance de chaque division en proportions pour cent du total. Dans les sériations à une unité on ne peut se souvenir de ces proportions, avec le système quinaire les groupes se réduisent à 7 au maximum1.
1. Une pareille entente internationale est un phénomène trop rare pour que nous ne donnions pas la bibliographie des documents qui s'y rapportent : Topinard. La nomenclature quinaire de l’indice céphalique, Revue d’anthrop., 1885, p. 210. — Le principe général à adopter dans les divisions et nomenclatures des caractères, cl en particulier de la nomenclature quinaire de l'indice céphalique. Bulletins de la Soc. d'anthr., février 1886. — La réforme de la nomenclature de l'indice céphalique. Revue d’anthrop., 1886, p. 186. — J. -G. Garson. The cephalix index, Journ. anlhrop. Institut, 1886. — The international agreement on lhe classification and nomenclature of the cephalix index., Journ. anlhrop. Instit., 1886.
150 CARACTÈRES CRANIOMÉTRIQUES.
La seconde divergence porta sur la façon de comprendre les mesures.
Pour le diamètre antéro-postérieur, les uns le faisaient partir des bosses frontales (Welcker), les autres de la racine du nez (de Baer, etc.), d’autres de l’ophryon, c’est-à-dire de la dépression qui surmonte la glabelle. D’autres voulaient qu’on plaçât le crâne dans son altitude naturelle et que, partant de la glabelle ou de l’ophryon, on se portât horizontalement en arrière; c’élait la méthode des projections, le diamètre était diminué. De là des différences d’un craniologiste à l’autre, faisant qu’un même indice n’avait pas la même signification pour tous. Si je ne m’abuse il y a entente à présent, le diamètre commence pour tous à la glabelle. Toutefois dans l’entente craniométrique de Franckfort, une autre est maintenue à côté de cette mesure, celle du diamètre antéro-postérieur partant encore de la glabelle, mais poussée horizontalement en arrière, c’est-àdire par projection; en sorte que dans les indices céphaliques publiés par les Allemands on ignore de laquelle des deux mesures il est question. Nous avons motif de croire que c’est le plus souvent la dernière et que par conséquent les indices céphaliques venant d’Allemagne ne peuvent être rapprochés de ceux pris en France, en Russie, en Italie, en Angleterre et en Amérique où l’on s’en tient à la première mesure (fig. 37, page 137).
Sur le diamètre transverse nous croyons qu’il n’existe plus de divergence. Les instructions de Franckfort concordent avec celles de Broca.
Après l’historique, le procédé de mensuration et la nomenclature, viennent la comparaison de l’indice chez l’Homme et les animaux, puis les différences suivant les âges, les sexes, les populations à l’aide des moyennes et les individus à l’aide de la sériation.
L’indice céphalique, répondant à la forme de l’ovoïde crânien lorsqu’on procède avec la longueur de Broca, ou à la forme du crâne dans son attitude naturelle lorsqu’on procède avec la longueur numéro 1 de l’entente de Franckfort qu’on peut appeler la longueur de Virchow, fournit un caractère anthropologique absolument empirique qui n a qu’un fort médiocre intérêt pour la comparaison avec les autres Primates. L’indice céphalique est l’une de ces mesures dont nous avons parlé, qui exigent des procédés et des points de repère différents chez la plupart des animaux.
INDICE CÉPHALIQUE. 151
Voulant être court, nous négligerons donc cette comparaison. . .
La seconde étude A poursuivre est celle des variations suivant les âges. Elle se résume ainsi. Dès les premiers temps de la vie le crâne revêt la forme typique, allongée ou ronde, que comporte l’hérédité qui prédomine en lui; cependant, toutes choses égales, par suite de la croissance rapide du cerveau à cette époque, il tend à être plus rond qu’il ne sera plus tard. On doit donc écarter des séries, à ce point de vue, les jeunes sujets.
La troisième recherche est celle des différences suivant les sexes. Les uns ont dit la femme plus dolichocéphale que l’homme, les autres plus brachycéphale; cette opinion semble rationnelle. Toutefois la différence est assez faible pour que dans les moyennes où l’on n’a pas un nombre considérable de cas à séparer en deux lots, on confonde les sexes. C’est important à noter car il est nécessaire, en général, de les mettre à part.
Le quatrième chapitre est celui des moyennes dans les groupes de populations, petites et grandes. Nous voulons en donner des exemples, mais le choix est difficile. On a mesuré l’indice céphalique sur plus de 50 000 crânes: les moyennes publiées en sont très nombreuses, mais elles manquent d’unité de méthode pour les raisons précédentes. Puis la moyenne d’un lot de crânes n’implique pas que la population correspondante ne puisse donner des moyennes différentes. Ainsi nous indiquons les Italiens d’après une série de 112 de M. Flower venant de toutes les parties de l’Itafie, mais çà et là dans les villes, les montagnes, sur les côtes, les indices moyens diffèrent suivant les proportions des éléments constituants du peuple italien, qui y ont survécu aux événements de l’histoire et s’y sont mélangés. De fait en Italie, comme du reste en Grèce, on est très brachycéphale dans le nord, et l’indice s’abaisse graduellement jusqu’à la dolichocéphalie en descendant au sud et passant dans les îles. La Calabre, la Sicile et la Sardaigne donnent les moyennes les plus basses et cependant c’est du côté de la Ligurie qu’on a signalé jusqu’ici les crânes individuels les plus allongés.
Ce qu’il faudrait en réalité pour satisfaire à tous les besoins de la science, ce sont des moyennes par commune, avec lesquelles on construirait des cartes qui répondraient à tout. Nous n’en sommes pas là encore. Mais ars longa , vita brevis.
CARACTÈRES CRANIOMÉTRIQUES.
La courte liste ci-après de moyennes n’est donc qu’un aperçu; nous simplifions et renonçons aux décimales.
INDICE CÉPHALIQUE (CRANE)
France.
Grottes néolithiques, Lozère
et Pyrénées 72 a 74
Dolmens de la Lozère et des environs de Paris. . 75 à 76 Grottes néolithiques de Feigneux et Orrouy. . . 78 ci 79 Gaulois, âge du fer ... . 77
Mérovingiens ... 76
Parisiens, 14e au 19e s. 78 à 80
Normands 79
Alsace-Lorraine 83
Auvergnats et Charentais. . 84
Vosges 87
Basques français 80
Montpellier 78
Puiseux, Seine-et-Oise. . . . 77
Europe excepté la France.
Dolmens d Angleterre. ... 71
Tumuli d’Angleterre .... 81
Alemansdes Beihcngraber. 73 à 75 Kourgans de Russie . . 72 à 78
Scandinaves 74
lie Orkneys 75
Ecossais et Anglais . . 76 à 77
Hollandais deZaandam. . . 79
Zélandais 86
Bruxellois 77 à 78
Prussiens 79
Bavière et Wurtemberg . . 83
Finnois du Nord. ... 77 à 80
Russes 81
Italiens 81 à 83
Sardes et Siciliens . . . 73 à 74
Corses et Berbers . . . . 75
Arabes 72 à 74
Égyptiens anciens 75
Guanches 75 à 77
Espagnols 78
Grecs 82
Turcs 79 à 83
Asie.
Sibériens divers ....
78 il 83
Aïnos
Kalmoucks
Annamites
Kirghis, Usbecks, Galtchas 85 à 86
Parsce
Coréens
Noirs de l’Inde ....
Chinois et Japonais . .
Vcddahs
Amérique.
Esquimaux orientaux. .
Navajos et Apaches . .
Esquimaux occidentaux.
Guaranis
Alaska
Botocudos
Aléoutes
Puelchcs et Araucans. .
Californie
Tehuelches ou Patagons
urons
uégiens
INDICE CÉPHALIQUE
A frique.
Mandingues
Dahomey
Ilaouassas
Ouolofs . . •
Gabon
Cafres
Darfour
Boschimans
Océanie.
Javanais et Andamans
Tasmaniens
Dayaks
Australiens
Iles Marquises. . . .
Néo-Calédoniens, île des Pins
Iles Sandwich. . . .
Fidjiens de l’intérieur . . .
Il nous est impossible cle nous livrer aux considérations que comportent toutes ces moyennes et toutes celles omises. Poursuivons notre objectif qui est de montrer les chapitres successifs que comprennent l’étude d’un caractère craniométrique et les questions de méthode qu’elle soulève.
L’étude venant ensuite est celle des variations individuelles soit dans toute l’humanité, soit dans les moyennes de populations.
Les variations extrêmes sont ou anormales ou normales. Les premières vont de 52 sur un cnlne atteint de déformation par synostose de la suture sagittale appelée scaphocéphalie, qui est au muséede Hunterà Londres, à 121 et 131 sur deux crânes déformés artificiellement de Sacrificios qui sont au Muséum. Les secondes vont de 53 chez un Australien mesuré par Mikluscho Maclay à 98 sur un Tarlare mesuré par Huxley. L’écart des cas individuels normaux est donc de 45 unilés, tandis que celui des moyennes à notre connaissance est de 21 unilés seulement.
L’étendue des variations dans une population est subordonnée à deux facteurs: le nombre de cas entrant dans la série et le nombre des éléments consliluanls de cette population. Plus un peuple est isolé, plus son isolement date de loin, et plus ses éléments ont la chance de s’être fusionnés et moins les variations seront grandes. Dans les conditions inverses elles sont immenses.
Parmi les séries les plus homogènes, nous citerons 32 Tasmaniens, 27 Australiens, 24 Andamans, 23 Fidjiens de l’intérieur, 20 Esquimaux orientaux, 34 Troglodytes de la Lozère à l’époque néolithique, chez lesquels l’écart est de 8 à 11 unilés. Puis comme exemples de populations très
154 CARACTÈRES CRANIOMÉTRIQUES.
mélangées, 28 Chinois d’une part et 27 autres de l’autre, 33 crânes des dolmens de la Lozère à l’époque néolithique, 35 noirs de l’Inde, dans lesquels l’écart est de 20 à 22. Enfin comme exemples de séries très fortes et aussi mélangées 1000 Parisiens et 1000 Bavarois, où l’écart est de 27 à 28 unités, les cas anormaux mis de côté.
Après l’étendue des variations, viennent les proportions des divers degrés de ces variationset la constatation de celles qui, se répétant le plus, doivent être considérées comme l’expression typique du caractère avec ses oscillations immédiates. Tout cela est donné par les sériations dont voici des exemples :