‹ L'homme de génieChapitre 108 sur 257 · CHAPITRE PA1EHIBR S · texte numérisé non relu

CHAPITRE PA1EHIBR S

De son front an pftle reflet I n grandit sans jamais connaître Le frais sourire dn bonhenr, Sans entendre la voix dn prêtre, A sa droite sans voir paraître Le gfnide qu'on nomme THonnenrl

Il grandit comme nn ver dans Tombre !

Et, serpent an soleil d'été, n se glisse et se mêle an nombre Des hydres dont la haine sombre Envenime chaque cité.

Ignoble héros de guinguette, Faux mendiant des carrefours, Escroc portant un masque honnête, Hideux détrousseur qui vous guette.

C'est lui partout I c'est lui toujours ! C'est au bagne, infâme victime, Quand ce n'est point sous le couteau, Que roulant d'abîme en abîme Va s*eng]outir l'enfant du crime Qui n'eut pas d'ange à son berceau !

Quel sage bienfaiteur, quel Ljcurgue intrépide Rédiautknt dans son sein la vile chrysalide Ouvre le ciel à qui vivait dans le limon, Et réalise ainsi la sublime chimère D'inspirer de l'amour à qui n'a pas de mère, Le cu3te de l'honneur à qui n'a pas de nom t

Oh I non, oc n'est aucun de ces songeurs snpei^^es- Qui, se mettant au front les rayonnantes gerbes, En Moïses nouveaux prétendent s'ériger; Le dévouement Jamais n'embrasa leur poitrine, Leur oigueil si fécond en menteuse doctrine Sait irriter le pauvre et non le soulager.

Celui qui le fonda, cet asile qui s'ouvre. C'est celui qui d'un mot a couronné le Louvre, Ce rêve des Valois et de Louis le Grand I C'est celui q«i, deux fois père de la patrie, A de son bras puissant chassé la barbarie Et d'un peuple abaissé fait un peuple géant!

6ar il faut que ton nom. Napoléon, se pose Du palais à la crèche au bout de toute chose, Et que, dans ton manteau d'abeilles parsemé Qui porte dans ses plis les destins de l'Europe, Comme ton propre flls l'orphelin s'enveloppe Sans plus craindre le fk'oid, sans plus être aflkmè*

MaiH non, tu n'ea pas seul dans cette œuvre modeste,

Un ange, do grandear et de bonté alûeate.

En IntipirA la (gloire à ton coenr de lion.

Et c'est avec t'aceord de vos âmes pareUlea

Que vons eOiicerez les Aotiquea merveilles,

Car un simple Efltel-Sieu vaut mieux qu'un Farthènool

Et vona voilà dans cet asile, Vagabonds sauvas par C^sar; On oreoT droit, une fime virile Seront désormais votre part; VoDs ponrrei fièrement répondre A cenx qui croiraient vous confondre En TOUS demandant totrif nom:

Cesses toute ironie amère.

Car la Francis fnt notre mère.

Notre père, Napoléon (l).

3. Journaux. — C'est la facilité à produire des œuvres littéraires de ce genre qui a conduit quelquefois les malades des asiles à se réunir, k se concerter pour composer des journaux, entièrement rédigés par eux. Des tentatives de ce genre ont été faites en Angleterre à plusieurs reprises, tentatives que Marcé a signalées dans son élude sur les écrili des aliénés. Les Journaui lilléraires dont il parle (The New Moon, The York Star, The Opal), étaient rédigés et imprimés par les malades eux-mêmes dans les murs de plusieurs asiles. On y trouvait des productions diverses, el notamment des morceaux poétiques dont quelques-uns, par Toriginalité du rhythme, par leurs accents passionnés, par le uni de leurs descriptions, étaient, paraîL-il, pleins de charmes.

L'exemple des Asiles d'Angleterre fut imité naguère à Charenton(l), où les pensionnaires eurent d'eux-mêmes l'idée de fonder et de rédiger un journal, le Glaneur de Madapolis. 11 ne faudrait pas supposer que toutes les productions insérées dans ce journal fussent, nous ne dirons pas parfaites, mais même seulement bonnes.

(1| Reiinikd. Sorcllerie. — Sihtuui. D» la surfxcitnCion des faruHrt i Ull«ctueUet dans Ui folie. Thàse (la ?At\t, p. 122, 1867.

Un M. Z..., atteint de folie orgueilleuse, avec idées siagulières de persécutions, était à la maison de santé; c'était un homme des plus danp;ereiix, car il avait juré de se défaire de la première personne qui se présenterait devant lui. Pour y arriver, avec une force inouïe, il descella une barre de fer énorme encastrée dans un mur, et se mettant en faction derrière une porte, il allendit, prêt à assommer quiconque passerait à sa portée. Fort heureusement, il fut aperçu à temps et désarmé.

Cette agitation excessive finit par céder, et le malade, sauf qu'il refusait opiniâtrement d'écrire à sa famille et de changer de linge, semblait revenu à un état assez normal. 11 passait ses journées à lire et à traduire les romans de Ch. Dickens.

En même temps que lui, et dans sa section, se trouvait un officier qui se distrayait à faire de l'aquarelle. Un jour, ce Diililaire reproduisit assez heureusement la porte principale de l'asile. M. Z..., vit le dessin, et, frappé subitement d'une idée, il écrivit au dessous :

K ROUTE DE MADOPOLIS.

^^ € La route de Madopolîs n'est point une chaussée avec son empierremenl. ses fossés et ses accotements; c'est une route sphérique, grande comme la terre, épaisse comme la hauteur de la plus grande des pyramides d'Egypte.

» C'est en naissant qu'on entre sur la route de Madopolis, c'est en mourant qu'on an sort.

» Chose bizarre, c'est peut-être en dormant qu'on y chemine le plus vite, et c'est souvent quand on s'en doute le moins qu'on franchit les portes de cette ville célèbre.

I Madopolis est habité par des hommes et des dames; c'est une grave erreur que celle qui court le monde, d'après laquelle Madopolis serait habité par des hommes tombés de la lune. C'est bien plus en dehors de Madopolis que

dans ses murs qu'on pourrait trouver des lunatiques. La route de Madopolis en fourmille. Pauvres gens ! ils s*en vont, ils viennent vers nous! Si nous y reportions nos souvenirs, au milieu des lunatiques nous vous y verrions venir, ô Madopolitains, ô Madopolitaines... >.

En bas de la feuille, ii ajouta: Ea>orde à continuer. Puis, passant à Tofficier son papier, il lui dit : < H me faudrait tout un journal pour exprimer ma pensée. — Eh bien, lui répondit celui-ci, faisons un journal; je me charge de Tillustrer ».

L'affaire fut convenue en quelques instants, et nos deux délirants se mirent à l'œuvre. Le titre fut vite choisi, ce n'était pas le plus difficile. On baptisa l'œuvre nouvelle:

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