INTRODUCTION XXV
Ce qui le prouve encore, c'est le fait que Taliéné, chez les peuples barbares, est redouté, adoré des masses qui, souvent, lui confient Tautorité suprême. (Voir III* Partie).
Dans les temps modernes la môme conviction se conserve ; mais à vrai dire, sous une forme et avec un résultat qui tournent entièrement au désavantage du Génie, auquel on refuse tout rôle dans le monde. — S*il est un fait bien notoire et qui se passe de documents, c'est qu'on dispute aux hommes de génie, pendant leur vie, non sealement la renommée (et avant ces dernières années la liberté même) mais encore les moyens de subsistance. Cela se compense après la mort, par des monuments, par des regrets, ou par des fadaises rhétoriques !
Et pourquoi cela? Ni la jalousie des rivaux, ni l'envie des hommes médiocres, toujours en guerre contre le vrai mérite et toujours Taincus par lui, ne suffisent à l'expliquer. Non, c'est qu'il manque presque toujours au génie, si l'on en ôte quelques grands politiques, parmi lesquels il faut encore signaler des exceptions remarquables (Bismark par exemple) ce tact, ce juste milieu, ce sens de la vie pratique, qui seuls sont reconnus comme des vertus réelles par les masses, et qui seuls sont utiles dans la pratique sociale.
Le bon scub vaut niieax que le génie
dit un vieil adage français, et pour employer les termes mômes de Mirabeau: < Le bon sens est l'absence de toute passion trop vive; et, viceversa, seuls les hommes à grandes passions peuvent être grands ». Le bon sens marche par les sentiers battus, le génie jamais.
Et voilà pourquoi le vulgaire traite si facilement de fous, ni sans quelque raison, les grands hommes, tandis que la foule lettrée jette les hauts cris quand on rattache — comme je tente de le faire ici — cette opinion générale à une théorie.
Aux reproches qu'on me fait (Tarde) de construire des théories avec des exceptions, je pourrais répondre que les exceptions sont toujours elles mêmes soumises aux lois, ou pour mieux dire, qu'il n'y a pas de vraies exceptions dans la nature.
On me reproche, aussi, le peu d'utilité de ces études: je pourrais bien répéter, ici, avec Taine, qu'il n'est pas toujours nécessaire que le vrai soit utile.
Cependant, de nombreuses applications pratiques peuvent sortir de ces recherches, soit pour l'explication de ces étranges folies re-