‹ L'homme de génieChapitre 129 sur 257 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

éerivaît à Arbottx nn criminel maniaque, — expliquant 1res bien cette tendance (1).

Et un lypémane de Pesaro donnait cette explication de quelques uns de ses vers : <c La poésie est wne émanation spontanée de l'âme — la poésie est le cri de Tâme transpercée par la douleur (2) >.

Atavisme. — Vico avait déjà deviné et plus lard Buckie a expliqué admirablement, comment chez les peuples primitifs les penseurs ou les savants étaient tous poètes. De fait, les premières histoires ont été fixées et transmises en vers par les bardes de la Gaule ou par les Tooikolos du Thibet : et de même dans l'Amérique (3), le Dekkan (4), l'Afrique (5) et dans rOcéanie (6).

Ellis écrit que, lorsque des contestations sur les ancêtres s'élevaient parmi les habitants de la Polynésie, ils se servaient des anciennes ballades, transmises par tradition, comme de documents historiques (6).

De même que dans les Indes, dans l'Europe du moyen âge, les sciences étaient exposées en vers. — Montucla parle d'un traité de mathématiques du treizième siècle écrit en vers. Un anglais traduisit aussi en vers les Institules de Justinien et un polonais traita, dans le même langage, de la science du blason.

L'histoire proprement dite, bien qu'en prose, n'était pas pour cela moins fabuleuse, moins remplie de sottises fantastiques, et moins riche de paronomasies que la poésie. — Troyes dérivait de Troie; — Nuremberg de Néron ; — les Sarrasins de Sara; — Mahomet était un cardinal; — Naples

(1) Les prison» d€ Paris, 1881.

(2) Diario del Manicomio di Pesaro. 1879.

(3) Pbescott. Htst. of Pei'u, i.

(4) WiLK. Hist. of the South Ind, p. 20.

(5) Munoo-Park. Travels. i.

(6) Ellis. Polynésie, i, p. 45.

était née sur des œufs ; — les enfants nés après certaines victoires des Turcs n'avaient que S2 ou S3 dents au lieu de 82. — Turpin, qui était le Macaulay de son temps, racontait dans son histoire que les murs de Pampelune tombèrent, par la seule vertu des prières des soldats de Charlemagne; — Ferraulte avait vingt coudées de hauteur, et un visage d'une coudée de long.

Somme toute, c'étaient les mêmes fables que celles des veillées de nos chaumières, dont on ne peut recueillir autre chose que l'uniforme imbécillité humaine, d'autant plus fantastique qu'elle est plus ignorante; enfantillages stériles qui font perdre bien du temps aux philologues qui s'en occupent.

Et dans la prose on retrouve, aussi, l'influence atavistique. MM. Tanzi et Riva(l), à propos de quelques écrits de monomanes, disaient :

c Aux démonomanes d'il y a cent ans, représentants tardifs du mysticisme du moyen-âge, qui nous donnent le vieux modèle de la paranoïa, se substituent à présent les paranoïques modernes, nouveaux alchimistes qui, avec leurs délires pseudo-scientifiques, leurs phrases vides, renouvellent le style et les pensées de Trithème, d'Agrippa, de Paracelse et autres écrivains du quinzième siècle, adeptes extravagants, mais érudits et vénérés, des sciences occultes et de la magie.

« La paranoïa accompagne l'humanité dans sa marche à travers les siècles, suit avec quelque retard ses vicissitudes, mais n'en reste souvent séparée que par une faible distance.

» Comme exemple de cette dernière espèce peut servir le fragment suivant d'une autobiographie bien longue, écrite par un paranoïque. Il accompagne l'exposé très exact et piquant de ses aventures par des considérations délirantes de cette nature :

(\) La Paranoïa, Reggio, 1886.

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