HISTOIRE DU PROBLÈME
Il n'est pas de mission plus douloureuse que d'avoir à fehirer, à déchiqueter, même, avec les ciseaux de l'analyse, tous ces voiles délicats qui embellissent, en nous la dérobant, nôtre orgueilleuse médiocrité ; et ne pouvoir donner, en échange d'idoles si vénérées, que le sourire, glacé, du cynique I Ainsi le physiologiste ne craint point de ramener l'amour fa un jeu d'étamines et de pistils... et la pensée à un simple mouvement de molécules.
H n'est pas jusqu'au génie, la seule des puissances humaines, devant laquelle il soit permis de plier, sans honte, le genou, qui n'ait été rangé, à côté du crime, parmi les formes tératologiques de la pensée, parmi les variétés de la Tolie.
Celte profanation, impie, n'est pourtant pas l'ouvrage des îeuls médecins; ni le fruit du scepticisme de notre époque.
2 PREIIIÈIŒ I^AUTIE
Arislole, le père et aujourd'hui encore Tanii des pliilosopheSt remarquait déjà que «c sous Tinfluence d'accès de congestion à la tête, il est des personnes qui deviennent poètes, prophètes et sybilles; ainsi Marc le Syracusain, poète assez recommandable tant que durait la nnanie, ne pouvait plus composer de vers, dès que reparaissait la santé (1) ».
Et ailleurs: k Les hommes illustres dans la poésie, dans les arts, ou la politique, ont souvent été ou mélancoliques et fous comme Ajax, ou misanthropes comme Bellérophon. Même à une époque récente, on a pu constater une telle disposition chez Socrate, Empédocle, Platon et beaucoup d'autres, surtout parmi les poètes (2) ».
Dans le Phèdre, Platon affirme c que le délire n'est pas un mal, mais au contraire, lorsqu'il émane de la divinité, un très grand bienfait; dans le délire, les prophétesses de Delphes et de Dodone rendaient à leurs concitoyens mille services (3).... Il arriva souvent, quand les Dieux affligeaient les hommes par des épidémies funestes, qu'un délire sacré s'emparât de quelque mortel et lui inspirât un remède à de telles infortunes. Il est un autre délire qui, enflammant une âme pure et simple à embellir des charmes de la poésie les actions des héros, sert à l'éducation des générations à venir: c'est le délire inspire par les Muses ».
Démocrite professait une opinion moins équivoque en* core, puisqu'il faisait de la folie une condition essentielle de la vraie poésie:
« Excludit saDos Helicone poetas I)emocritu8i4) ».
(1) I)c protiost. I, p. 7.
(2) Problf^matii , Sect. xxx.
(3) Phèdre, 24.'î-245 a, b, c, d, édition Didot.
(4) Horace. Ars }kxU.