CHAPITRE PRrillER
C'est, évidemment, l'observafton de faits semblables mal interprétés et, suivant Thabitude du vulgaire, transformés en superstitions, qui amena les peuples anciens à vénérer lesfons comme des êtres inspirés d'en haut. Nous en avons non seulement le témoignage de l'histoire, mais celui encore des mots: navi et mesugan, en hébreux: nigrata^ en sanscrit, dans lesquels les idées de folie et de prophétie se trouvent, tout-à-fait, mêlées.
Félii Plater affirmait avoir connu des personnes, qui, supérieures dans de certains arts, étaient cependant folles et trahissaient leur infirmité par la recherche étrange des louanges et par des actes indécents et bizarres; il avait connu à la cour, un architecte, un sculpteur et un musicien célèbres, atteints également de folie (i).
tJe conjecture, écrit Diderot, que ces hommes d'un tempérament sombre et mélancolique, ne devaient cette pénélration extraordinaire et presque divine qu'on leur remarquait par intervalles, et qui les conduisait à des idées tanidt si folles, tantôt si sublimes, qu'à quelque dérangement périodique de la machine. Ils se croyaient alors inspirés et ils étaient fous; leurs accès étaient précédés d'une espèce d'abrutissement, qu'ils regardaient comme l'état de l'homme sous la condition de nature dépravée. Tirés de cette léthargie par le tumulte des humeurs qui s'élevaient en eux, ils s'imaginaient que c'était la Divinité qui descendait, qui les visitait, qui les travaillait.... Oh! que le génie et la folie se touchent de. bien près ! Ceux que le ciel a signés en bien et en mal sont sujets plus ou moins à ces symtômes: ils les ont plus ou moins fréquents, plus ou moins violents. On les enferme et on les enchaîne, ou on leur élève des statues... (2) ».
(1} Observationes in hom. affect., 1641, 1. 10, p. 305. {2) Diderot. Dictionnaire Encyclopédique»
oiri*! , 'a«^ riiislone de :
jnslinils comme ^|tH;.unc Rouvclle confirmation de la môme llièse, dans: Sltilliliana, ou Pelile bibliographie de-< fous de Valencienties , par un homme en démence (1823). On potirrait en dire aiilanl de la curieuse Histoire liltêraire des fous (i^O) de Delepierre, bibliopliile passionné. Cilons encore Forgues dans la Bévue de Paris (1826) el l'anonyme des Skelches of Bedtam (Londres, 1873). D'aulre part LeUil dans le Démon de Sacrale (14(36), el VAtnukUe de Pascal (1846), Verj^a dans le Lypetnanie du 7bsse(18ô0), el Lombroso dans la fo/ie de Canfa» (1 856), demontrèrenl qu'il est des hommes de génie qui ont tli^ pendant longtemps sujels à l'hallucinalion el môme à 1» monomanie.
D'autres preuves, d'autant plus précieuses qu'elles étaient plus impartiales, furent apportées par Réveillé-Parîse dans sa Physiologie et hygiène des hommes livrés aux travaux de l'esprit (1856).
Moreau , qui sut rechercher el saisJi' les aspecis les moins vraisemblat^les de la vérité, dans sa solide monographie: La Psychologie morbide (1859), el Schilling dans son livre: Psychialriscke Briefe (1863), s'elTorcent d'élablir, par des recherches très riches mais pas toujours assez sévères, que le génie est toujours une névrose cl souvent une véritable folie.
C'est ce que tend, en partie, à prouver le récent mémoire dlhigen: Ueber die Verwandschafl des Génies mit dem Irresein (Berlin, 1877); c'est là aussi le résultat de la belle monographie de Jûi'(;en'Mayer: Génie und Talent. Tous tes deux ont voulu nous donner la physiologie du génie; el, chose singulière, ils ont abouti aux mêmes conclusions aux quelles était parvenu, bien plus par intuition immédiate que par une observation sévère, un jésuite italien, entièrement oublié anjourd'Imi, Betlinelli, l'auteur de ['Enthousiasme dans tes beaux-arts (Wikm , 1769).