CHAPITRE IV
pompe; Ici fui cet Anglais qui fil composer une messe pour lui seul, la fil exéculer publiquement, et, au moment où Ton chantait le Requiescat, se lira un coup de pistolet.
C'est pourquoi, si nous trouvons chez lui du fanatisme, ce n'est point pour la politique, mais bien pour ses ridicules et incohérentes élucubrations. S'il pleura et frémit aux Assises, ce ne fut point au moment où l'on insultait son parti, mais quand on refusa de lui accorder la lecture d'une de ses lettres, et quand on blessa sa renommée de marmiton, en disant qu'il lisait continuellement au lieu de nettoyer les assiettes. Il nia ce fait, bien qu'il pût lui être utile dans le procès, ce qui démontre qu'il était malloïde.
On pouvait dire de son intelligence qu'elle était différente, et originale plutôt que supérieure à l'intelligence commune; elle apparaissait plus vivace dans ses paroles que dans ses écrits (caractère spécial aux mattoïdes); il est rare de trouver dans ses écrits une expression robuste, comme celles qu'on trouve dans les ouvrages des fous.
Il n'est point impossible cependant de découvrir ça et là, dans ses nombreux papiers, en comblant les lacunes, quelque passage curieux, original.
Malgré toute la bizarrerie, il y a quelque originalité dans son idée a de faire élire par le sort les députés et les fonctionnaires pour qu'ils soient moins orgueilleux, d'obliger les prisonniers à labourer les campagnes désertes au lieu de les laisser pourrir dans l'oisiveté, d'appeler à la conscription tous les jeunes gens avant le moment où ils ont choisi un métier, et de crier contre Guillaume « qui. veut arracher cinq milliards à la France »: qui sème des épines ne doit point aller pieds nus; et même c'est une idée assez bonne, quoique empruntée aux Turcs, que de faire installer dans tous les villages une auberge gratuite pour les voyageurs.
Il y a quelque beauté dans cette phrase où il retrace les idées de la patrie dans une petite municipalité italienne: € Nous, dès notre enfance, on nous montre la patrie pre-
miére là où se dresse la simple tourelle »; et dans les mots : « Que de fois les opprimés en ont appelé à Dieu, qui n'a jamais eu pitié de leur déplorable condition... esclave, mourant de faim, l'honnête et libre citoyen doit finir par être tué ou envoyé aux galères >».
Mais surtout ce qui est curieux, c'est cette sentence qu'on pourrait dire en caiLse propre, si elle n'avait été écrite longtemps avant: < Il est blâmable que le gouvernement montre une sévérité de peine contre celui qui a la simple idée de changer la forme de gouvernement et d'attenter à la vie du chef de l'État. La Patrie est une mère égale pour tous, pour tous la loi doit être sœur de la mort, qui ne respecte personne; quand vient le moment, elle coupe >.
Son parallèle entre l'homme isolé et l'homme en société est fort juste: «c Quand l'homme est seul, il est faible comme le verre; à considérer un verre et à songera la force de l'homme, il n'y a point de grande différence, mais dans l'association l'homme devient dur, il a la force de mille Samsons ».
Mais là où, véritablement, il apparaît plus grand que la moyenne vulgaire, c'est dans ses répliques orales. Ainsi, par exemple : •( L'histoire qu'on étudie pratiquement, dans le peuple, est beaucoup plus instructive que celle qui est étudiée dans les livres ». — «Le peuple est maître de l'histoire > et des réponses semblables. Pour se justifier, lui, pauvre cuisinier, d'avoir eu la prétention de se faire auteur, il répondit : « Là où le savant s'égare, souvent l'ignorant devient triomphant».
Interrogé sur ce qui se passe dans la conscience quand on est sur le point de commettre une mauvaise action: € En nous, répond-il, sont comme deux volontés, l'une qui entraîne, l'autre qui retient : dans la lutte, celle qui triomphe détermine l'action ».
Mais c'est précisément dans ces fusées intermittentes de génie politique si étranges, chez un vulgaire cuisinier, qu'on