CHAPITRE IV
juge; que le Pape ne devait plus résider dans Rome, mais que, sous de certaines conditions, il lui aurait procuré une autre résidence, et que même le Roi d'Italie aurait été son sujet»; «qu'il n'avait point peur de la Force et que quand même il y aurait eu un million de soldats, il était impossible aux sujets d'arrêter leur Monarque)».
On a vu comment il avait adopté pour emblème le 3f C : ces deux C auxquels il attachait tant d'importance représentaient le premier et le second Christ — c'est-à-dire Christ fils de St. Joseph de Nazareth et Christ du défunt Joseph Lazzaretti d'Arcidosso. A vrai dire, on ne comprend d'aucune manière quel rapport J. C. pouvait avoir avec Constantin, ce dernier avec David, et tous les trois avec Lazzaretti. Mais le rapport existe précisément dans l'étrange contradiction et dans les absurdités qui, dans la persistance de l'idée princeps émergent constamment chez les monomanes, si bien qu'on a voulu les appeler déments. En effet, bien qu'ils se maintiennent, dirons-nous, plus que les parésiques, dans leur caractère, et qu'ils s'efforcent de donner un certain vernis à leur délire, souvent pourtant, lorsqu'il s'agit pour eux de donner un plus libre cours à l'idée ambitieuse persistante, ils ne se soucient point des contradictions qu'ils trouvent sur leur route.
Et c'est ainsi que Lazzaretti, qui d'abord excitait le Pape à délivrer l'Italie, excommunié et méprisé par le Pape, écrit contre Tidolâlrie papale; lui qui veut mourir catholique apostolique, il écrit contre la confession auriculaire, laquelle est le pivot du catholicisme; lui qui était fils de David, il voulait encore être fils de Constantin, etc.
Passanante (i), — Passanante, le peu sérieux régicide de Naples, n'a point d'antécédents morbides héréditaires: ayant
(I) V. LoxBRoso. Considérations sur le procès Passanante, p. 16, 17. — Tamburini. Id. 1876.
T»OtSl£ltE PIBTIE
à 29 ans i m. 63 de haul, il pesait 51 kilogr., c>M-4-dirï 14 kilogr. rie moins que la moyenne des Napolitains ; il présenie une lëte presque sous-microc^phalique, indice cépfaaiîqne 82, capacité comptes^ive probable 1&13; dans sa plttsionomie, il offre les traits du Mongol cl du crétin, jeui petits, creux, distants d'une manière anormale l'un de Tntre, les apophyses zygomaliqucs Iréî-déïcioppé es, la barbe rare. La pupille est pe» mobile, les organes (lénilaut s<m atrophif-s, ce qui est en rnpporl avec unn anaphrodisîe pres-
PSKaanantc.
que complète; invc-i sèment, le foie et la raie .^ont hypertrophiés, ce qui explique en partie l'augmenlation de la tempi^ rature, tjni varie de 38" à 37°, 8 aux aisselles, et la fréquence du pouls 88, et la forco trés-minime, plus petite k droit* Itil. 60. qu'à gauche; fail ce dernier qui se mirache k m ancienne lirùlnre de la main et est Irès-imporLint; car rendait impossible la complète exécution du crime, si U songe surtout au grossier instrument dont il était armé
à la position qu'il lui était possible de prendre. La sensibilité était pervertie: la tactile présentait 5 millim. au dos delà main, alors que la sensibilité normale y est de 16 à 20; de 7 au front où elle est ordinairement de 20 ou 22, (on n'a point pris celle de la paume), inversement, la sensibilité aux piqûres était très-affaiblie; en prison, il eut des accès de délire accompagnés d'hallucinations.
Tous ces caractères sont les clairs indices d'une maladie des viscères abdominaux aussi bien que du système nerveux central. Mais cette conclusion résulte encore mieux de l'étude psychologique. En effet, un examen superficiel pouvait bien faire croire qu'en lui les affections et les sentiments moraux étaient normaux; il témoignait en effet de la répulsion pour le crime, il mena une vie très-frugale, abstinente, et tantôt trop religieux, tantôt patriotique jusqu'à l'exagération, il se montrait toujours comme une sorte de martyr d'une idée mûrie par les années, ce qui pourra lui gagner, en politique, la haine, mais dans le domaine individuel, le respect.
Pourtant tout cela tombe d'un seul coup, (même qu'on lasse abstraction du délire qui pourrait être l'effet de la prison), pour ceux qui se souviennent de tout ce que nous avons dit plus haut, — que la parcimonie et l'altruisme sont des caractères spéciaux aux mattoïdes et souvent à beaucoup de fous qui semblent être plus attachés à la patrie, à l'humanité qu'à la famille et à eux-mêmes. En outre, dans ses écrits, Passanante parle presque avec plaisir des homicides que ses compatriotes commettaient entr'eux, alors qu'à coups de hache ils arrachaient de l'argent aux étrangers; on en peut dire autant de la joie avec laquelle il raconte la sinistre plaisanterie faite par quelques-uns à un pauvre homme amoureux de son cerisier; ils l'avaient déraciné par méchanceté, puis, l'ayant dépouillé de ses fruits, ils l'avaient reporté devant sa. maison. L'apathie morbide se révèle surtout par l'insensibilité qu'il montra après son
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crime devant la rage du peuple déchaînée contre loi; et cependant, même les assassins politiques les plus fanatiques, comme Orsini, Sand et Nobiiing se troublèrent après le crime et tentèrent souvent de se donner la mort.
Ce qui aide encore à le prouver, c*est le moteur véritable de son acte : car, chassé pour sa folie politique par ses maîtres, — arrêté comme vagabond et maltraité en outre par les gardes, — avec une vanité d'autant plus grande qu'était grande son impuissance à la satisfaire, et même à vivre — n'ayant point le courage de se tuer, il songea i imiter les héros dont il entendait parler dans les cercles (et contre lesquels il avait lui-même déclamé), afln d'avoir un moyen de finir sa vie par la main d'autrui.
« Me voyant maltraité par mes maîtres et ayant pris la vie en horreur, pour ne point me tuer, je formai le dessein d'attenter à la vie du roi», dit-il, à peine arrêté, au questeur. Il dit aussi au juge Azzaritti : c J*ai attenté aui jours du roi avec l'assurance que j'aurais été mis a morti. Et en effet, deux jours auparavant, il était beaucoup plus préoccupé de son renvoi de chez son maître que du régicide, et, à son arrestation, il s'efforçait d'aggraver sa situation en obligeant le délégué à se rappeler son cartel révolutionnaire, sur lequel il avait écrit : Mort au roi, vive la République! C'était un cas de suicide indirect comme en ont tant cités Maudsley, Crichfon, Esquirol (1) et Kraffl- Ebbing. Mais de tels suicides ne sont jamais commis que par les fous et par les hommes lâches et immoraux, et j'insiste d'autant plus sur ce motif, qu'il y trouvait le moyen de satisfaire en même temps celte vanité incohérente qui en lui prédominait sur l'amour de la vie; or on sait comment, dans le suicide même, certains vaniteux éprouvent une grande jouissance en voyant leur mort environnée de
(1) Esquirol nous raconte ce trait d'une folle qui disait : « Je n'ai point le courage de me tuer, et pour mourir,* il faudra que jf» tue quelqu'un»; elle tenta, en effet, de tuer sa fille.