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CHAPITRE III

illusions mégalomaniaqiies, ses impulsions, et la plus coniplèle absence de sens moral.

Ce n'est donc pas seulement dans l'inspiration que le génie se rapproche de la folie; et nous en pouvons dire autant de St. Paul.

St. Paul était petit de taille, trapu, avec une têie petite (1) et chauve, le visage hâve, le nez aquilin: maladif à cause d'une étrange infirmité qu'il appelle la sécheresse de sa chair et qui était,' certainement, une grave névrose, il avait une anapbrodisie complète dont il se vante souvent (2); son caractère moral était d'ailleurs plein d'anomalies: bon et affable, il devenait féroce sous l'excitation de la passion.

A récole de Gamalihel, pharisien modéré, il n'apprit point la modération ; chef des jeunes pharisiens, exalté, il était l'un des plus audacieux persécuteurs des chrétiens, allant d'une synagogue à l'autre, contraignant les timides à renier le nom de Jésus; il n'avait dans la pensée que mort et menace. Quand l'église de Jérusalem fut dispersée, il exerça sa rage dans les villes voisines.

Ayant appris qu'un groupe de fidèles s'était constitué à Damas, il demanda au grand-prétre des lettres qui lui donnassent la permission de les arrêter. Il soi*tit de Jérusalem, troublé. En approchant de la plaine de Damas, vers midi, il fut pris d'un accès (évidemment de la nature des accès épileptiques) et tomba à terre privé de sentiment. Peu après, il eût une hallucination, il vit Jésus lui-même qui lui disait : Pourquoi, poxirqtioi me persécutes-tu? Pris de la flèvre, pendant trois jours il ne mangea point, ne but point et vit le fantôme de celui qu'il devait arrêter comme chef des chrétiens lui faire des signes. Cet homme fut appelé à son lit, et soudain le calme rentra dans l'âme de Paul : à partir de ce jour, il fut le plus fervent des chrétiens. Du reste,

(1) Rrkan. Les Apôti'es.

(2) Actes XXII, 3; xxvi, 4.

il ne voulut jamais s'instruire d'une manière plus spéciale, car il avait reçu la révélation de Jésus-Christ lui-même; il se regarda comme Tun des apôtres et le fut à l'immense avantage des chrétiens; car les périls extraordinaires suscités par son audace et par son orgueil furent mille fois compensés par son initiative et par sa hardiesse, qui ne permit point à Tidée chrétienne de se fixer dans une petite confrérie de pauvres d*esprit qui l'auraient laissée s'éteindre comme THellénisme, mais la conduisit sur la haute mer. A Antioche, il eut une hallucination semblable à celle qui eut plus tard Mahomet: il se sentit enlevé au troisième ciel, où il entendit des paroles ineffables qu'il n'est point permis aux mortels de proférer.

L'anomalie se retrouve encore dans ses écrits. < 11 se laisse conduire par les mots plus que par les idées; un mot qu'il a dans l'esprit, le domine et l'entraîne vers un ordre de pensées trés-éloigné de l'objet principal. Ses digressions sont brusques, ses développements tronqués, ses périodes souvent suspendues. Aucun écrivain ne fut aussi inégal, aucune littérature ne présente, continue Renan, une page sublime comme le chapitre xiii de la 4® Epître aux Corinthiens, placée à côté d'argumentations vides et de minuties fastidieuses». (Renan. Ouvr. cité).

L'épilepsie n'est donc pas, dans l'homme de génie, un phénomène accidentel — mais un véritable morbus totius subsiantiœ comme Ton dirait en langage médical : de la nait un nouvel indice de la nature épileptoïde du génie.

Sainteté, — Si, comme le fait parait être certain, Dostojewski s'est peint lui-même dans V Idiot, nous avons un autre exemple d'un épileptique de génie dans lequel tout le cours de la vie garde l'empreinte de la psychologie spéciale à l'épileptique — impulsivité, double personnalité, enfantillage, qui descend jusqu'au premier âge de l'homme et alterne

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avec une pénétration prophétique — avec un altruisme morbide — et avec l'affectivité exagérée du saint.

Ce dernier fait est très-important, vu que la constante immoralité de répileptique nous interdirait d'allier à son type l'image si délicate du saint; mais cette objection a été, du reste, en partie éliminée par les observations de Bianchi, Tonnini, Filippi, d'après lesquels il existe des cas, bien que rares, (16 O/q) d'épileptiques honnêtes, manifestant même un altruisme exagéré — quoique accompagné d'une émotivité excessive (1).

L'hystérie, qui est la sœur de l'épilepsie, et se lie, pareillement, avec la perte de l'affectivité, nous montre, bien de Ibis, à côté d'un égoïsme exagéré, certaines échappées d'altruisme excessif, qui relèvent également de la folie morale et en dépendent, — et nous décèlent le phénomène morbide dans la charité excessive.

« Il y en a, écrit très-bien Legrand Du Saulle (2), qui tout en restant dans le monde, épousent bruyamment toutes les bonnes œuvres de leur paroisse, quêtent pour les pauvres, travaillent pour les orphelins, visitent les malades, font des aumônes, veillent les morts, sollicitent ardemment la bienfaisance d'autrui, et font un grand nombre de démarches réellement secourables, et cela, tout en négligeant les soins à donner h leur mari, à leurs enfants et aux affaires de leur maison.

» Ces femmes ont une bienfaisance pleine d'ostentation et de vantardise. Elles créent une œuvre de charité avec autant (l'ardeur que des chevaliers d'industrie lancent une affaire financière à dividendes hyperboliques.

» Ces femmes vont et viennent, se multiplient, ont des inspirations d'une délicatesse charmante, pensent à tout au

(1) ToxMNi. Épilepste. 1886. — Archivio di PsichiatiHa. 1886.

(2) T^s Jtyst,<riqmf<. Paris, 1883.

iSi QUATRIÈME PARTIE

milieu des deuils privés ou des catastrophes publiques, et affectent de ne recevoir qu'en rougissant les tributs d'admiration des affligés reconnaissants ou des témoins attendris. Qu'une famille soit frappée dans son honnenr, dans ses espérances les mieux fondées, dans sa fortune, son repos et son bonheur, et l'hystérique charitable, en pénétrant dans le milieu désolé, aura des élans surprenants et des spontanéités émouvantes. Elle pleurera avec celui-ci, séchera le« larmes de celui-là, réconfortera les plus accablés, ouvrira des horizons inattendus et consolera tout le monde. A la façon d'un apôtre, elle pare d'autant mieux aux douleurs d'autrui que celles-là sont plus poignantes. Vienne le calme: et elle s'éteindra presque aussitôt. Essentiellement mobile et paroxystique, elle n'est point bienfaisante à froid. » L'hystérique charitable est susceptible d'accomplir des traits de courage qui sont cités et répétés, ou qui deviennent même légendaires. Qu'un incendie éclate et elle pourra faire preuve d'une présence d'esprit tout à fait supérieure, donnera des conseils excellents, fera mettre à l'abri les objets mobiliers et les bestiaux, ou se précipitera au milieu des flammes pour sauver un infirme, un vieillard ou un enfant. Qu'une insurrection se lève et attaque un édifice communal ou une caisse publique, et une névropathe, dans un élan tout pathologique, en imposera les armes à la main à une troupe de révoltés. Cela s'est vu. Que des inondations surprennent tout à coup une localité, et une femme pourra déployer la bravoure la plus secourable.

> Au lendemain de l'incendie, de l'insurrection ou de Tinondation, si Ton examine et si Ton interroge ces héroïnes, on les trouve complètement accablées et quelques-unes disent avec candeur: «Je ne sais pas ce que j'ai fait, je n'ai pas eu conscience du danger».

> Pendant les temps d'épidémie cholérique, alors que la peur est si mauvaise conseillère et qu'elle provoque des défections si blAmables, certaines hystériques montreront

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diivouomenl e\lr;iordin;iire : l'îen ne leur répugner'a, I ne Kusceplibilisei'a leui' pudeur, rien ne lassera leur ■a^e. Elles stimuleronl le xèle des garde-malades, l'ul des prosélyles, amèneronl avec elles des médecins, irironi leurs prescriptions el les feronl exéculer; elles ictionncronl les uiouranlset enseveliront les moris. l.es Brnanx de la localité Cerotit l'apologie des dévouements ■blimes.

r>Le dévoucmem est devenu pour ces malades un besoin, une occasion de dépense nécessaire, et, sans s'en douter, elles joiicnl pathologirjuemenl le rôle de la vcitu. Tout le moade s'y laisse [irendre, et, pour l'enemple, c'est un bien. J'ai, dans ce but, demandé el oblenu.une lécompense pub]ir|ue pour une hystérique, jadis séquestrée dans un établissement d'aliéni-s, dont la bienl'aisunce àans son quiirlior est vraiment louchanle. Elle conduit les inliiines et les malades au\ consultations de certains médecins, dans tes hôpitaux; elle porte du bouillon et du vin aux femmes en couche, du très bon luit aux nouveaux-nés; elle vôtil des malheureuses, sollicite sans cesse des admissions dans \es quartiers des hospices d'incurables, ou dans les salles de la vieillesse (femmes ou hommes); elle fait prendre gratuitement des avis chez les spécialistes en renom, distribue des médicaments, du linge, de la charpie, et n'u plus chez elle que le strict nécessaire à lentieticn de su toilette personnelle, identiquement la même en tonte saison. Je ne suis pas sûr qu'elle ait conservé cinq ou six chemises h son usage. Or, celte dame a des accidents hystériques multiples, s'exalte au moindre motif, doit 1res mal et est sérieusement malade,

» L'hystérique, enfin, dans ses douleurs privées, s'écarte souvent des manifestations normales: elle perd ses fils, reste calme, sereine, résignée, ne verse pas une larme, suffit à tout, multiplie les ordres, n'oublie aucun des délaits les plus pénibles, impose à tout l'entourage l'ntliludc

la plus digne et assiste sans déchirement à la suprême séparation, à l'inhumation. On croit, en général, que ceUe mère est exceptionnellement douée et qu'elle a un courage supérieur. On se trompe : elle est plus faible qu'une autre, elle est malade >. (Legrand du Saulle, ouvr. cité).

Pour bien saisir tout ce qu'il y a de paradoxal, au premier abord, dans ces conclusions, il faut se rappeler, que bien de philantrophes aiment le prochain mais de loin, el presque toujours aux dépens des affections plus physiologiques, plus générales, celles de la famille, de la patrie, etc.; il faut se souvenir de Tobservation de Dostojewski: « Qu*on ne peut aimer dans le prochain qu'un homme caché, invisible; sitôt qu'il «montre son visage, Tamour disparait. En esprit, encore, on peut aimer le prochain, mais de loin; de prés jamais ». {Les frères Karamanzov, i, â15): il faut se rappeler Sterne qui s'apitoye sur un âne mort et délaisse sa femme et sa vieille mère.

Les plus grands philanthropes, Beccaria, Howart se comportèrent tristement vis-à-vis de leurs domestiques el de leurs familles; et le philanthrope — Dieu fut, nous Tavons vu, dur à l'égard de sa propre famille (i).

St. Paul, avant sa conversion, s'était signalé pour sa cruelle véhémence contre les catholiques.

On sait comment trop souvent le véritable et fervent religieux doit oublier sa famille et se faire du célibat, de la haine pour le sexe féminin, un devoir; ainsi Sainte Liberata sirrite quand son mari pleure en se séparant de ses enfants; et selon la légende, la mère de Barruk répondit à son fils qui, durant son martyre, implorait d'elle, avec angoisse, de l'eau: «Tu ne dois désirer, maintenant, que l'eau du ciel (2) ».

(Il Voir pa^. 85-86. Vinson. L*'» religions acUwlb'is. 1884. Luc. ii, 40; Mat THiEu XII, 48; MsRc. m, 33.

{2) Antcsso. Lu h^getide religieuse au moyen-âge. Ivrm, 1887.

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