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Chapitre IV

OBJECTIONS. — GÉNIES INTÉGRES. — Leurs défauts inaperçus. — Richelieu. — Sesostri. — Foscolo. — Darwin.

Mais une objection plus grave nous vient par les quelques cas d'hommes de génie qui, sereins, achevèrent leur carrière inlellecluelle, que le malheur n'a point aballus, que la folie n'a jamais égarés.

Tels furent Galilée, Léonard de Vinci, Voltaire, Machiavel, Michel-Ange, Darwin. — Il n'en est pas un seul, parmi eux, qui n'ait révélé dans l'ample et en même temps harmonieux volume de la têle, la force de la pensée, contenue par le calme des désirs; il n'en est pas- un chez qui la grande passion de la vérité et de la beauté ait étouffé, complélemenl, l'amour de la famille et de la patrie. — Ils ne changèrent jamais de foi, ni de caractère; ne divaguèrent jannai> dans leur dessein; ne laissèrent jamais feu r œuvre interrompue. Quelle assurance, quelle foi, quelle puissance ne montrèrent-ils pas dans leurs entreprises, et surtout, quelle modération, quelle unité de caractère ne gardèrent-ils pas dans leur vie !

Eh bien! de tels hommes ne durent eux-mêmes connaître que trop le sublime éréthismc de l'inspiration, la torture de la haine ignorante, et l'abandon du doute cl de l'épuisement; mais ils no dévièrent, point, pour cela, du droit chemin.

L'idée unique, la seule caressée, but et triomphe de leur noble existence, pour laquelle chacun d'eux semblait être

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né, cette \di-e devenue le centre lie tous leurs eH'orls, a été amenée jusiju'à son leinie. Toujours calmer:, sereins, ils ne se plaignèreni des obstacles; el ils n'ont commis que de trâs-raibles erreurs — qui auraient bien souvent passé pour des di^couvertes chez des hommes ordinaires.

Mais A ces rares exceptions J'ai déjà répondu dans les premières pages de ce livro(l) en montrant comment l'épilepsie el la lolie ruoraie, qui en est la première variante, passent inaperçues non seulement chen les hommes célèbres, pour lesquels le prestiRe du nom et des œuvres est justement In source capitale de notre méprise h ce regard, mais ni^me poui' ces cpiminels auxquels une semblable recherche poitnatt lendre, au moins, l'honneur, en les d*ipouillant de loule responsnhilité (2).

Qui aurait jamais soupçonné sans les révélations de quelque familier que Ciivonr fût un récidiviste du suicide? qui aurait vu dans Riclielieu un épileplique ? sr le crilne de Foscolo n'avait point parlé, après la mort, k Davis nul n'aurait son^é h son impulsivité morbide, nul ne l'aurait enregistrée. — Oui pourrait rien alfirmersur le sens moral de Sesostri : et pouilant, remarque justement Arved Barine(3) (iOn crâne est tout-à-l'ait analogue h celui des criminelle: front étroit et bas, arcade sourciliére pioémînente, sourcils épais, yeux lapprochi'rs, nez long, tin, aqtiilin, tempes creusées, zygomes saillants, ruilcboire forte, expression inintelligente mais animale, sauvage, fière et majestueuse, tâte petite par rapport au corps, voilà autant d'indices dn la plus complète absence de sens moral.

Qui, sans les récentes notices biographiques et autobiographiques de Darwin publiées par son lils(4) aurait jamais pu s'imaginei' que Darvtrin, ce modèle des pèies et des ci-

(I) V. Inlrciitiiclinti i)U|i, jix.

m Voir mon H.mi.nf CrimîH'l, |I(K. 5HH il il^i.

(3)-ilNftD BtKrNR. Rniu^ Litlih-aire. 1887, :t.

I4| Z/i c/'" et la i^rr'uponiliitim itr Unnrin. l/tS*, toI, i e ii.

loyens. si sage dans ses passions, et même si peu vaniteux, eût été un névropalhique : « Pendant 40 années, nous dit son fils, il n'eut jamais24 heures de santé, comme les autres hommes». Dans les huit années consacrées aux cirrhipédes, deux, écrit-il hii-même, ont été perdues par la maladie. Comme les névropathes, il ne pouvait supporter ni le chaud ni le froid; une demi-heure de conversation au-delà de la durée habituelle suffisait à lui donner Tinsomnie et à empêcher son travail du jour suivant. 11 souffrait d'ailleurs de dyspepsie, d'anémies spinales, de vertiges (il faut bien noter le vertige que nous savons être souvent l'équivalent de l'épilepsie); il ne pouvait point travailler plus de trois heures par jour. 11 avait de curieux tics : étant malade quand il mangeait des sucreries, il promettait de n'y plus goûter, mais il ne tenait poinl sa promesse si elle n'était pas faite par lui à haute voix; il avait une passion étrange pour le papier, écrivant les brouillons de sa correspondance sur le verso de ses épreuves et de ses manuscrits les plus importants qui en demeurèrent couverts. — Il faisait, souvent, ce qu'il appelait lui-même des expériences d'imbécile, comme par exemple de faire résonner une contre-basse dans le voisinage des cotylédons d'une plante. Quand il avait à faire une expérience, il semblait qu'une force intérieure l'animât. Misonéïque — il employait les tableaux millimétriques d'un vieux livre, dont il connaissait pourtant l'inexactitude, mais auquel il était habitué: il ne voulut, jamais, changer ses vieilles balances chimiques quoique inexactes; il ne croyait point au magnétisme, ni, tout d'abord, aux armes préhistoriques de pierre (i). — Il était sujet, écrit sa fille, soit en parlant, soit en écrivant, à renverser les phrases, il était à moitié bègue, surtout pour le w; comme Skoda, comme Rockitansky et comme Socrate, il avait le nez court et aplati avec de grosses et longues oreilles. — Les traits de dégénérescence chez les

(1) Lettres, vol. i.

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