‹ L'homme de génieChapitre 72 sur 257 · CHAPITRE PnEMISR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PnEMISR

"SqûTnbxe de printemps el It-quinoxc d'automne: — dans ■ une leltie, il se plaint du froid de 1678 el redoute qu'eij se prolongeant il ne melle ohstacle au libre di^veloppenient de ^on imagination. Johnson (1) qui nous rapporte ce fait, peut èlte cru sur parole, lui à qui la fantaisie ne souriait guère, et qui ne possi^dail qne la froide et tranquille In-' telltgencc du cnlique: aussi nous donne-I-il de ce fait celler appréciation hargneuse, que u tout cela devait être un produit d'excentricité de caractère, puisque lui, Johnson, n'a-r vait Jamais subi aucun elTet des variations clinialériques ».

Salvator Rosa se moquait, dans sa jeunesse, de^ prélen-i dues influences météoriques sur la création géniale. Ladj Morgan en fait la remarque dans sa Vie (3): mais, avec la vieillesse, il était devenu incapable de penser et presque de vivre, sinon avec la cbalcur [iiintaniére: dans ses dernières années, il ne peignait plus que pendant le printemps,.

Quand on lit la Correspondance de Schiller avec Gœthe o^

t frappi^ de la singulière inlluence, que le doux el grand poète, à l'imagination si (télîculn, attribuait aux phénomènes météoriques sur son génie. « Pour moi, écrit-il en novembre 1817. pendant ces tristes journées, sons ce ciel de plomb, j'ai besoin de toute mon élasticité pour me sentir vivant et je ne me sens pas encore capabl>.' d'un travail sérieux >.

Et en décembre: « Je me remets au travail, mais le temps est si lourd qu'il m'est impossible de conserver la clarté de l'âme *. En juillet 1818, au contraire: * grAce au beau temps, dit-il, je me porte mieux; l'inspiration lyrique, qiû obéit moins encore que toutes les autres à la volonté, nft' larde pas i venir ». — En décembre de cette même année, it recommence à se plaindre de ce que la nécessité d'achever son Waltenslein coïncide malheureusement avec une époqui

<1) Milton'i Life. 1804.

(2) rite ai Salvator Rosa , vol. ;

défavorable de l'année, pendant laquelle c je suis forcé, ditil, de faire tous les effoils pour conserver la netteté de mon esprit ». — Enfin en mai 1799 il écrit : c J'espère avancer dans mon travail, si le temps continue à être beau >.

Tous CCS exemples nous permettent de soupçonner, avec quelque l'undement, que la chaleur, sauf de bien iTires exceptions, aide aux productions du génie, comme elle aide à la végétation, comme elle ne contribue, hélas! que trop, aux excitations de la manie.

Si les historiens, — qui ont gaspillé autant de temps et de volumes à nous détailler minutieusement les entreprises plus éhontées des rois, — si ces historiens aui*aient bien voulu rechercher, avec le même soin, Tépoque mémorable où une grande découverte et un chef-d'œuvre de Fart furent conçus, ils auraient, sans doute, constaté que les mois et les jours les plus chauds ont toujours été les plus féconds pour le génie, comme ils le sont pour Tuniverse nature.

Voyons, s'il est possible, d'évoquer des preuves plus précises de cette influence qui parait être aussi peu soupçonnée.

Dante composa son premier sonnet le 15 juin 1282 el en printemps de 1300 il écrivit la Vita nuova; le 3 avril il commença son grand poème (1).

Darwin cul d'abord en mars, puis en juin, les premières idées de son grand ouvrage (2).

Pétrarque conçut \ Afrique en mars 1338.

La grande fresque de Michel-Ange, cette œuvre qu'un juge bien compétent, Cellini, considérait comme le plus merveilleux de SCS chefs-d'œuvre, fut imaginée et exéculée d'avril à juillet 1506.

Manzoni dicta le Cinq mai eu été.

Le grand poème de Milton fut conçu au printemps.

(1) LiBiH. Sur Vêpoque de la. composition de la Vitn nuova, p. 28.

(2) Lettres et Vie, i, p. 51.

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