CHAPITRE II
L*influencc du climal volcanique et de ia race latine n*appa* rait point très clairement, si Ton songe aux Taibles proportions, données par l'Espagne et la Grèce comparées à celles de TAIlemagne.
Pourtant si Ton étudie ia répartition des artistes dans les différentes régions (1) de l'Italie, on voit immédiatement se placer au premier rang les endroits les plus chauds et non insulaires; et ensuite TÉmilie et la Vénétie; on voit ressortir notablement la faiblesse du Piémont, de la Marche et de rUmbrie, et Tabsence complète de la Sardaigne. Mais, bien que ces chiffres soient plus considérables, une idée suf- Gsamment claire des influences orographiques ne me parait surtout pouvoir être donnée que par les Départements.
Nous voyons, alors, ressortir d'une manière remarquable, les centres les plus populeux (1), et presque toutes les provinces pourvues de grandes villes, excepté le Piémont, la Sardaigne et la Sicile. Citons Napies, Rome, Venise, Milan,
(1) Musiciens renommés en Italie:
Kaples
Padoue .
Forll
Rome
Pi»e
Messine
Veoise
Reggio (Emilie)
Rovigo
Milan
Plaisance
Chieti
Bologne .
Sienne .
FogjTia
Florence
Ravenne
Coni
Laques .
Yieence .
Parie
Piinnc
Pérouêe .
liasse
Gtaes
Pésaro
Térame
Tarin
Alexandrie
Siracuse .
Vérone .
Trérise .
AscoH
BMwia .
Gatane
Campobarao
Maotoiie
Aresko
Bellune
Modène .
Lecce
Catansaro
Crémone
Come
Avellino
IMetme .
AncÔBie .
Pôtenza
Nvrare .
Udine
Regjfio (Calabn
Bbr^me
Macerata
Caltanisette
Bari
Caserte .
Ferrare .
Livourne
460 DKUXitllB PARTIE
Bologne, Florence. Lucques. Parme cl Gênes; cvidemmenl les pays snias, chauds et niarilimes, surloul les endroits élevés; même, cette inQiience lulle souvent contre celle de In civilisation et def grandes ngt^ionnjiaiîons. Les grandes villes ont une prédominance dans 7 sur 9, En elFel, au second plan, nous voyons apparaître d'autres villes importantes, ou de j^trands centres marilimes, surtout dans les lieux volcaniques: Palcrme, Bari, Calane: et loujoui"s néanmoins les pays montagneux, Berganie, Brescia, Vérone, Vicence, Pérouse, Sienne. Ici l'influence ethnique est peu évidente : seulement les races berbère et sémite ne paraissent point Tavoriser l'art, surtout dans les endroits les plus chauds; ainsi s'expliquerait la pauvreté de musiciens parmi les Sardes, les Calabrais et les Siciliens.
Au contraire les races greco-roniaine et étrusque semblenl mieux partagées, d'où la prédominance de Naples, Rome, Lucques el Bologne.
L'action des tremblements de terre, qui suivant Buckle, aurait une si {grande part dans la création artistique, est peu apparente. Si Naples cl Aversa sont placées au premier rang (ce qu'expliquent assez la race et le climat), îl n'en est point de même de ta Calabre, qui pourtant fut si affligée par des nombreux tremblements de terre.
Grands maîtres. — Mais ici il faut remarquei' que la qtiaRlité ne correspond pas toujours à la qualité: il suffit devoir que, pour le nombre, les patries de Bellini el de RossinJ paraîtraient ôlre les centres les plus stériles. Poniiani, l'apparition d'un seul grand génie équivaut bien a la naissance' d'une centaine de ces médiocrités de l'art, qui composent la Toule, maïs une foule presque anonyme et bientôt oubliée.
Si l'on tient compte de la proportion des grands compositeurs, on voit que les pays les plus favorisés sont les pa;^ chauds, marilimes, et en particulier Naples; suivent de préS Rome. Parme, Milan et Crémone. Ici (pour3 sur 5) l'influence "]
CTIAPITRE It
îfiBn, et celle de IVcole îiennëiiréti ï ligne, après celle du climal.
Ainsi, en déponillanl le livre de Clt-ment (1) et celui de Florimo (2) on trouve que sur 118 grands compositeurs, W, (plus dii liers) appartiennent à l'Italie — el que, parmi ces derniers, 27, plus de la moillé, sont fournis par la Sicile (Scarlalti, Pacinï, Bellini) el par Naples et ses environs, en particulier Aversa '(Jomelli, Stradella, Piccinni, tco, Feo, Vinci, Fenaroli, l'inventeur de l'op^ra-bouffe, Speranza, Contumaci, Sala, Caflaro, Diini, Sacchinï, Carafa, Paisiello, Cimarosa. Zingarellî, Mercadanle, Traeta, Durante, les deux Ricci et Pelrella. 11 faut sans doute en cliercher la cause dans l'influence de la race grecque, et du climat tempéré. Des autres 17, quelques-uns appartiennent h ia haute Italie: Donizetti, Verdi, Allegri, Frescobaldi, les deux Monlevcrdi, Salieri, Marcello, Paganini (les 3 derniers appartiennent h la plage maritime), tous les autres Tiennent de l'Italie centrale: Rome (Palestrina, Clementi), Krouse el Florence (Spontini, Lulli, Pcrgolése) (3).
Si l'on compare, les pays qui ont produit les plus grands «mpositeurs, el proportionnellement le nombre le plus faible de composilcui's médiocres, on compte Pcsaro, Catane, Arczzo, Alexandrie. La coïncidence d'un nombre élevé de médiocrités el de génies musicaux nous est fouinie par Naples, Rome, Parme, Florence, Milan, Crémone, Venise; «Tec une prédominance manifeste des climats chauds, des pays maritimes, de la race gréco-étrusque et des centres Hopuleux (5 sur 7).
Dans la peinlure, nous voyons prédominer, aussi bien pour le nombre que pour la célébrité, toutes les grandes
11) Oavnge dté.
(i) lia scttola musicale di Napoli. 1883.
(3) C. IwBaHûBo, Punsiei-o e m^Uoi-e. 1872. — Ai-chivio *ntropotogiii cfiminaie. Torino. 1880, p. 157 [2- fascicii
villes (1), exception faite de la Sardaigne et de l Milan, Turin, Gênes et Bologne l'emportert pour le i Florence, et, en seconde ligne, Vérone, Naples , Rc nise, pour Tun et pour Tautre; encore ici, après taies, les pays montagneux donnent des chiffres éle le nombre des peintres. Il suffit de se rappeler I Arezzo, Sienne, Udine, Vérone, Vicence, Rome, B
La même proportion est à peu près observée sculpteurs et les architectes. On voit cependant a[ au premier rang les grands centres civilisés et les collines, Florence surtout, Milan, Venise, Naples Sienne, Vérone, Massa et en troisième ligne Arezzo, Vicence, Bergame, Macerata, Catane et Palerme (1).
En résumé, nous voyons les pays chauds, les gra très civilisés, les pays montagneux et maritimes l'c sur tous les autres; il faut aussi faire une part à l'i de la race étrusque et grecque. Il n'existe point de
(1) Peintres célèbres en Italie (voir le Sm» et 4tBê Tableau géo
Bologne
Padone .
An cône
Florence
Parme
Aléxand
Venise .
Vicence .
Bellune
Bfilan
Laques .
Macerati
Rome
Bergame
Plaisanc
Gênes
Udine
Casçrte
Naples .
Arezzo
Rovigo
Fcrrare
Ravenne
Palerme
Vérone .
Reggio (Emilie)
Salerne
Sienne .
Pise
Lecce
Pérouae
Trévise .
Coni
Crémone
Ascoli
Masse
Modéne
Novare .
Catane
Fesaro .
Pavie
Lirourn
Brcscia .
Mantoue
Aquiia
Tarin
Forll
Siracusc
Messine
Corne
Tabl.
5 et 6.
— La différence
pour les
peintres est ca
faiblesse nnmériqne d*Udine, et par la
supériorité de Catane et <
EINIRES
Proportion millioD d'bKbit>iit«.
Uraul I MilÉM .
ChhtU .
N>poU .
^TALIE.
^WnnffliRnr^flK pays qui ont donntS de grands géQÏes, ^^^1 et ceuK qui ont donné le plus de génies miidiocres, à l'exception de Nnpies et de Florence, Pour celte dernière il faut considérer l'influence de sa Commune, que l'iiisloire nous montre comme suscitant et fécondanl les forces individuelles: el il laut joindre à celle première cause les dispositions artisliquâs de la race, el la beauté du climat. Telle élail autrefois Athènes. Ceiles Florence jouil pour la peinlure cl ta sculplui'e d'une suprématie incontestable; il sulTil de rappeler les noms de Donatello, Michel-Ange, Verrocchio, Baldinelli, Cellini, Giollo, Masaccio, Andréa del Sarlo,
K^tori, Bronzino, Fraie Angelico.
^^ 9. Influence orographique. — Après l'inllucncc de la chaleur et des grands centres, vient celle de la pression plus faible de l'air dans les pays de colline el pas trop montagneux.
Cette influence météorique peut seule nous expliquer pourquoi l'on trouve tant de poêles et surtout d'improvvisateurs, même parmi les femmes, sur les montagnes de la Toscane et principalemenl dans les environs de Pisloie, de Buti el dans le Valdonlanais. Il sufBl de se rappeler la bergère citée par Giulianî dans son livre Sur la langue parlée en Toscane, el celle famille Frediani, si curieuse, dans laquelle les pères, les fils el les aïeuls étaient tous poêles : — un de ses membres est encore vivant el compose des vers dignes des grands poètes de l'ancienne Toscane. Cependant, les paysans de la même race, qui habitent la plaine, n'ont, que je sache, rien offert de semblable.
Tous les pays de plaines unies: la Belgique, la Hollande, l'Égipte, ou ceux qui, encaissés enlre des montagnes trop élevées, sont affligés, à l'étal endémique, de goîLie et de crélinisme, comme la Suisse el la Savoie, sont dépourvus d'hommes de génie; les pays marécageux en sont encore plus pau\res. Les quelques hommes de génie que la Suisse
compte naquirent lorsque la race eut triomphé de l'influence goitrigène; et même ils sont nés d'émigrés français ou italiens, ainsi que Sismondi, Bonnet, Rousseau, Troncbin, Tissot, De Gandolle, Pestalozzi, et Burlamaqui.
Urbin, Pesaro, Forli, Corne, Modène ont donné des hommes de génie en plus grand nombre et d'une plus grande renommée que n*en ont produit Pise, Padoue et Pavie, qui sont cependant parmi les meilleures et les plus anciennes villes universitaires de l'Italie. H suffit de citer Raphaël, Bramante, Rossini, Morgagni, Spallanzani, Muralori, Fallope. Vol ta, Pline.
Mais, pour arriver à des exemples plus précis, nous voyons Florence, ville à la température douce et en même temps ville de collines par excellence, fournir à l'Italie la plus splendide cohorte de ses grands hommes. Citons seulement Dante, Giotto, Machiavel, Lulli, Léonard, Brunellesco, Guichardin, Cellini, Fra Ângelico, Andréa del Sarto, Niccolini, Capponi, Vespuce, Viviani, Lippi, Boccace, Alberti, Dali, Alemanni, Ruccellai, Ghirlandaio, Donali.
Au contraire Pise, qui est dans des conditions scientifiques pour le moins aussi favorables que Florence, et le siège d'une université très florissante, si l'on excepte quelques hommes de guerre et d'état moins nombreux et moins remarquables que les guerriers et les politiques florentins et « sa chute qu'ils n'ont pas pu empêcher même avec des puissants alliés, en est une preuve », — Pise, ne nous ofl*re en fait de grands hommes que Nicolas Pisano, Giunla et Galilée qui naquit bien à Pise, mais de parents florentins. Or, Pise diff'ère de Florence, seulement en ce qu'elle est située tout à fait dans la plaine.
En Lombardie, les pays de montagnes ou de lacs, comme Bergame, Brescia et Come, l'emportent en grands hommes sur les pays de plaines. On peut citer le Tasse, Mascheroni, Donizelti, Tartaglia, Ugoni, Volta, Parini, Appiani, Mai,
CHAPITHE n
fine !e Jeune, auxquels la basse Lombardie peul r peine opposer Alciat, Beccaria, Oriani, Cavalleri, Aselli et Boo caccini.
Vérone, ville de collines, a produit Maffei, Paul Véronése, Catulle, Fracaslor, Sammicheli, Cagnola, Tiraboschi, Lorgne, Pindemonle, Aleardi, Pullé, Trezza; — sans parler d'artistes, économistes cl penseurs de premier ordre, je remarque, d'après un document très précis (1), qu'en 1881 il y avait ii Vérone 160 poêles vivants. Au contraire la riche et savante Padoue, ville universilaiie mais dans la plaine, n'a donné à l'ilalie que Tîte-Live, Cesarotti et Pierre d'Albano. Gènes el Naples, qui réunissent les avantages d'un climat tempéré et d'un sot à la fois maritime el de collines, ont produit des bommes de gi:nîe, sinon aussi nombreux que k Florence, au moins aussi remarquables; tels que: Colombo, Doria, Mazzini, Paganini, Vico, Caracciolo, Pergolèsc, Genovesi, Cirillo, Filangeri.
En Kspagne l'influence du 'climal chaud est évidenlo. — Barcellonc cl toute la (^aLalogne, hien que douée de grande sériélû dans les propos, n'ont pas donné d'artistes; elles nous ont donné un seul poète ou, mieux, un seul imitateur de Pétrarque. Au conliairc .Sivîlic a produit Cervantes, Velasques, Murillo; — Cordoue a eu beaucoup de génies, tels que Sénèquc, Lucaîn, Morales, Mina, Gongora, el Cespièdes, peintre, sculpteur et arcbitecle à la fois.
Dans les Étals-Unis, remarque Beard (2), l'influence du climat sec et variable favorise dans le Nord un remarquable esprit de progrès, d'amour à l'étude, aux agitations de la vie publique, un grand penchant pour les nouveaulés, pendant que dans le Sud le climal umide, el peu varié, développe des tendances éminemment conservatrices, si bien que les manufaclurieis de le Géorgie ont beaucoup de dif-
31 iléueuibrc ISSI.
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ficulté pour y faire accepter des étoffes et des machines nouvelles; on les refuse, non parce qu'elles soient plus ou moins bonnes ou utiles, mais parce qu'elles sont nouvelles.
3. Influence de la salubrité. — Parallélisme de la taille et du génie. — Les pays qui n'ont point fourni d'artistes, ou qui en ont peu produits, sont ceux-là mêmes qui sont frappes par la rwararm ou par le goitre: la Calabre, Sassari, Grosseto, Aoste, Sondrio, Avellino, Callanissetla, Chieli, Syracuse, Lecce.
C'est pourquoi, si nous comparons la distribution des artistes suivant les régions de litalie, avec la distribution des hautes tailles, nous constatons une coïncidence remarquable avec les pays les mieux partagés et ceux qui en sont les plus pauvres. Il y a de très hautes statures à Florence, Lucqucs, Rome, Naples, Sienne, Arezzo, et dans la Vénétic; des tailles très basses dans les pays mentionnés un peu plus haut. Ce n'est pas qu'il y ait une correspondance directe entre l'esprit et la taille, mais c'est que, comme je l'ai démontré autrefois (1), bien que la stature subit l'influence elnique, elle est l'indice le plus sûr de la salubrité publique, pendant que les chifl*res de la mortalité n'ont avec la salubrité aucun rapport exact, à cause de la trop faible action exercée sur elle, par certaines dyscrasies, comme la goîtrigènc et la crétinogène, qui influent bien sur l'arrêt de développement du corps et de la pensée, mais non sur l'accroissement de la mortalité.
Si Ton compare entre eux les derniers résultais fournis par la conscription, en Italie, on voit immédiatement les pays, qui pour l'excellence de leur climat fournissent, en dehors des causes ethniques, le plus grand nombre de tailles élevées et le plus faible nombre de réformes, être en même
(1) Statura degli italiani. 1874. — DelVinfluensa orografica sulla statura. 1878.