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Chapitre IV

INFLUENCE DES MALADIES. — Maladies spinales. — Fièvres. — Traumes de la tête. — Leurs rapports avec le génie.

Gérard de Nerval dan son livre Le rêve ei la vie, après avoir avoué qu'il composait souvent dans un état d'exaltation morbide, ajoute que la vieille sentence MeM sana in corpore sano est fausse, car beaucoup d'esprits, puissants, sont d'une constitution faible et maladive.

Conolly soignait un malade dont l'intelligence s'exaltait sous l'influence de véscicatoires ; et un autre dont le génie se ranimait dans la période initiale de la phthisie et de la goutte.

Cabanis, Tissot, Pomme, aflîrmenl que certains états fébriles provoquent une extraordinaire activité psychique. — «11 y a quelques années, écrit Sylvesler, atteint heureusement, de bronchite, dans un accès de fièvre nocturne, j'ai vu se résoudre dans mon esprit le problème de V Identification de la descriminante du cube avec celle du carré (1) ^.

Un homme de génie, Maine de Biran, qui fut toujours malade, nous explique bien l'influence des infirmités sur le génie: «Le sentiment de Texistence, écrit-il, n'exisle point chez la plupart des hommes, parce qu'il est continu; quand l'homme ne souff're pas, il ne pense pas à lui-même; la maladie seule et Thabitude de la réflexion nous permettent de nous distinguer nous mêmes».

(1) Nature, novembre, 1883.

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Bien (le Ibis les Iratmies de la lète et les maladies aiguës, ces causes si fréquenles de l'aliénation nienlale, changèrent en un liomme de génie une individualité plus que viilgaiie. Vieo onfanl lonibe il'nn escalier très liaul et il en a le palii'fal droit fracturé. Gratry, médiocre chanleuf, devint un grand niaili-e, après qu'une poutre lui eut fracassé la léte; Mabillon, imbécile dans !^on enfance, devint te grand homme si connu k la suite d'une blessure à la lêlc. Gall, qui raconte ce fait, a connu un Danois à moitié idiot, transformé en homme intelligent, après qu'il eut, à l'âge de 13 ans, roulé du haut d'un escalier, la télé en bas (\). Il y a quelques années, un crétin de la Savoie, mordu par un chien enragé, devint très intelligent dans tes derniers jours de sa vie.

Le docteur Halle a connu des hommes médiocres, dont l'inlettigence devint extraordinaire, à la suite de maladies de la moelle épinière (2).

I 11 est possible que ma maladie (spinite) ait donné un caractèie morbide a mes dernières compositions >, écrivait avec une véritable divination l'infortuné Heine. Et cette remarque ne s'appliquait pas seulement h ses derniers écrits.

t Mon excitation desprit, — écrit-il en effet plusieurs mois avant i'aggravadon de son élat (3), — est plutôt l'effet du mal que du génie; ainsi j'ai fait des veis pour apaiser un peu mes souffrances >.

« Dans cette nuit horrible de douleur insensée, ma

pauvre tête se jette ça et là agitant avec une impitoyable gaieté les grelots de mon vieux bonnet de fou ».

Béclard devint expérimentateur, de théoricien qu'il était, après un accident d'apoplexie (4).

(1) Physiologie du cei-ienu. p. 2i.

42) Journal of mtnlal icUnct. 1872. (31 Corfeapondanee inédite. Pari» 18T7.

<4| Bnut scienti/tgue. Avril, 188B.

D'après une remarque de Bichat et de Von-der-Kolk, les hommes dont le cou est ankiiosé possèdent une intelligence particulièrement vive.

Tout le monde sait combien les bossus sont fins et malicieux. Rokitansky explique ce fait par la courbure que subit Taorte, après avoir donné naissance aux vaisseaux qui se rendent à la tète; ce que augmenterait le volume du cœur et la pression artérielle du crâne.

INFLUENCE DE LA CIVILISATION ET DE L'OC- CASION SUR LE GÉNIE. — Les grandes villes, les grandes écoles, les accidents.

Quelque assurées que paraisscnl de telli^s lois, il laut en ancueillii' les conctusîons avec une certaine ri^servc, ciu' il existe une Si^iîe de racteiirs presque insaisissables, qui inlerceplcnl el confondent tontes ces inlluenccs, sans en (•iLcepl..'r môme les oi'o»raphiqiie8.

Nous avons vu (page 159 et siiiv.), comment les grandes agglomérations, quels que soient le climat et la race, siifli' sent pour accroître le nointnc des artistes et des talents; mais nu pourruit-îl pas y avoir lu un eiïct purement factice, lorsque, par exemple, l'on considère comme originaires des grands centres des individus qui s'y sont transportés en quittant leur lieu de naissance, ainsi qu'il arrive pour bien lies nouveau\-nés et pour bien des mulades? Cela est certain, miime, si l'on songe à l'intluence pernicieuse des grandes villes: et si on pense avec Smiles(l) que < la vie des grandes villes n'est pas favorable au travail intellectuel > et * que tous les hommes qui ont eu une grande inlluence dans leur temps ont été élevés dans la solitude... ». « Tous les giands hommes de l'Angleterre el même de Londre naquirent à la campagne u. «Cela est peu connu parce que ces Iiommcs, ont lini leur vie dans les villes où les entrainiiil l'écho de leur glorrew. (Idem).

f liant le^ [Ultra

'( campajfnr.

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Carlyle ôcril : « Tous les hommes nés à Londre ne me semblenl que des fracliûns d'homme ».

On lil dans !e Lives of Ihe Engineers rjue tous les grands ingénieurs anglais sonL des campagnards.

L'élahlissement d'une école de peinUire, même quand elle est le résultai d'une imporlalion. rend artistique un centre qui ne l'était point d'abord ; el si rétablissement remonte h un temps très éloigné, le nombre des artistes devient 1res élevé. Considérons, par exemple, le Piémont, où assurément l'éducation militaire, renforcée par l'éducation cléricale, pins encore que par le climat el par la race, retnrda, pendant longtemps, le développement des beaux-arts et surtout de la musique. Jusqu'en 1460, les peintres célèbres y sont peu nombreux el étrangers a» pays (Bonn, Bondirotle): mais Bondiforte, qu'on avait fait venir de Milan est immédiatement suivi parSodoma, Martini, Giovannone Vercellcse; Ferro de Valduggia est suivi de Lanini el de Tansi de Valduggia, de même que l'exemple de Vioiti y Tait naître en peu de temps cinq violonistes célèbres.

À peine quelques peintres distingués tels que Macrino, Gaudenzio Ferrari, se furent-ils montrés à Novare, ÂAIbe et à Verceil que l'on en vil de suite apparaître d'autres; et à notre époque, où l'influence militaire a été entièrement surpassée par l'influence sociale, ce pays fournil, proportionnellement, aillant el même plus d'artisles que les autres provinces, soit pour le nombre, soit pour la qualité, par exemple, Gastaldi, Mosso, Pillara, etc.

Celui qui aurait dressé, il y a 300 ans, la statistique des penseurs écossais, n'en aurait peut-être pas trouvé un seul ; et cependant l'Ecosse, délivrée du manteau de plomb de l'intolérance religieuse, est devenue, nous l'avons vu, un des centres de l'Enrope, les plus riches en savants hardis et originaux.

D'autre part, la Grèce, à qui la nature et la race donnèrenl dans les temps anciens le premier rang dans les

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