CHAPITRE V
créations intellecliielles, n'a (tins aujourd'hui aucun reste de sa supériorité. La race et la nature n'ont point changé; nais l'esclavage, la lulle politique et le manque de bien dire ont épuisé toutes ses forces : caj' un peuple ne s'accorde point le luxe de l'art et des hautes pens^-es, tant que son existence n'est point assurée et facile.
Ainsi bien des fois l'iniluence de l'agglomération pourrait bien être masquée par l'innuencc du bien-être.
Ce n'est pas que l'action de la race et du climat disparaisse : mais ses manifestations demeurent latentes. L'esprit puissant qu'on doit à la race, el au cliinal de la Toscane, après l'inlluence énervante des Médicis, du prêtre et des pédants linguistes, mieux encore que dans les chefs d'œuvre, se révèle à présent par les improvisalions des paysannes de Pisloie et les subtiles épigrnmmcs du peuple florentin; les génies (lels que Pacini, Cnrrara. Betti. fiiusti, Guerrazzi, Garducci), n'y sont plus endémiques, mais clairsemés, sporadiques.
El bien de fois les influences sociales me semblent plus apparentes que réelles: — c'est bien le coup de bec du poussin qui entr'ouvre l'écale, non le spermatozoïde qui engendre l'embryon.
Nous voyons Florence, comme Athènes, fournir aux temps de.« agitations républicaines, le maximum de la génialiié italienne, mais des agitations semblables dans l'Amérique du Sud. et en France en 1789, n'ont pas donné autant de grands hommes, mais simplement des hommes utiles pour lors et qui passèrent pour grands (1). Et on pourrait bien soupçonner aussi que les nombreux giands hommes qui paru rent h Florence, furent eux mêmes la cause de ses révolU' tions. (Âttant. Monlhl, 1881).
Il en est de même de l'occasion.
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L'occasion semble avoir, parfois, aidé le développement du génie.
Ainsi pour an reproche que Servius Sulpicius adressa à Mutius Scevola d'ignorer les lois de son pays, celui-ci devint un grand juréconsulte.
Souvent des tailleurs de pierre, dans les carrières de Florence, au temps de sa vieille République, devinrent des sculpteurs célèbres, tels que Mino de Fiesole, Didier de Settignan et le Cronaca.
Canova et Vincent Vêla étaient aussi tailleurs de pierre, de même que Jean Brown, qui, en coupant des marbres devint un des géologues les plus estimés.
Andréa del Castagno, pâtre dans le Mugello, surpris un jour par une averse se réfugia dans un oratoire où un peintre en bâtiments barbouillait une Sainte-Vierge. Il sentit de lors une envie irrésistible de l'imiter; et partout, avec du charbon, il $*évertua à dessiner des figures, si bien, que sa renommée se répandit parmi les paysans; aidé, ensuite, par Bernardin de Médicis, qui le fit étudier, il devint un peintre illustre.
Vespasien de Bisticci, papetier de Florence, obligé par son état au maniement de beaucoup de livres et au contact d'un grand nombre de gens de lettres et de savants, le devint lui-même.
Mais plus souvent l'occasion n'est que la dernière goutte qui fait déborder le vase. Cela est si vrai que les cas, dans lesquels le génie se manifesta malgré les occasions contraires et malgré même de vives oppositions, sont innombrables. Il suffit rappeler Boccace, Goldoni, Muratori, Leopardi, Ascoli, Cellini, Cavour, Pétrarque, Métastase, et enfin Socrate obligé à tailler des pierres et à les sculpter. Tous nos derniers grands maîtres de musique: Wagner, Rossini, Verdi, furent méconnus dans leur jeunesse. Verdi fut même repoussé, à l'unanimité, par le Conservatoire de Milan.