SCÈNE XI
LES PRÉCÉDENTS, é&ceplé FRANTZ.
PÉTERs.—Il faut vous dire, mes amis, qu’un jour, revenant de chez mon grand-père, je m’en allais joyeusement chantant, dansant, mangeant par parenthèse un grand gâteau qu’il m'avait donné. V’la qu’auprès des ruines du vieux château de Scheckeinteim, je me trouve tout à coup nez à nez avee ce vilain homme.
Jugez si j'ai eu peur! lui, sans s’effrayer, il me dit avec sa grosse voix: ‘‘Qui que vous soyez, par pitié, secourez-moi, je meurs de faim ; du pain, du pain.” Moi qui suis sensi-
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ble, ça me touche, j'oublie ma peur et sa vilaine figure, je lui jette au nez le gâteau de mon grand-père ; je m’enfuis! j'arrive ici ben essoufflé, ben effrayé ; je raconte mon aventure
} À mon père; il se moque de moi, je me fâche, | nous nous disputons et depuis ce temps!
- (Pendant ce monologue, les bohémiens et les paysans ennuyés du bavardage de Péters, se sont retirés doucement au fond du théâtre. Péters ne s'en est point aperçu. Frantz sort de la maison avec Berthot ; il vient frapper sur l'épaule de Péters qui se retourne effrayé.) Ah ! la! a! Ah ! ‘papa! | quelle peur vous m'avez faite !.. je vous ai pris pour l’homme de la Forêt Noire! que c’est enfant pour un homme de votre âge d’avoir | des yeux comme ça.
FRANTz.—Allons dépêche-toi ; donne le bras à ton grand-père et vois si tu es revenu.
PéTers.—Comment! papa, c’est donc pour tout de bon ?
FRANTz.—Certainement ! Allons.
Pérers.—Mon Dieu! que je suis malheureux |
BERTHOT (lui caressant la joue).—Viens, viens mon petit Péters ; je te donnerai des pommes, de la galette et un verre d’eau de cerises.
FraAnTz.—Voilà le prince Auguste qui sort du château.
Pérers.——$i c’est pas désolant ! partir dans ce moment-ci! Mon grand-père, ne vous en allez pas, ils vont vous dire votre bonne aven- ‘ture.
. BERTHOT.—Ah! mon pauvre Péters! à mon âge il n’y a plus de bonne aventure.
PÉTEers.—Dame ! il est certain qu’ils ne vous
ee (Ne
diront pas que vous êtes jeune, que vous êtes joli ; vot’ temps est passé, mais c’est égal; restez à la fête, ça vous amusera.. à
BerrHor.—Non, non;il faut que je retourne chez moi.
‘Pérers.—C’est ben là une obstination de vieux !
FRanTz.—Va vite et ne t’amuse point.
PéTers.—Pardi! Allez, ça n’a rien d’amusant. (La tête de la marche paraît sur le somme de la montagne, dans le chemin qui conduit au château. Péters, après de nouvelles difficultés, se décide enfin à partir. Berthot embrasse son fils, & sort par le chemin qui conduit à la forêt. Péters s'arrête à plusieurs reprises pour exprimer 8e8 regrets en voyant le prince Auguste arriver à la ferme. La suite du prince Auguste est composée de Raaotzi à la tête de la légion et des seigneurs qui sont comme le prince Auguste en habit de chasse. Au moment où il arrive, les paysans et les bohémiens s’inclinent très respectueusement.)