‹ L'homme de la Forêt Noire [microforme]Chapitre 24 sur 64 · SCÈNE re · texte numérisé non relu

SCÈNE re

SIMMERAFF, GÉRALD. Au lever du rideau on en- ) tend un bruit de chasse, Gérald et Zimmeraff entrent en scène avec l’air de gens qui sont poursuivis.

GÉRALD.—On est à notre poursuite ! , ZIMMERAFF.—Cachons-nous As dsn-aniiters AS A peine sont-ils cachés qu'une partie de la chasse

averse le fond du théâtre. Elle pre Géral Zimmeraff sortent des ruines.) Uls s’éloignent

Nous sommes heureusement pärvenus à leur

aire perdre la trace de nos pas. C’est une

ande imprudence que nous avons commise

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en allant à la ferme de Frantz. Jamais, non, jamais je n'aurais consenti à cette démarche, sans le désir que tu avais d'apprendre si ton fils existait encore. L

GÉRALD.—Te repentirais-tu de m'avoir secondé ?

ZimmERAFFr.—Moi ! tu me connaiïs bien mal.

GÉRALD.—Ah! pardon. Je pense que c’est dans cette partie de la forêt, notre refuge ordi-. naire, que nous serons le plus en sûreté. Le son du cor et le bruit de la chasse qu’on entend dans le lointain me confirment cette idée.

D'ailleurs, les forces me manqueraïent pour aller plus loin. Je suis accablé de fatigue.

ZIMMERAFF.—Et moi de faim. Ce vieillard qui nous apporte tous les jours dans les ruines un panier de provisions, n’a point paru aujourd’hui. Nous l’avons rencontré dans la forêt ; il était avec ce grand nigaud qui s’est enfui lorsque tu t’es approché de lui pour savoir si Frantz était à la ferme; et ce vieillard effrayé par les cris de ce poltron, s’est sauvé d’un autre côté. Saïs-tu qu’il y a plus que de la prudence à nous éviter d’être arrêtés ?

GÉRALD.—Sans doute, Frantz m'a dit que cette chasse n’était qu’un prétexte que le duc avait pris pour tâcher de nous découvrir.

Z1MMERAFF.—Ah! je crains bien moins le duc que le comte Hermann, son premier ministre.

GÉRALD (à part).—Le comte Hermann! l’auteur de tous mes maux! pénétrons ce mystère.

(Haut.) Depuis un mois nous habitons ensemble, nous nous secourons mutuellement, nous aurions pu peut-être adoucir nos chagrins en

+ nous les confiant réciproquement. Cependant

j'ignore encore qui tu es, et les motifs qui t’ont engagé à t’ensevelir comme moi dans cette forêt.

Zimmerarr.—[Ce n’est pas que je te croie in- | digne de ma confiance; tu m'as sauvé la vie. Je suis assuré que tu es un honnête homme et c’est pour cela que je ne te conte pas mes aven- | tures.

GÉRALD.—Pourquoï ?

ZIMMERAFF.— Parce que tu serais certain que je suis un fripon.

GÉRALD.—Quel langage ! Jusqu'à ce jour, ne vous connaissant qu'imparfaitement, j’ai pu ‘vous permettre d'accompagner mes pas. À présent, j’exige une prompte explication, et dussé-je m’exposer aux plus grands périls, je saurai vous forcer à vous expliquer. Songez | qu’eñtre la mort et l’infamie l’homme qui est devant vous n’a jamaiïs balancé.

ZIMMERAFF.—Ton emportement ne m'étonne | ni ne m’effraie. Je consens à te donner l’explication que tu me demandes. Cependant, avant tout, reçois de nouveau l'assurance que ma vie est à toi, et que je l’exposerais mille fois pour : sauver la tienne.

GÉRALD.—Je ne doute point de ton dévoûment; jaime à croire que tu mérites mon estime; mais l’honneur t’ordonne de parler, et de plus, je l'exige. | : ZIMMERAFF.—D'abord, perds l’idée que mon costume a pu te faire concevoir. Je ne suis pas un brigand de grand chemin; je n’ai jamais été qu'un coquin de bon ton; de ces intrigants de cour, toujours prêts à servir Le parti le plus

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puissant ; faux amis, lâches flatteurs, complaisants serviles; sacrifiant tout à leur ambition, ne ougissant d'aucune bassesse lorsqu'ils y trouvent leur intérêt, et méconnaiïssant dans l’adversité les hommes qu’ils ont lâchement encensés dans l’opulence ; en un mot, j’ai été le confident, l’agent d’un riche seigneur qui n’est parvenu au ministère qu’à force de crimes et de hardiesse. Je ne me nomme point Burker, je m'appelle Zimmeraff.

GÉRALD. — Zimmeraff! Ce nom ne m'est point inconnu; n’auriez-vous pas été au service du comte Hermann ?

ZIMMERAFF.—Précisément ; j’ai été son premier écuyer et je fus l'instrument de ses poursuites contre l’infortuné Gérald. :

GÉRALD.—Malheureux !

ZIMMERAFF.—Tu l’as connu ?

GÉRALD.—Beaucoup.

ZIMMERAFF.— Ecoute. Hermann ambitionnait depuis longtemps la dignité dont était revêtu le comte Gérald. Connaiïssant mes talents, il me proposa de fabriquer une fausse correspondance qui devait perdre son ennemi dans l'esprit du prince. Hermann payaiït bien; j'aimais l'or, jacceptai ses propositions. Ces honteuses menées eurent tout le succès qu’il en attendait.

GÉRALD.—Je le sais. Gérald fut accusé d’intelligences secrètes avec le duc de Bavière, traduit devant un tribunal présidé par Hermann et dont tous les juges lui étaient vendus. Le cri de la vérité fut étouffé, et le malheureux, condamné à mort, ne put soustraire sa tête à l’échafaud que par une fuite précipitée.

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Zimmerarr.—Fier de mon succès, je croyais édevoir le prix de mes services ; je m’abusais. 8 grands politiques ont pour habitude de Miter, de récompenser les hommes, tant qu ils ont besoin, mais de les sacrifier dès qu'ils deviennent inutiles ou dangereux. C’est que fit Hermann.

PCÉRALD.—I1 voulut te perdre ?

PZImmERAFF.—Oui, mais il avait affaire à un J0mme aussi adroit que lui; je découvris son jet, je lui enlevai une partie des pièces qui tte staïent son crime envers Gérald.

MOÉRALD. — Grand Dieu! les aurais-tu en- Ole ?

ni immEeRAFF.—Toujours; c’est pour les retirer Imes mains qu'Hermann, depuis, mit tant charnement dans les poursuites qu’il diricontre moi. Cependant, je fus assez heu- Ux pour éviter la mort que vingt fois il vou- Dé me faire donner, et n’éprouvant qu'un htiment, celui de la vengeance, je partis Mur la cour de l’électeur. En traversant cette (onét, je fus attaqué par trois brigands sou- 10y és par Hermann; j'avais déjà donné la rt à l’un d’entre eux, mais j'allais enfin suc- Mmber lorsque tu vins à mon secours, et Bant mordre la poussière aux deux autres, me Sauvas la vie qui désormais te sera conjrée toute entière.

XÉRALD.—Ainsi donc, Zimmeraff, tu es en- Mement revenu à la vertu, et ton dessein est dévoiler les crimes du monstre qui fut ton rsécuteur ?

IMMERAFF.—Je le jure ; je ne mourrai cont qu'après avoir réhabilité la mémoire du, mte Gérald.

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GÉRALD.—O mon Dieu ! je te rends grâce l#

ZaMmERArFr.—Que veux-tu dire ?

GÉRALD.—Tu peux réparer tes torts. |

ZIMMERAFFr.—Comment, le comte Gérald ?}

GÉRALD.—Il est devant toi.

ZimmerArr.—Vous !... Je Suis bien malhe reux! moi qui mettais tant de prix à voti amitié, m'en voilà privé pour toujours ! Je 158 puis plus être à vos yeux qu’un misérable q vous devez mépriser et haïr…

GÉRALD—Tu es repentant, j'ai tout oubli Mais ces preuves du crimes d’Hermann (4 sont-elles ?

ZIMMERAFF. — Dans les ruines, sous ur pierre aux pieds de la statue qui est à lei trée du Donjon. C’est là que vous les troi verez.

GÉRALD.—J’y vais.

Zimmerarr.—Vous y verrez combien je s coupable; mais quel que soit le sentiment qk cette lecture vous inspirera, je vous le jure, | périrai ou je réparerai mes torts envers vous. Vous aurez soin de remettre ces lettres où elle sont cachées. |

GÉRALD.—Dans un instant, je serai près di toi. (I rentre dans les ruines.)

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