LES PRÉCÉDENTS, FRANTZ
FRaNTz.—As-tu donc bientôt fini ? Qu'est-ce que tu fais là, au lieu de revenir ?
Pérers.—Mais, mon père, ce n’est pas ma faute. Je crie tant que je peux et mon bon grand père ne veut pas m'entendre. C'est étonnant, il n’est pas si sourd que ça ordinairement; il a des jours !....….
ah
FRANTZ.—Imbécile! pourquoi ne prends-tu pas son cornet ?
Pérers.—Ah ! c'est vrai, je n’y pensais pas.
FRrANTz.—Tiens, le voilà: il l’avait oublié dans la salle, sur la table.
Pérers.—Donnez, je vais lui dégoiser cela et joliment... C’est drôle! je ne peux pas m'habituer à parler avec ça!... Ah! ah! ah!
ah ! que de symétrie pour faire une conversation !
FranrTz.—Veux-tu bien me faire le plaisir de te dépêcher ?
PéTers.—Me vla, mon père, mev'la, j'y suis. (1! approche le cornet de l'oreille de Berthot et lui dit): Mon grand-père, voulez-vous venir déjeuner? Il y a deux heures que la table est mise... ouf...
BERTHOT.— Eh ! que ne me le disais-tu ?
Pérers.—Tiens ! je ne le lui ai pas dit!
FRrANTZ.—lionjour, mon père.
BERTHOT.--Ah ! bonjour, Frantz. Je tai fait attendre, mais je ne le savais pas, cet imbécile ne m'avait pas prévenu. Allons, viens te mettre à table ; car aussitôt après le déjeuner je veux partir pour retourner chez moi. |
FRANTZ.—Quoi! si tôt, mon père ?
BERTHOT.—Hein ?
PéTERs.— Papa demande pourquoi vous vous en allez si tôt.
BErTHoT.—Abh ! il le faut, mon ami; j'ai des raisons! (Frantz fait un signe d’étonnement.) Oui, des raisons !.... Quoique je ne sois pas riche, je trouve du plaisir à secourir ceux qui sont plus pauvres que moi; j’ai comme cela quelques malheureux à qui je donne une petite
AUEY, D
porepe chaque jour !... Ils ne m'ont pas vu ier de la journée; si je leur manquais encore aujourd’hui, ils croiralent que je les ai abandonnés ; cela doublerait leur chagrin, et je serais désolé. Tu le sais, mon cher Frantz, faire attendre les pauvres qui ont besoin de nous, c’est se rendre indigne de leur recon-
naissance. *
FranTz.—Bon père ! (On entend plusieurs coups de canon, dont on voit la fumée s'échapper des tours du château.) Oh! oh ! on tire le canon au château de Rheïnstald.
PÉTERs.—Qu'est que ça veut dire ?
FRANTz.—Il faut qu'il y ait quelque chose de nouveau.
PÉTERS.—Ah ! papa, nous allons savoir ce que c’est, car v’la Ragotzi qui accourt ; je parie qu’il vient chez nous.
BERTHOT. — Allons, allons, viens-tu mon Frantz ? |
FRANTZ.—Pardon, mon père, je vous rejoins à l'instant.
Pérers (à part).—Il n’a pas même entendu les coups de canon.
BExTHOT.—Je rentre toujours. (J{ rentre dans la maison. Ragotzi, qui est descendu de la mon- 4e pendant le dialogue précédent, arrive en scène.