‹ L'homme de la providence; comédie en un acteChapitre 20 sur 22 · SCÈNE XVII BOUCHONNOT, PATOUILLARD · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII BOUCHONNOT, PATOUILLARD

BOUGHONNOT, se laissant tomber sur une cbaise.

Quelle séance, mon vieux, quelle séance!... Patouillard, regarde mon œil.

PATOUILLARD. '

Il est un peu au beurre noir.

BOUGHONNOT

C'est de ta faute. Eh bien, je ne t'en veux pas, car, vois-tu, mon vieux, je suis content de moi.

PATOUILLARD.

Tu n'es vraiment pas difficile.

BOUGUONNOT,

Le patron aura eu son invité, c'est ce que je vou-

lais. Deniaiii, il aura tout oublié... Mais ce que j'en aurai eu du mal pour lui procurer cet invité-là!

PATOUILLARD.

Tu as été héroïque I

BOUCHONNOT, souriant.

Il ne voulait pas marcher... ce qu'il protestait!

PATOUILLABD.

Je comprends.

BOUCHONNOT.

Entre nous, ilest un peu bébête, hein?

PATOUILLARD.

C'est-à-dire qu'il était très estomaqué.

BOUCHONNOT, se levant et s'approcliant de Patouillanl.

Voyons, mon ami, tu tomberais comme par hasard dans une maison où on te proposerait toutes sortes de choses régalantes sans payer un sou, tu ne marcherais pas?

PATOUILLARD.

Je marcherais... des deux mains, mon vieux... Mais ici, le cas n'est pas le même. Voilà un bon homme qui va chez les gens d'au-dessus, il est en retard à cause d'un accident ; il se trompe de porte ; seconde malchance, et tu sautes dessus comme une araignée sur une mouche... Eh bien ça ne se fait pas ces choses-là...

BOUCHONNOT, d'un petit air penche.

Troisième malchance... Jamais deux sans trois... En attendant, on respire! Cet homme nous a sauvés. Le commandant nous fiche la paix.

PATOUILLARD.

Ah ! oui, tu pourrais lui donner un bon pourboire en sortant...

BOUCHONNOT, ramassant le bouquet.

J'espère bien que ce sera le contraire... Pauvre bouquet, il a reçu un rude choc dans la bagarre.

PATOUILLARD.

Je comprends... Et le galurin?

11 s'approche de la porte du salon, et tend l'oreille, BOUCHONNOT, ramassant le chapeau.

Il est frais... (ll le lisse avec sa manche.) Bah! On ne

fait pas d'omelette sans casser des œufs... Je ne lui voulais pas de mal à ce garçon... Je ne voulais que son bien... et notre tranquillité.

PATOUILLARD.

Mou vieux, réjouis-toi... Tu as le bon rôle. Tu ne sais pas ce que dit la commandante?

BOUCHONNOT.

0ht je sais, elle doit raconter que je casse la vaisselle... Elle n'a que ça à la bouche.

PATOUILLARD.

Elle dit que si c'est grùce à toi seul qu'elle a le plaisir de connaître un si charmant jeune homme, elle ne saura trop te féliciter de ton insistance...

BOUCHONNOT.

Oh! oui, les félicitations delà patronne, parlonsen!... Elle me les ferait plutôt au bout d'un bâton... Mais l'autre, avec des boniments comme ça, mon

colon, il n'aura plus qu'à se jeter à mes pieds pour me remercier...

PATOUILLARD.

Qu'il nous donne la pièce, on ne lui en demande pas plus... C'est à ça qu'on reconnaît les gens bien élevés.

BOUGIIONNOT.

A la caserne, Patouillard, s'il s'était trompé de chambrée, on ne l'aurait pas reçu avec des liqueurs !

PATOUILLARD.

On l'aurait reçu à coups de polochons !

BOUGHONNOT.

Et avec la cruche !

PATOUILLARD.

Attention, j'entends remuer une chaise. C'est au moins le patron...

La porte s'ouvre. On voit Rivolin entrer de dos.

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