‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 104 sur 118 · TEMPS MODERNES (SUITE · texte numérisé non relu

TEMPS MODERNES (SUITE

Nous pouvons juger les philosophes du xviiic siècle à deux points de vue différents. Ou bien, hommes de peu de métaphysique, ils essayent timidement et maladroitement de continuer les controverses philosophiques du xvne siècle, en y mêlant quelques questions scientifiques, et s'ils pensent ajouter quelque chose à la philosophie proprement dite, ce n'est qu'un sensualisme dont nous nous permettrons de nier la valeur. Ou bien, mus par ces grandes idées, loi de continuité, principe du mieux, principe de la moindre action, loi du progrès, identité des lois de la nature et des lois de la pensée, ils préparent une philosophie vraiment nouvelle de la société et de la nature. — Nous concédons par avance que cette distinction peut avoir quelque chose d'artificiel, comme presque toutes celles que l'on fait dans 1 histoire des hommes ou des systèmes. Cependant elle renferme assez de vérité pour que nous puissions en user sans scrupule.

L'automatisme cartésien n'est pas oublié au xviii" siècle : il a encore ses adversaires et ses partisans. Lo cardinal de Poiignac, dans son Anti-Lucrèce, l'expose avec faveur ; Racine le fils lo prôno dans deux épîtres en vors ;

le cardinal Gerdil le défend; les Institutiones philosophicœ de Lyon prennent parti pour lui *. Jean-Jacques Rousseau, qui commente éloquemment la tradition cartésienne et qui combat avec tant de vivacité la philosophie de la sensation, ne se prononce contre lui qu'avec une certaine timidité. « Vous me demanderez, écrit-il dans sa Profession de foi du Vicaire savoyard, si les mouvements des animaux sont spontanés ; je vous dirai que je n'en sais rien, mais que l'analogie est pour l'affirmative. »

Réaumur et Ruffon sont hésitants tous deux. Réaumur qui a si bien, si admirablement étudié les insectes, est cependant loin de partager l'enthousiasme irréfléchi d'observateurs qui ne le valent pas. « On les fait penser et agir comme nous, dit-il, et souvent même on les a loués de ce qu'ils pensaient et agissaient mieux que nous. Il n'est sorte de connaissance qu'on ne leur ait accordée; on leur a trouvé toutes les vertus morales, même les plus sublimes. Et sur quels fondements? sur des fondements souvent tout aussi puérils 2. » Mais il craint une exagération d'une autre espèce. « Refuserons-nous toute intelligence aux insectes? les réduironsnous au simple état de machine?... Nous voyons dans les animaux et dans les insectes, autant que dans aucun des autres animaux, des procédés qui nous donnent du penchant à leur croire un certain degré d'intelligence; nous y sommes conduits en raisonnant par analogie. » L'illustre observateur ne veut pas, on le voit, de théories compromettantes ni dans un sens ni dans un autre, et on reconnaît là cette timidité ou cette prudence qui s'effrayait de ces gradations insensibles » et du « passage d'une espèce à l'autre par des gradations imperceptibles. »

Ruffon n'a pas réussi davantage à contenter par ses

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