‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 105 sur 118 · BUFFON · texte numérisé non relu

BUFFON

explications les partisans de la philosophie ou ceux de la science. Il admet chez les animaux le sentiment. Il en parle même avec une force merveilleuse, et on ne trouve guère nulle part de formules plus pleines que celle-ci : « Le sentiment ou plutôt la faculté de sentir, l'instinct qui n'est que le résultat de cette faculté, et le naturel qui n'est que l'exercice habituel de l'instinct guidé et même produit par le sentiment, ne sont pas à beaucoup près les mêmes chez les différents êtres : ces qualités extérieures dépendent de l'organisation en général, et en particulier de celle des sens, » Il y a là une somme considérable de vérité : mais on voit où gît l'obscurité. Le sentiment dépend de l'organisation. Dans ses manifestations ou dans son essence même ? Buffon ne craint pas de compléter le sentiment des animaux par la conscience de leur existence actuelle et par la mémoire ; puis à ce sentiment et à cette conscience, et à cette mémoire, il assigne une origine toute matérielle, l'ébranlement des sens. Aussi conclut-il non-seulement que les animaux n'ont pas la pensée, même au plus petit degré, mais encore que « leur nature est purement matérielle, » et que leurs actes sont tous « des résultats mécaniques { . » Sous ce rapport l'inconséquence de Buffon est depuis longtemps jugée : « Il ne suffît pas, disait déjà Gondillac, de prouver d'un côté que les bêtes sont sensibles et de supposer de l'autre que ce sont des êtres purement matériels : il faut expliquer ces deux propositions l'une par l'autre..., et la chose est impossible. » Lors donc, ajoute à ces paroles M. Lemoine, que Buffon prétend expliquer par le seul jeu de la machine corporelle toutes les actions des animaux, il ne fait autre chose que Descartes ; lorsqu'il semble se séparer de Descartes en attribuant aux animaux le plaisir et la douleur, l'appétit et la répu-

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