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VI. — L’attention expectante et l’illusion provoquée

Ce qu’on appelle expectant attention ne peut évidemment pas expliquer les phénomènes du somnambulisme. 11 y a des cas bien constatés, dans lesquels le sommeil a été provoqué sans que la personne ait su qu’on voulait l’endormir.

L’imagination et l’attente d’un phénomène extraordinaire jouent évidemment un rôle important ; et il ne peut pas en être autrement ; car, le somnambulisme dépendant d’un état spécial des centres nerveux, l’état antérieur devait exercer une grande influence sur la facilité du sommeil.

En dehors de tout phénomène somnambulique, l’imagination fait éprouver des sensations fort curieuses.

J’ai souvent fait l’expérience suivante. Si l’on se met derrière quelqu’un en imposant les mains sur ses épaules, très vite il sentira une sensation spéciale de pesanteur dans les épaules; il arrivera même à sentir très distinctement la pression des cinq doigts de la main étendue sur l’épaule, alors qu’une distance de quelques centimètres sépare la main étendue du corps de la personne qui se soumet à cette épreuve.

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Que l’on fasse cet essai très simple, et on verra que presque toutes les personnes qui le subiront décriront des sensations particulières avec des détails nombreux et précis.

Récemment M. Yang a fait quelques recherches intéressantes sur les erreurs de nos sensations, erreurs qui résultent de l’attention expectante.

En faisant croire qu’il y a dans un jeu de cartes une carte magnétisée, M. Yung a fait ressentir aux personnes qui touchaient les différentes cartes du jeu des sentiments variés.

Sur cent personnes ayant fait cette expérience, onze seulement ont refusé de signaler une carte, disant qu’elles ne sentaient absolument rien. Toutes les autres ont ressenti des sensations diverses ; secousses dans la main, frissons dans le dos, éblouissements de la 'S'ue, odeurs pénétrantes, parfums de la carte, vacilleraents de la carte, etc.

Ainsi, comme le dit M. James Sully, dans son livre sur les illusions des sens et de l’esprit, quand l’attente est extraordinaire, elle peut suffire à produire le simulacre d’une sensation réelle. L’attente d’un phénomène, dit très bien M. Yung, réduit à un minimum le degré d’intensité de l’excitation que doit produire ce phénomène pour qu’il soit suivi d’une sensation.

S’il en est ainsi chez les individus normaux, qui ne se sont soumis à aucune pratique magnétique, à plus forte raison, chez des individus magnétisés, ce phénomène se montre avec une netteté extraordinaire. C’est ce qui démontre une fois de plus qu’il n’y a, dans le somnambulisme, rien qui ne se retrouve à un degré quelconque dans l’état normal.

Telle personne endormie voit ce qu’on veut lui faire voir ; mais ce n’est pas, comme à l’état normal, une sensation vague, confuse: c’est une sensation très précise. Ainsi je dis à M*** : « Voici un chien. > Et il voit un chien. Il est certain que, s’il était dans son état normal, j’aurais beau lui dire qu’il voit un chien, il ne verrait absolument rien.

Récemment, sur un de mes amis, M***, qui s’est trouvé ,être, au bout de deux expériences, apte au somnambulisme, j’ai suivi le fait de l’illusion dans tous ses détails. M***^ n’était pas endormi profondément, n’avait perdu ni la conscience de son état et de sa personnalité, ni la mémoire des faits qui se présentaient pendant son sommeil. De plus, comme il est fort intelligent, il rendait très bien compte de ses diverses sensations.

Je lui disais : vous ressentez une douleur dans le doigt. D’abord il ne sentait rien ; puis, peu à peu, il sentait comme un frémissement qui allait en augmentant de manière devenir très douloureux.

Jusqu’ici cela est fort simple; mais graduellement on peut arriver à des sensations hallucinatoires de plus en plus complexes. Ainsi je lui annonçais qu’il devait fléchir les genoux, et, en réalité, ses genoux fléchissaient, de sorte qu’il était forcé de s’agenouiller. Je lui disais aussi;

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« VOUS allez éternuer. * Il sentait alors une démangeaison dans le nez assez forte pour être forcé d’éternuer à plusieurs reprises.

Peu à peu ces sensations provoquées et illusoires deviennent de plus en plus compliquées. Ainsi, je lui disais : « Voici un lion. » « A quoi bon, me disail-il, puisque ce n’est pas vrai ; je sais très bien qu’il n’y a pas de lion. » Mais si j’insiste, en lui répétant qu’il y a réellement un lion ; « je finirais par le voir, si vous me le dites » , assure-t-il. Et, en effet, il le voit, d’abord sous une forme confuse, tout en sachant que c’est une hallucination. Puis, peu à peu, la forme se précise ; si je lui demande des détails, il médit que le lion est couché, qu’il aune crinière, qu’il remue la queue, qu’il nous regarde avec des yeux jaunes. Malgré tous ces détails, M*** sait parfaitement qu’il s’agit d’une hallucination, non d’une réalité, ce qui ne l’empêche pas de reculer d’un pas lorsque je lui dis que le lion se lève.

Une autre fois, alors qu’il sait toujours où il est et qui il est, alors qu’il a parfaitement conscience que je fais des expériences et que les sensations dont je parle n’ont aucune réalité objective; je lui dis qu’il a une souris dans la main. Il ne la voit pas, mais il sent très bien le chatouillement que cette souris imaginaire, grouillant dans la main et montant le long du bras, lui procure.

Ae retrouve-t-on pas quelque chose d’analogue dans ce fait bien connu, que lorsqu’on craint d'être infecté par des puces ou des poux, on sent très bien la démangeaison et la piqûre que donnent ces êtres imaginaires à différents points du corps.

De fait, il est des transitions non interrompues entre les illusions de l’état normal et les illusions du somnambulisme. L’être humain est toujours le même, et les lois de son esprit restent les mêmes dans ses divers états. Dans le somnambulisme profond, il n’y a pas de réaction possible contre l’illusion présentée. Dans l’état de parfaite intelligence, nous réagissons puissamment contre celte illusion.

C’est que dans le somnambulisme, il y a une absence de volonté, un défaut de réaction, un automatisme qui n’existent qu’à un faible degré à l’état normal, et qui, au contraire, caractérisent le somnambulisme.

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