XXI. — L’intelligence des animaux
Presque tous les écrivains qui se sont occupés de l’intelligence des animaux ont été amenés à exalter leurs facultés psychiques, racontant des histoires, des anecdotes plus ou moins vraisemblables sur leur merveilleux raisonnement.
M. Netter, dans un livre récent (L’homme et l’animal), a pris la question à un point de vue tout différent. Il n’admet pas l’intelligence de l’animal; et il adopte complètement l’idée de Descartes sur le mécanisme et l’automatisme des bêtes. Il donne des preuves que les animaux, quand ils paraissent agir intelligemment, ne font qu’obéir îi l’instinct. Entre deux sensations qui luttent, c’est la plus forte qui l’emporte.
Donc les animaux ne réfléchissent pas, dit M. Netter : ce sont des mécanismes inintelligents, des automates, qui ne peuvent pas agir autrement qu’ils n’agissent.
A prendre les choses au point de vue de M. Netter, il me paraît difficile de refuser aux animaux la faculté de juger et de discerner ; certains actes qu’ils commettent sont évidemment des actes intelligents. Est-ce à dire que ce qui est intelligent n’est pas un acte mécanique, et que l’intelligence même n’est pas un phénomène automatique ?
Il me paraît, au contraire, que l’intelligence ne peut être considérée comme une force spontanée qui ne prend point d’appui sur les choses ; qui, planant au-dessus des fatalités organiques, se décide sans motif à accomplir tel ou tel acte. C’est dans ce sens qu’on peut appliquer à l’intelligence l’expression d’automatisme et de mécanisme.
Ainsi je crois que l’homme et les animaux sont, à ce point de vue, logés à la môme enseigne ; les uns et les autres sont des mécanismes plus ou moins intelligents, plus ou moins conscients; mais au fond l’acte accompli dépend toujours de la môme cause.
11 existe une^ transition ininterrompue entre le phénomène rélle.xe.
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élémentaire, par exemple, le mouvement de l’actinie, qui relire ses tentacules ([uand on la touche, et la détermination la plus intelligente d’un être humain supérieur.
Supposons d’abord que l’acte réllexe soit coordonné, c’est-à-dire qu’au lieu d’être un simple retrait, ce soit l’adaptation à telle ou telle fonction; nous aurons un premier degré de perfectionnement, et, de fait, on trouve dans la nature bien des exemples de cet ordre. Telle excitation provoque tel ou tel réllexe compliqué ; et le mouvement n’est pas aussi simple toujours qu’un simple mouvement de retrait. C’est souvent une adaptation à une fonction pinson moins compliquée.
Supposons un second degré de perfectionnement, et admettons qu’un organe nerveux central se surajoute à ce réflexe, organe dans lequel s’élaborera une sorte de conscience, de manière que l’ètre, au lieu de subir, sans le connaître, ce phénomène réllexe, y participera d’une manière plus intime en le connaissant ; nous aurons alors un réllexe avec conscience, comme par exemple celui de l’individu qui met par inégarde la main sur un objet bridant, et qui la retire aussitôt.
Nous pouvons encore supposer un troisième degré de perfectionnement. Admettons qu’il existe dans le système nerveux un ensemble d’appareils cellulaires, tels que les impressions anciennes s’ysoientaccumulées en nombre prodigieux. Alors l’ébranlement réllexe fera vibrer tout cet appareil de mémoire ; il y aura une sorte de branle-bas général, auquel assistera la conscience et dont le résultat linal sera un mouvement.
Cet ébranlement, celte agitation, cette mise en jeu de tous les souvenirs anciens, voilà vraiment ce qui constitue l’intelligence. Pur mécanisme assurément, mais mécanisme si compliqué, et auquel la conscience participe si activement, qu’on est presque tenté de croire que c’est un phénomène spontané.
La différence entre l’homme et les animaux réside en une conscience plus parfaite et une mémoire inliniment plus compli(juée.