XXII. — .1 jiropoa de la vivisection
Cette élude très sommaire sur la vivisection paraîtra peut-être trop détaillée encore, si on la compare aux autres beaucoup plus vaste.s sujets traités dans ce chapitre.
Mais il m’a paru nécessaire, aujourd’hui (ju’on attaque avec tant de passion les bases mômes de la physiologie expérimentale, de défendre ce qui fait le fond de la méthode en physiologie.
Ce ne sont pas les souffrances des animaux qui nous touchent ; il y en a tant, et partout, et de si cruelles, que celles de nos victimes sont
l’homme et l’inteluoence.
bien peu de chose. L’argument puissant et redoutable, c’est que la vivisection développe en l’homme des sentiments de cruauté, et qu’il est indigne d’un homme bon et juste de faire souffrir des êtres vivants. C’est le point de vue humain, et non le point de vue animal qui importe.
Or le souci de la science et la recherche de la vérité font que, quoique jouant un rôle cruel, l’homme n’est pas cruel dans ces expériences. Je ne crois pas que les physiologistes soient plus impitoyables que les autres hommes ; et l’exemple est là pour appuyer mon opinion.
Ce n’est pas d’hier que datent les soucis causés aux savants par les âmes trop sensibles. Depuis Vésale et Descartes, on sait ce qu’il en coûte d’aimer avec trop d’ardeur les sciences naturelles.
Voici ce que dit à ce sujet Montesquieu (1), faisant parler un savant de fantaisie. « Il y a cinq ans que je fus rudement insulté par une de mes voisines pour avoir fait la dissection d’un chien qu’elle prétendait lui appartenir, La femme d’un boucher qui se trouva là se mit de la partie. Et, pendant que celle-là m’accablait d’injures, celle-ci m’assommait à coups de pierre, conjointement avec le docteur qui était avec moi et qui reçut un coup terrible sur l’os frontal et occipital, dont le siège de sa raison fut ébranlé.
« Depuis ce temps-là, dès qu’il s’écarte quelque chien au bout de la rue, il est aussitôt décidé qu’il a passé par mes mains. Une bonne bourgeoise, qui en avait perdu un petit, qu’elle aimait, disait-elle, plus que ses enfants, vint l’autre jour s’évanouir dans ma chambre, et, ne le trouvant pas, elle me cita devantle magistrat. Je crois que je ne serai jamais délivré de la malice importune de ces femmes, qui, avec leurs voix glapissantes m’étourdissent sans cesse de l’oraison funèbre de tous les automates qui sont morts depuis dix ans. »
Ne croirait-on pas ces lignes écrites hier ? N’a-t-on pas vu Claude Bernard, cité devant le commissaire de police pour avoir fait une fistule gastrique à un chien, M. Schiff traduit devant les tribunaux de Florence, et finalement exilé de celte ville, M. Brown-Séquard recevant un coup de parapluie sur la tête, en pleine salle du collège de France, pour sévices envers un singe ?
La « malice importune > des femmes sensibles et remuantes n’a pas changé ; et elle est de nos jours plus importune encore qu’au xvni“ siècle.
(1) l.rlire.i per.tanrx, éilit. .lou.insl. P.iris, 1860 Appendice, p. •Jl.