CHAPITRE VIII
le grand manitou des Bisons; celui qui avait un Ours adorait le manitou-Ours. Il y avait aussi un manitou- Homme, qui était le maître de tous les Hommes, l’n missionnaire représentait à un Sauvage que, les choses étant ainsi, et puisque l’Homme était sur la terre le maître des animaux, qu’il asservit et qu’il tue pour les manger, le manitou -Homme du pays des Esprits devait être aussi le maître des manitous-Bètes du même pays; que, par conséquent, il serait plus convenable d’invoquer et d’adorer le manitou supérieur que de s’adresser à ses subalternes. Le Sauvage trouva ce raisonnement fort juste; mais il n’en persista pas moins dans ses pratiques, et continua de rendre ses devoirs au manitou-Bceuf qu'il avait adopté. Le P. Laffiteau nous apprend que les Iroquois croient aussi que chaque espèce d’animaux a son archétype dans le monde des fîmes, et que l’Ame de chaque bête s’en va, après la mort, habiter cet autre monde, tout comme les Ames des guerriers et celles des squaics. « Car, dit ce missionnaire, ils ne font pas l’Ame des Bêtes d’autre nature que celle de l’Homme, bien qu’ils donnent à celle-ci la supériorité. »
La haute considération que les Peaux-rouges accordent aux animaux et le culte qu’ils rendent à ceux qu’ils ont choisis pour manitous ne les empêche pas, comme on sait, d’être d’intrépides et impitoyables chasseurs, et les Bêtes les plus vénérables à leurs yeux ne sont pas pour cela à l’abri de leurs flèches ou de leurs balles. Il est vraiqu’après les avoir tuées ils leur en font mille excuses, leur adressent de beaux discours et célèbrent en leur honneur des fêtes funèbres.