CHAPITRE IX
au moins ( liez les Romains. En effet , le Geai , observé à gauche et la Corneille à droite passaient pour fournir des présages infaillibles. l’Aits sam/ualis (Orfraie) et les tiliæAves (espèce de Tourterelles) étaient tenus en grande estime par les Augures. Le Hiliou, l’Hirondelle, le Geai, le Pic étaient presque toujours défavorables. D’un autre côté, l’Oiseau de Jupiter, l’Aigle était généralement regardé comme un messager de bonheur. Il en était de même du Héron. La Corneille, dans les auspices pris pour le mariage, était considérée comme un sur présage de félicité conjugale.
« Quelquefois la simple apparition d’un Oiseau constituait à elle seule un présage dont la signification était connue de tout le monde. Ainsi, par exemple, chez les Athéniens, l’apparition d’une Chouette, Oiseau consacré à Minerve, protectrice de la cité , était un signe heureux ; de là le proverbe : D-aà; ôrra-at, la Chouette vole, c’està-dire nous avons bonne chance. D’autres Oiseaux, lorsqu’ils apparaissaient inopinément, principalement sur la route d’un voyageur (âvîîia cèxÇo/.a) avaient aussi une signification bonne ou mauvaise '. »
Les Oiseaux ne fournissaient pas seuls des présages : les quadrupèdes , les Reptiles avaient aussi leur part dans la manifestation anticipée des arrêts du Destin. A Athènes l’apparition d’une Belette suffisait pour faire rompre aussitôt l’assemblée du peuple. A Rome on croyait que les grandes calamités publiques étaient annoncées par les
1 B. Dupiney de Vorepierre, Dictionnaire français et Encyclopédie universelle art. Auspices et Divination.
PRÉSAGES
hurlements des Chiens et des Loups, par des Serpents pénétrant dans les temples , par l’agitation insolite des troupeaux.
Nous avons dit que les auspices étaient fournis par les animaux sacrés. Ces animaux étaient tout simplement des Oiseaux de basse-cour, tels que les fameuses Oies du Capitole, et surtout des Poulets. On les élevait dans l’enceinte des temples, et les Augures en emmenaient avec eux dans les expéditions militaires, non-seulement sur terre, mais sur mer; car on attachait aussi une grande importance aux signes qu’ils pouvaient donner, et qui résultaient de leur gaieté ou de leur tristesse, de leur silence ou de leurs cris, et surtout de leur plus ou moins d’appétit. Au lever ou au coucher du soleil , le putlarius ouvrait la cage des Poulets, et leur offrait des graines ou une certaine pâtée. S’ils sortaient avec empressement pour venir prendre leur nourriture, c’était un fort bon signe. C’en était un très-mauvais, au contraire, s'ils refusaient de manger, et les chefs prudents devaient dans ce cas s’abstenir de livrer bataille. Tous, à la vérité, ne tenaient pas également compte de ces pronostics , comme le montre l’exemple bien connu du consul Claudius Pulcher, qui , pendant la secohde guerre punique, commandait la (lotte romaine devant Drépane. Au moment où il allait engager le combat contre Adherbal, on vint lui dire que les Poulets sacrés ne voulaient pas manger. « Eh bien , qu’ils boivent! » s’écria-t-il. Et il les fit jeter à la mer. Il n’en fallut pas davantage pour démoraliser les soldats et les marins, qui n’étaient pas, comme leur chef, des esprits forts, et pour amener la défaite des Homains. Quatre-