‹ L'homme et la bêteChapitre 166 sur 232 · CHAPITRE lli · texte numérisé non relu

CHAPITRE lli

des milliers d’animaux. C’étaient là des plaisirs plus que royaux, auprès desquels tout ce qu’on voyait d’analogue dans les cours les plus fastueuses devait sembler pauvre et mesquin.

Ce n’est pas que les monarques de l’Orient n’aient eu de tout temps beaucoup de goût pour ces jeux sanglants. Ceux de Babylone , par exemple, entretenaient à cet effet des Chiens énormes, des Taureaux, des Tigres, des Panthères, et surtout des Lions, comme le montre l’aventure miraculeuse du prophète Daniel relatée dans la Bible. Ce récit prouve aussi (pic l'usage de livrer aux bêtes les individus convaincus ou suspects de quelque crime capital dut être emprunté par les Romains, ainsi que beaucoup d’autres, à ces mêmes Barbares pour lesquels ils affectaient un mépris si hautain. Les despotes asiatiques employaient volontiers comme exécuteurs de leurs hautes œuvres des Lions, des Panthères, des Tigres. 11 n’était même pas rare que ces animaux fussent élevés à la dignité de juges. On faisait comparaître l’accusé, — sans armes, ou avec un simulacre d’arme, tel qu’un poignard à pointe émoussée, — devant un tribunal compose d’une demi-douzaine de Lions ou do Tigres. S’il était coupable, ces magistrats intègres mais affamés le condamnaient et le dévoraient séance tenante. S'ils n’avaient pas faim ou que l’inculpé ne leur parût pas assez appétissant, ils le laissaient sain et sauf et, ce fait étant regardé cQinme une preuve ou une présomption en faveur de son innocence, il était généralement mis en liberté. Je dois ajouter toutefois que le jugement n’était sans appel qu’en cas de condamnation ; car il n’était pas très-rare que ,

Page 1