CHAPITRE II
après, les édiles P. Lentulus et P. Scipio N'asica donnèrent des jeux où l’on vit 63 Léopards ou Panthères d’Afrique, 40 Ours et plusieurs Éléphants. Fenestella rapporte que le premier combat d’Eléphants qui ait eu lieu à Rome dans le cirque fut donné pendant l’édilité curule de Claudius Pulcher, sous le consulat de M. Antonius et d’Aulus Posthumius, l’an de Rome Goo, et que vingt ans plus tard les deux frères Lucullus, édiles, firent combattre des Éléphants contre des Taureaux.
Sylla le premier exposa cent Lions libres de tout lien. Jusqu’à lui on avait la précautiou de leur mettre des entraves : alligati dabanlur, dit Sénèque. En 693 de Rome, DomitiusAhenobarbusIit tuer cent Ours par des chasseurs Nègres, et trois ans après Scaurus lit don au peuple de 150 Léopards. Ce fut à ce même Scaurus qu’on dut de voir pour la première fois à Rome un Hippopotame, en compagnie de cent Crocodiles. Mais Pompée eut l’honneur de faire paraître le premier Rhinocéros d’Afrique et le premier Lynx des Gaules. Ce célèbre personnage surpassa du reste en prodigalité tous ses prédécesseurs. Grâce à lui, le peuple romain vit périr dans l’arène jusqu’à 600 Lions et 410 Panthères, plus une vingtaine d’Éléphants. Pline raconte la fin vraiment tragique de ces derniers, que l’on fit attaquer par des Gétules armés de javelots. « Un d’entre eux, dit le naturaliste latin, excita surtout l'étonnement. Les pieds percés de traits, il s'avança en se traînant sur les genoux contre ses ennemis, arrachant les boucliers et les lançant en l’air. Ces boucliers retombaient en tournoyant, au grand amusement des spectateurs, comme si c’eût été un tour d’a-
LES ANIMAUX DANS LE CIRQUE. 38ô
dresse, et non un effet de la fureur de l’animal, lin autre fait extraordinaire, c’est qu’un Éléphant fut tué d'un seul coup, le trait ayant frappé au-dessous de l’œil et atteint dans la tète les organes vitaux. Tous ces animaux ensemble essayèrent de s’échapper, non sans jeter beaucoup de désordre parmi le peuple, qui se pressait
Les Éléphants de Pompée.
contre les grilles de fer... Ayant perdu tout espoir de fuir, ils implorèrent la pitié du peuple par des attitudes qu'on ne peut décrire ( inenarrabili habitu ) , et en se lamentant, pour ainsi dire, sur leur destinée. Et les spectateurs en furent si émus qu’oubliant le général qui dé-
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CHAPITRK II.
ployait en leur honneur tant de magnificence, ils se levèrent tous, versant des larmes et prononçant contre Pompée des imprécations qui devaient bientôt lui porter malheur. »
César à son tour, vainqueur de Pompée, célébra la fin de la guerre civile par des jeux, où parurent 400 Lions, tO Éléphants et une Girafe, animal jusqu’alors inconnu des Romains. Une inscription retrouvée à Ancyrc atteste qu’Octave Auguste donna pendant son principat vingtsix chasses, où périrent 3,500, animaux, parmi lesquels on compta 000 Panthères, un Rhinocéros, un Hippopotame, un Serpent long de cinquante coudées, et 36 Crocodiles, pour lesquels on avait creusé dans le cirque un vaste bassin.
Germanicus, lors de son premier consulat, l’an de Rome 765, donna une chasse de 200 Lions. Caligula fit tuer, à son retour des Gaules, 500 Ours et 500 Léopards ou Panthères. Claude exposa dans l’arène 300 Ours et 300 Panthères; Néron, 300 Lions et iOOOurs, qui furent massacrés à coups de piques par scs propres gardes. Titus, pour l’inauguration de son amphithéâtre, sacrifia 500 animaux féroces et 400 bêles non carnassières. Dans les fêtes célébrées en l’honneur des victoires de Trajan sur les Dates, et qui durèrent 1 23 jours, on égorgea près de 1 1 ,000 animaux de toutes espèces. Sous Héliogabale, au dire de Lampride, on vit courir à la fois dans l’arène 000 Autruches. Le même prince, à l’occasion de son mariage avecCornelia Paula, fit tuer cinquante et un Tigres. Gordien l’Ancien donna, pour son édilité, des jeux où l’on tua 1,000 Ours en un seul jour, puis, successivement,
100 Panthères, 300 Autruches, 100 Taureaux sauvages, 150 Sangliers et une multitude de Cerfs, de Daims et d’autres bêtes. J’ai déjà parlé du divertissement extraordinaire offert au peuple par l’empereur Probus. Sous les successeurs de ce prince, les combats d’animaux, ainsi que les combats de gladiateurs, tombèrent peu à peu en désuétude , surtout à partir du moment où ltome cessa d’être la résidence des empereurs. « Néanmoins, dit M. lo colonel Armandi, de semblables spectacles furent encore donnés au peuple du temps d’Honorius; et plus tard, en 510 et 523 de J.C., Théodoric, voulant égaler en magnificence les anciens empereurs, auxquels il prétendait succéder, fit venir de l’Afrique des bêtes féroces, et les fit combattre dans l’amphithéâtre. A peu près vers la mémo époque, Justinien donna aussi à Constantinople des fêtes brillantes, où l’on vit combattre 20 Lions et 30 Tigres ou Panthères. Il offrit une autre fois en spectacle jusqu’à 100 Lions et beaucoup d’autres animaux féroces ' . »
1 Ouvrage cité : Appendice I.
Les combats d'animaux en Orient. — Les criminels livres aux bêtes. — Les carnassiers , juges et exécuteurs. — La démence du souverain. — Caprices de Tigres et de rois. — Les Tigres justiciers. — Divertissements des rois de Perse et d'Alexandre le Grand. — Combats d’animaux dans l'Hindoustaii et à Java. — Décadence de ces spectacles en Occident et dans les temps modernes.
L’ancienne Rotne offre l’exemple, heureusement unique, d’un peuple de quelques centaines de mille hommes, devenu, par la supériorité de son génie militaire et politique, le maître absolu d'une partio de la terre, et s’appropriant selon sa convenance tout ce qui dans les pays soumis à sa domination pouvait servir ses desseins ambitieux, satisfaire ses besoins et contenter ses caprices. Le nom de peuple-roi, si souvent appliqué aux Romains, n’est donc pas une métaphore : c’est l’expression exacte d’une vérité historique incontestable. Durant plus de trois siècles, les Romains formèrent réellement une sorte d’oligarchie qui gouvernait despotiquement et exploitait à sa guise, en Europe, en Asie, en Afrique, cent nations diverses et d’immenses contrées. On conçoit qu’investis de cette puissance exorbitante, et disposant ainsi des productions du monde accessible et connu , ils aient pu se donner ces prodigieux spectacles où combattaient et mouraient des milliers d’hommes et