‹ L'homme et la bêteChapitre 168 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

raient été sans doute moins bien disposés; mais ils n’osèrent attaquer le condamné dans la position respectable où le hasard l’avait placé. Celui-ci se serait peut-être tiré sain et sauf d’un si mauvais pas, si le prince, qui n’était pas ce jour-là en veine de clémence, ne l’eût fait tuer par ses gardes.

En 1812, à Yugyukerta, deux hommes furent mis, par ordre du sultan, en présence d’un Tigre. On avait donné à chacun, pour tout moyen de défense, un poignard à pointe mousse. L’un d’eux fut vite égorgé; l’autre, après un combat qui ne dura pas moins de deux heures, parvint à tuer son ennemi. Non-seulement il obtint sa grâce, mais il fut comblé d’honneurs et de présents par son souverain. Ces sortes de duels judiciaires entre des hommes et des bêtes féroces sont aujourd’hui abolis ou tombés en désuétude ; mais dans certaines parties de l’Inde et de PIndo-Chine on considère encore le Tigre comme un agent exterminateur chargé par la divinité de punir les coupables. Aussi lorsqu’un homme est dévoré par un de ces carnassiers, on en conclut qu’il Pavait mérité, et l’on ne songe même pas à le plaindre. Cette superstition, qui attribue au Tigre une mission providentielle et en fait un objet de vénération pour les honnêtes gens, contribue certainement à favoriser la multiplication de cette dangereuse espèce.

Les anciens rois de Perse et les autres princes orientaux n’employaient cependant pas exclusivement les bêtes féroces à l’exécution des criminels; ils les entretenaient surtout pour leur plaisir, c’est-à-dire pour les faire combattre soit entre eux, soit contre d’autres ani-

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