CHAPITRE Mil
a\ec le Lion Cubuury, et dans la scène du combat, il se tenait en dehors de la cage. Je ne sais comment a fini Martin , — si tant est qu’il ne vive plus. Les feuilles publiques l’avaient tué si souvent sans qu’il s’en portât plus mal , qu’on avait fini par ne plus croire qu’il pût lui arriver malheur.
J’ai vu depuis, à Paris, une autre ménagerie fort belle, dont le propriétaire se faisait appeler Muguet de Massilia, — id est de Marseille. Muguet s’était attaché un dompteur nommé Charles, dont les exercices me parurent plus effrayants qu'intéressants. Ce Charles était peu mal-
LES DOMPTEURS D'ANIMAUX
trc de ses animaux, et s’appliquait à les étonner, aies déconcerter par des façons brusques, par des entrées et des sorties soudaines. On ne se sentait pas à l’aise. Il y avait surtout un grand Tigre dont les rugissements vous donnaient froid dans les os. J’ignore aussi ce qu’est devenu Charles. D’autres dompteurs encore ont occupé l’attention publique : Carter, Van Amburg, Crockett, Batty et enfin Lucas, qui fut déchiré par ses Lions, pendant une représentation qu’il donnait à rilippodrome de Paris 1 en 1 809, et mourut peu de jours après, îles suites de ses horribles blessures. O^Iques semaines plus tard, les journaux racontaient qu’à Londres un jeune homme, nommé Alfred Norwood, faisant exécuter « quelques évolutions » aux animaux de MM. Bastock et Wombell, avait été terrassé et grièvement blessé par un Léopard.
Ces exemples, et bien d’autres non moins tragiques, ne sont certes pas de nature à encourager les dompteurs de l’avenir. Peut-être serviront-ils du moins à les ramener au sentiment de leur dignité , en même temps qu’au soin de leur conservation. Entrer en costume de saltimbanque dans une cage où sont réunis des Lions , des Ours, des Panthères, qu’on fouaille, qu’on nargue, qu’on irrite de toutes façons pour faire parade d’une assurance que le premier coup de dent et de griffe, — trop bien mérité, hélas! — réduit bientôt à sa juste valeur, c’est, en vérité, le plus misérable des métiers. Assez de ces exercices, de ces tours de force à sensation qui se terminent par des
1 Détruit la même année, au mois de septembre, par un incendie.