CHAPITRE VIII
nier s’est arrêté en chemin? Le fait est qu’il avait entrepris là une tâche devant laquelle bien d'autres eussent reculé dès le début , et que, pour mon compte, je ne me charge pas de reprendre. Non qu’on ne puisse donner de bonnes raisons en faveur du projet dont nous parlons. M. V. Meunier en a développé quelques-unes, et il en eût trouvé bien d’autres encore. Mais les arguments contraires ne manqueraient pas non plus à qui voudrait le réfuter. J’y ai réfléchi de mon côté, sans parti pris, sans préjugé, je puis le dire , et je reste fort perplexe. La question est grosse et suppose la solution préalable d’autres questions très-graves aussi , sur lesquelles nous ne sommes pas suflisamment éclairés.
Et d’abord, connaissons-nous seulement ces animaux singuliers, que les Malais et les Nègres, leurs compatriotes, considèrent presque comme leurs semblables, et que des naturalistes très-sérieux nous donnent pour cousins à un degré plus ou moins éloigné? Leur organisation physiologique et leur anatomie ont été seules étudiées. Mais sur leurs mœurs , sur leur caractère vrai, sur l’étendue de leurs facultés mentales, sur ce qui importe le plus au point de vue des rapports à établir entre eux et nous, que sait-on? Presque rien, et l’on ne fait guère ce qu’il faudrait pour l’apprendre. Les voyageurs-naturalistes qui s’aventurent dans les forêts de l’Afrique occidentale et des lies de la Sonde, n’y cherchent les Gorilles, les Chimpanzés, les Orangs et les Gibbons que pour leur tirer des coups de fusil, et ne rapportent guère de leurs expéditions que des cadavres. Tous cependant s’accordent à présenter ces Hommes des bois comme très-inoffensifs. Seul le Gorille se
DOMESTICATION DES GRANDS SINGES
montre d’une humeur querelleuse et agressive, et fait un mauvais partiaux gens qui viennent le déranger chez lui.
Cet animal est très- méchant :
l>uan<l un l'attaque, il se détend.
Sa férocité et sa force prodigieuse rendent, dit-on, pres-
Aflcoa
U Gorille.
que impossible la capture des individus adultes. Les jeunes dont on parvient à s’emparer après avoir tué le père et la mère se résignent avec peine à demeurer captifs des meurtriers de leurs parents, et la plupart de ceux qu’on a voulu ramener en Europe sont morts pendant la traversée.