TATOUAGES
ânes: l'homme d'autrefois étalait ses litres à tous les veux sur son visage ou sur son corps. D'ailleurs, en pareille matière, la distinction recherchée comportait le plus souvent un enlaidissement de la personne : de même que par forfanterie le civilisé pose pour le vice ou le crime, de même le sauvage tire vanité de ses mains auxquelles manquent des phalanges, de ses mâchoires brèche-dents, de ses lèvres distendues par de larges rondelles, ou des cicatrices de son front. Souvent aussi l'homme qui se défigure ou se mutile peut avoir des raisons autres que la vanité ou l'identification de sa personne :
le deuillant sacrifie volontiers une partie de son corps à l'ami ou au parent qu'il a perdu, soit afin de le suivre dans l'inconnu, au moins par un fragment de son être qui ait vécu, soit pour se concilier l'esprit du mort revenant vers son foyer.
Plusieurs causes s'entremêlent conduisant au même but. C'est ainsi que les amulettes, destinées à protéger ceux qui les portent contre tout sortilège, sont en même temps des bijoux: le collier de corail que l'élégante mondaine dispose autour de son cou la défend certainement contre les esprits mauvais, mais il fait en outre valoir la blancheur de son teint et l'opulence de ses épaules.
Le tatouage, très grossier dans sa forme rudimen taire, tel qu'on le pratique encore chez maintes peuplades, est devenu un des arts le plus raffinés, mais seulement dans les contrées dont les populations peuvent, tout en progressant par .l'intelligence et l'industrie, échapper à la tyrannie du vêtement. L'Eskimau n'est point tatoué parce qu'il est complètement couvert de fourrures.
Cliché du Globus.
HOMME TATOUÉ DE MOGEMOK (ILE MACKEXSIE, CAROLIJJES)
(Dos)
Des traits, des lignes ou même simplement des points, puis des ronds et des croix, telles sont d'ordinaire les seules marques indélébiles introduites dans la peau par les artistes tatoueurs. Des fleurettes gravées sur le front, la joue, le menton, le bras ou le sein des jeunes filles sont de gracieux ornements qui témoignent souvent d'un art véritable. Après avoir surmonté la première impression d'étrange té, on ne peut s'empêcher r\ d'admirer aussi des ensembles de dessins, r*^; -^- \ grecques, losanges, entrecroisements de cercles et de triangles, s'harmonisant d'une façon merveilleuse avec la stature des individus, hommes et femmes, de certaines peuplades africaines, dans la partie occidentale du continent. Le triomphe du tatouage est celui que nous présentent, en un style bien distinct mais au moins aussi intéressant, les insulaires de plusieurs archipels polynésiens et les Japonais. On se demande pourquoi le tatouage est arrivé à sa perfection artistique en ces îles océaniques, pour la plupart de faible étendue et, par conséquent, privées d'une population dense où pussent naître spontanément de véritables écoles.
Tout d'abord, on reconnaît que l'ancienne zone d'extension de cet art comprenait seulement les parages tropicaux de la Polynésie où les arbres à fruits, les plantes alimentaires et les poissons fournissent une nourriture très abondante et où l'artiste jouissait, par conséquent, de longues heures journalières pour la continuation de son travail : le loisir clans une belle et féconde nature, qui donnait à l'homme la force, l'adresse et la beauté, laissait à l'ingénieux travailleur, libéré du travail force pour l'existence, le temps nécessaire pour entreprendre sur le patient, également sans souci du lendemain, une œuvre destinée à durer pendant des années, souvent même pendant toute la période de la jeunesse. La longue et pénible opération pouvait mettre quelquefois la vie en danger, mais en mainte terre océanique, on n'était homme, on
Cliché du Globus.
TATOUAGE DE FEMME MOGEMOK ( CAEOLINES )