ROUTES DE BACTRES A KABUL
des centres de civilisation dut permettre à la culture de pénétrer et de
N° 63. Col de Bamian.
D'après les cartes de L'-Armée des Indes.
TsoKil.
Il est à peine besoin de faire remarquer les divergences que présentent les cartes n° 62 et n° 63,
établies d'après des documents différents.
se développer sous une forme originale. L'histoire ancienne de ce pays est encore à étudier.
Dans les régions méridionales qui s'étendent au sud de la dépres- I 21
402 l'homme et la terre. — iranie
sion où coule le fleuve Helmend et où dorment les lacs salés du Seïstan, d'autres régions montueuses sont également habitées par des tribus sédentaires, que protègent, comme les murs d'une citadelle, les âpres rochers de leur enceinte. Mais là s'arrête la ressemblance des milieux. D'abord ces massifs sont notablement moins élevés en moyenne que les monts détachés du formidable rempart de l'Hindu-kuch et, par suite de leur orientation, offrent beaucoup moins de retraites favorables. Puis, situés sous un climat différent, très sec, aux pluies irrégulières et rarement suffisantes, ces monts ne laissent pas germer de végétation assez abondante pour que les habitants de la contrée puissent compter sur des récoltes annuelles et souvent le manque de ressources les force à l'immigration partielle ou collective, pacifique ou guerrière. D'autre part, l'attaque de leurs réduits est facilitée par l'existence de nombreuses plaines intermédiaires se ramifiant en larges allées à travers tout le territoire de l'ancien Kadru, « le pays des Bruns », ainsi nommé de la couleur de ses habitants, les Brahni, les « Ethiopiens » d'Hérodote \ Les Grecs ont changé le nom de Kadru en celui de Gédrosie : c'est le Balutchistan actuel.
Naturellement les riverains de la mer des Indes et du golfe Persique devaient chercher à établir un trafic régulier et des communications fréquentes le long du littoral. Cette voie, l'histoire nous le dit, fut en eil'et pratiquée, non seulement par de faibles caravanes, mais aussi par des armées : toutefois le manque d'eau dans les ouadi de la côte, le petit nombre des habitants, les dangers de la soif et de la faim ont souvent éloigné les marchands et les guerriers de cette route naturelle qui d'ailleurs ne présente pas d'obstacles matériels ; ce ne sont pas les rochers, mais les sables arides qui ont fait de la Gédrosie une région de souffrance et d'effroi pour les voyageurs. Les incursions de pillards, apparaissant soudain comme des volées de corbeaux, sont également à craindre en ce pays brûlé.
De tout temps la route maritime, des ports voisins de l'Indus à ceux du golfe Persique, fut plus fréquentée que la route de terre et les quelques villes qui se montrent de distance en distance sur la côte doivent surtout aux visites des navires de cabotage leur importance relative et leur population.
1. Hermann Brunnhofer, Urgeschichte der Aryer in Vorder-ujid Central- Asien, Erster Band, p. 109.
ARACHOSIE, DRANGIANE, GEDROSIE
L'étude des éléments ethniques réunis entre les Pamir et la Potamie montre dès l'origine de l'histoire trois races juxtaposées : Sémites, Aryens et — ardente controverse linguistique 1 • — « Touraniens ». Les premiers s'arrêtaient au pied du Zagros, les deux derniers se disputaient la possession du plateau sans qu'on puisse dire qui en avaient
N° 64. Seïstan ou Drangiane.
D'après les cartes de HArmée des Indes,
i : s ooo ooo
500Kil.
La forme et l'étendue des lacs salés où aboutissent l'Helmend et les autres rivières du Seïstan sont soumises à des variations continuelles.
été les premiers occupants. Les « Touraniens anciens » dont il s'agit ici, et dont la parenté avec les Touraniens Altaïens (Tartares, Mongols, Turcs, Hongrois, Finnois) n'est que matière à conjectures, étaient probablement entrés dans le pays par l'angle sud-oriental de la
1. Question sumérienne, J. d'Oppert, J. de Morgan, Hommel, etc. — Halévy, Guyard, etc.
4G4 l'homme et la terre. — iranie
Caspienne, puis, escaladant le plateau d'Iran, ils avaient envahi l'Atropatène, région de l'ancienne Médie. Plus au sud, ils occupaient aussi une grande partie des vallées de la haute Susiane. Enfin, les Akkad ou « montagnards », de même origine, étaient descendus dans les plaines de la Mésopotamie, où ils se rencontrèrent avec des populations de toute provenance, venues peut-être du sud et du sud-ouest et composées principalement de Sémites plus ou moins modifiés par d'autres éléments.
Sur les hautes terres de l'Iranie, les rivaux et combattants appartenaient en très grande majorité aux deux races aryenne et touranienne qui déjà cherchaient l'équilibre dans le groupement de leurs nations respectives ; le sud et l'est du plateau, de l'Arachosie à la province de Perse (Perside), étaient occupés par des populations aryennes, leur prépondérance diminuant dans la direction du nord-est. Un célèbre passage d'Hérodote (I, 101) énumère les six tribus (genea) des Mèdes, et de l'interprétation de leurs noms qu'ont tentée Oppert et Lenormant, il semble résulter que deux tribus, l'une spécialement désignée comme la « race des Aryens » et l'autre comme celle des Mages ou des « Meilleurs », étaient de même origine que le peuple perse ; mais les quatre autres divisions ethniques constituaient peut-être le fond « touranien » de la population rurale, partagée en deux groupes, agriculteurs sédentaires et pasteurs nomades 1 . Il y a vingt-six siècles, la région des hautes terres, comprise entre le versant de l'Araxe et le plateau d'Iran, était encore habitée par des populations non mélangées d'Aryens. On peut donc jusqu'à un certain point symboliser l'antagonisme des Touraniens et des Aryens qui habitaient le plateau d'entre Caspienne et mer d'Oman par la lutte séculaire entre ces deux fractions d'une même famille, Mèdes et Perses.
Dans la version médique des inscriptions gravées par ordre des souverains akhéménides, tous les mots du langage politique et administratif sont directement empruntés à l'idiome aryen des classes supérieures, c'est-à-dire au perse (qu'il ne faut pas confondre avec le persan d'aujourd'hui, imprégné d'arabe depuis la conquête mahométane); mais la masse du peuple asservi, au nord-ouest du plateau d'Iran, continua longtemps de parler la langue non aryenne, et les rois de Perse eurent
1. Fr. Lenormant, Les premières Civilisations, tome II, p. 489 et suiv.
POPULATIONS D IRANIE
à l'adopter comme l'un des langages officiels de l'empire. Dans les textes trilingues que nous voyons encore sur les parois des rochers, la
N° 65. Populations de l'Iranie.
lOooKi