FOSSILES DES CAVERNES
dentition qui ressemblait beaucoup à celle des grands anthropoïdes 4 .
Grâce à ces débris et à d'autres qui avaient été trouvés précédemment, les savants spécialistes ont cru pouvoir diviser les hommes de l'époque paléolithique en plusieurs races, dont la plus ancienne, dite de Neandertal-Spy, d'après deux lieux de trouvailles des fossiles humains, se distingue par la saillie considérable des arcades sourcilières, véritables auvents de l'œil, et par l'aplatissement du crâne, indiquant une grande ressemblance avec les grands singes : d'après SchAvalbe, on devrait considérer ce type plutôt comme une formation intermédiaire entre l'homme et le pithécanthrope que comme un parent direct de l'homme actuel : dans l'arbre généalogique des espèces supérieures, cette race constituerait une branche spéciale.
Wilser propose aussi de classifier une nouvelle race, celle de Voïsek, d'après un squelette fossile de Livonie, trouvé en 1902, qui dépasse tous les autres types humains en dolichoeéphalie (0,67).
Quant à l'homme de Gro-Magnon, qui vivait à l'époque magdalénienne, dans les cavernes du Périgord et du Limousin, c'était vraiment un homme, de haute taille, de front haut, de crâne noblement arrondi, et tout à fait remarquable par ses qualités artistiques : on a pu même se demander si la race de Cro-Magnon, qui d'ailleurs paraît avoir été violente et barbare, prompte à donner et à recevoir la mort, n'avait
(Muséum d'Histoire naturelle : Anthropologie.) CRANE DE L'HOMME DE CKO-MAGNON (Face) Epoque magdalénienne.
1. Albert Heim, Gorjanovic-Kramberger, Klaatsch, Moriz Hœrnes, etc.
pas atteint à certains égards un degré de culture culminant : au point de vue de l'art, toutes les générations suivantes, pendant les âges néolithiques, représentent une période de grand recul.
Les auteurs qui s'occupent des hypothèses relatives à ces races préhistoriques cherchent à deviner les conditions de provenance et de milieu dans lesquelles se trouvaient les diverses peuplades dont ils ont découvert les campements, mais la part des opinions personnelles est trop grande dans les théories diverses pour qu'on puisse se risquer à des affirmations précises en matière aussi incertaine; en tout cas, rien ne prouve qu'il y ait eu progrès continu chez l'homme, au point de vue des dimensions du cerveau et de la forme du crâne. Il est probable même qu'il en fut autrement.
Malgré l'opinion commune, la conlenance du crâne ne se serait point accrue depuis les temps paléolithiques. La plupart des crânes fossiles l'emportent en capacité sur la moyenne des crânes actuels. Certains ont cherché la raison de ce fait dans une lutte pour l'existence plus âpre, plus variée, demandant des efforts plus constants, plus de présence d'esprit, d'ingéniosité et d'invention 1 ; avouons plutôt notre profonde ignorance. L'histoire de l'humanité comporte une évolution continue avec alternatives de gains et de pertes en force, en adresse, en acuité des sens, en vigueur intellectuelle, et, dans cette fermentation des sociétés, les progrès de l'ensemble peuvent coïncider avec une moindre valeur des individus.
On a risqué déjà quelques mesures du temps qui permettent d'obtenir de premiers points d'appui pour l'histoire de l'Homme sous nos climats tempérés de l'hémisphère septentrional. Les calculs approximatifs faits sur le dépôt des alluvions dans le lac des Quatre-Cantons et dans celui de Thun ont donné seize mille années au géologue Heim et quinze mille à Brûckner et à Beck comme la période probable écoulée depuis le dernier retrait des glaces helvétiques s .
Aux Etats-Unis, les restes d'un dépôt glaciaire, terminé par une moraine frontale, se poursuivent comme un rempart, de Long- Island aux bords de l'Ohio et du lac Michigan, puis, à l'ouest, jusqu'à
1. Vacher de Lapon ge, Les Sélections sociales, p. 113-119. — 2. Albert Heim, Ueber dos absolute Aller der Eiszeit, Vierteljahrsschrift der Gesellschaft in Zurich, xxxrx,