‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 1Chapitre 242 sur 338 · CIVILISATION DES PERSES · texte numérisé non relu

CIVILISATION DES PERSES

la nuit ; mais dès que le soleil arrondit au-dessus de l'horizon sa courbe étinceiante, la nature frissonne d'amour, les fleurs s'entrouvrent, les oiseaux chantent, les

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hommes , heureux du réveil, se mettent au travail avec joie.

Puis quand l'astre, ayant parcouru sa carrière, s'est couché rouge et somptueux en son lit de nuées, que le large disque a plongé dans l'Océan, tous vont au repos, et le sommeil engourdit les êtres, les préparant au renouveau du lendemain. La force du soleil passe dans le feu, reflet terrestre, étincelle du sublime foyer ; elle pénètre la sève des arbres, le sang des animaux et des hommes, elle s'infuse dans nos muscles et nos cerveaux. Que le soleil cesse de briller et, sur la terre, tout dispa-

rait en même temps. (Vo,r p 442)

Que la chaleur diminue par suite d'un voyage excentrique vers l'infini, nous entrons dans « le grand hiver » 1 , et notre civilisation si vantée redevient barbare; les glaciers qui avaient reculé vers le pôle repren-

D'après un bas-relief de Persepolis ROI ACCOMPAGNÉ DE SES SERVITEURS Groupe 'surmonté du ferouer

James Croll, Climate and Time.

420 l'homme et la terre. — IRANIE

nent leur cours pour redescendre du cercle glacial et raboter de nouveau les campagnes et toutes les œuvres de l'homme.

Il est donc plausible que, de toutes les racines desquelles s'éleva le grand arbre de la religion mazdéenne, la plus ancienne fut le culte du Soleil et de son représentant sur la Terre, la Flammé éblouissante qui brûle et purifie. Cette religion première, dont l'évolution générale de l'humanité a partiellement effacé les traces, gardait dans Tiranisme des caractères si vivants et si précis que les peuples se trouvaient encore à son égard dans leur état d'émotion primitive.

Il est vrai que, de tout temps, l'animal et l'homme avaient connu le feu, soit dans les cratère des volcans, soit dans les arbres allumés par la foudre, soit encore dans le choc des éclats du silex, ou dans les branches d'essences différentes qui s'allument par la friction; mais combien prodigieuse fut la conquête qui enseigna l'art de conserver la braise ou la flamme, et, mieux encore, de les produire à volonté! En comparaison de cette découverte première, toutes les inventions dont nous tirons un si grand orgueil ne sont que peu de chose, de simples transmutations de la force initiale qui nous fut donnée quand un homme vit une étincelle due à son génie briller sous son regard : toutes les industries existaient désormais en germe. La plus noble figure de l'histoire mythique et de l'histoire réelle était née, celle de Prométhée, « le ravisseur du Feu ».

On comprend que les pratiques premières de la création du feu aient été considérées comme saintes et que les chefs de famille se soient longtemps fait un devoir de produire le feu, suivant le mode antique, par le frottement d'une tigelle pointue de bois dur tournant dans une baguette trouée de bois mou. Le feu domestique resta, pendant des milliers d'années, entouré de tous les signes extérieurs d'une vénération profonde; et, chose curieuse, les mêmes cérémonies se retrouvent identiques .chez les panthéistes et polythéistes aryens de l'Inde, chez les dualistes iraniens et les fétichistes de l'Afrique et du Nouveau Monde, preuve que le culte du Feu avait précédé chez les uns et les autres les évolutions religieuses et le dogme proprement dit.

Ce culte primitif, répondant à une conquête d'importance majeure, réalisable partout et presqu' in dépendante des conditions géographiques, fut, de toutes les religions, celle qui put se passer le plus longtemps du cérémonial sacerdotal : la conservation du feu était l'office naturel

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