‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 1Chapitre 41 sur 338 · KL I · texte numérisé non relu

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muns. D'abord, la rareté de l'air leur impose des phénomènes de respiration analogues : en effet, l'homme qui vil à plus de a ooo ou 3ooo

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mètres au-dessus de la mer ne reçoit pas, dans une même aspiration r la même quantité d'oxygène que dans les régions basses, et cette insuffisance de gaz vivifiant l'expose, durant l'ascension, à ce « mal des montagnes » qui provient de la non-élimination des principesvénéneux restés dans l'organisme.

Par suite d' « anémie barométrique » \ les visiteurs des hauts plaeaux sont donc exposés à des maladies particulières, différentes de celles qui régnent dans les basses plaines. Mais l'être humain peut réussir à s'acclimater, grâce à une modification physiologique : les globules rouges, dont on compte environ 5 millions par millimètre cube de sang chez les hommes qui vivent dans les campagnes du littoral marin, s'élèvent à 8 millions et même au delà chez ceux qui résident à 4 ooo mètres d'altitude. Non seulement la succession desfamilles, mais l'individu lui-même peut s'accommoder assez rapidement, par l'accroissement des globules sanguins, à l'existence dan& l'air raréfié des hauteurs*.

Le résultat de ces changements a permis aux montagnards de se distinguer uniformément des gens de la plaine par les dimensions de la cage thoracique. Les Quichua, les Aymara, aussi bien que les Tibétains, étonnent par la structure massive du tronc, auquel se rattachent des membres que les ger.s de la plaine trouvent de forme disgracieuse. Même les descendants purs des Espagnols qui se sont établis, il y a trois ou quatre siècles, sur les plateaux de la Colombie et du Mexique diffèrent singulièrement de leurs frères de race castillane par les dimensions du buste.

Nous tous, voyageurs, qui visitons les montagnes pendant la belle saison, et qui nous plaisons à respirer la bonne senteur de& herbes, à cueillir les fleurs éclatantes des alpages, à cheminer au bord des gaves sous les branches des aunes, nous ne cherchons point, d'ordinaire, à nous imaginer ce que fut la vie des montagnards primitifs, ce qu'est celle de leurs descendants enfermés dans ces hauts réduits, si pittoresques et avenants en été.

Des routes sinueuses, tracées en encorbellement au-dessus des pré-

1. Tyndall ; Bert ; Jourdanet, Du Mexique au point de vue de son influence sur la vie de l'Homme. — 2. Freshfield ; Whymper ; Tyndall ; — Viault, Société de Géographiecommerciale de Bordeaux, Séance du 4 mars 1895.

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cipiccs, même des chemins de fer traversant les promontoires en galeries sous-rochenses nous mènent dans ces petits univers, jadis fermés, où. fatigués de la vie. surmenés de corps et d'esprit, nous venons reprendre notre équilibre physique, intellectuel et moral. Sur ces hauteurs, tout nous semble beau, mais les naturels savent combien dure est l'existence dans ces étroits domaines. De même que les régions polaires, mainte vallée des Alpes est privée de soleil pendant une partie de l'année, et le jour d'hiver ne donne pas un rayonnement direct, une lumière franche : ce n'est plutôt qu'un amoindrissement de l'obscurité nocturne. De loin, par delà les hautes crêtes, s'épand le reflet de l'astre aimé. A midi, les gens de la vallée suivent des yeux avec anxiété la lueur d'aurore qui. là-haut, rase le profil de la montagne, puis s'affaiblit et s'éteint peu à peu, laissant une morne pénombre sur les formes cadavériques des bas-fonds. Dans les hautes vallées des monts, aussi bien que dans les archipels de l'océan Glacial. « l'obscurité est plus difficile à supporter que le froid ».

Quelle joie pour ces gens de l'ombre quand l'astre, au printemps, montre son limbe supérieur, puis son disque entier, apparaissant comme un dieu, et certainement adoré comme tel ! Dans le Val Godcmar, les habitants du village des Andrieux se rassemblaient naguère à la fin de l'été, sur le pont de leur torrent, puis, au moment où, après io'J! jours de disparition — du i er novembre au 10 février — le soleil montrait de nouveau son disque d'or, ils lui offraient une omelette ronde, comme pour imiter de leur mieux, par cette effigie grossière, la forme et la couleur de la divinité, et se la rendre ainsi favorable pour tous les pauvres produits de leur sol infécond \

Au manque de lumière correspond le manque de salubrité : l'homme se développe mal à la base des pentes toujours ombreuses et suintantes; ses. jointures se nouent: il devient rachitique. souvent goitreux; il peut même descendre jusqu'au crétinisme. Les pays de montagnes sont toujours ceux où l'on montre le plus d'infirmes de toute espèce : scrofuleux. boiteux, aveugles et sourds. Tel village des Alpes portait jadis, et très justement, le nom de « Yillard-Goitreux » : les chiens, les poules même, cheminaient, alourdis par de longues chairs traînantes. L'étal hygiénique de la population a complètement

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