IMITATION, AIDE MUTUELLE
fois n'ont-ils pas poussé le cri de guerre contre les faibles : « Malheur aux vaincus » !
Sans doute le monde présente à l'infini des scènes de lutte et de carnage parmi tous les êtres qui vivent sur le globe,- depuis les graines en conflit pour la conquête d'une motte de terre et les œufs de pois-
N° 19. Passages d'oiseaux.
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La configuration des continents est le facteur prédominant dans les itinéraires des oiseaux migrateurs. Certaines espèces suivent, chacune avec ses préférences, les voies pélasgiques (numérotées de 1 à 8, en traits pleins) et restent en vue des côtes ; d'autres oiseaux volent autant que possible au-dessus des terres, à peu de distance du littoral, puis pénètrent dans l'intérieur le long des fleuves (itinéraires en pointillé).
sons se disputant la mer, jusqu'aux armées en bataille s'exterminant avec fureur par l'acier, les balles et les obus. Mais les tableaux opposés sont encore plus nombreux puisque la vie l'emporte, et que sans l'entr'aide la vie même serait impossible. Puisque les plantes, les animaux, les hommes ont réussi à se développer en tribus, en peuples immenses, et que parmi eux un grand nombre d'individus ont parcouru leur espace normal de vie durant des jours, des mois ou des années, c'est que les éléments d'accord l'ont emporté sur les éléments de lutte. Ce simple « bon jour » ou « bon matin », que dans tous les pays du
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monde on échange sous les formes les plus diverses, indique un certain accord entre les hommes, provenant d'un sentiment au moins rudimentaire de bonne volonté à l'égard les uns des autres. Un proverbe arabe l'exprime de la manière la plus noble : « Un figuier regardant un figuier apprend à porter des fruits . Il est vrai qu'un autre dicton, encore plein des haines antiques, limite cette bonne volonté aux membres d'une même nation : !Ne regarde pas le dattier, dit l'Arabe, ne le regarde pas, car il ne parle pas à l'étranger .
Les exemples d'aide mutuelle parmi les animaux, cités dans les ouvrages des naturalistes, sont innombrables et il n'en est pas un seul qu'on ne puisse retrouver sous des formes peu différentes parmi les hommes 1 . Les fourmis et les abeilles fournissent à cet égard des faits d'une telle éloquence qu'il faut s'étonner de l'oubli momentané dans lequelles ont laissées les protagonistes d'une lutte constante et sans merci entre tous les êtres combattant pour l'existence. Sans doute des guerres se produisent entre telle et telle espèce de fourmis; elles aussi ont des conquérants, des propriétaires d'esclaves; mais il faut constater également qu'elles s'entr'aident au point de se nourrir mutuellement en cas de nécessité, de s'adonner à des travaux agricoles et même industriels, tels que la culture de certains champignons et la transformation chimique des grains, enfin de se sacrifier les unes pour les autres avec un dévouement absolu. Des colonies de fourmis, comprenant des centaines ou même des millions de fourmilières habitées par des espèces alliées, n'offrent que des scènes de bonne intelligence et de paix cordiale s . A la vue de toutes ces merveilles mentales, on est tenté de répéter les paroles de Darwin que » la cervelle de la fourmi est peut-être un prodige supérieur à la cervelle de l'homme » .
Et parmi les oiseaux, parmi les quadrupèdes et les bimanes, que d'exemples touchants de la solidarité qui unit certaines espèces ! La confiance mutuelle entre individus de la grande famille est telle que nul n'a besoin d'apprendre le courage : les plus petits oiseaux acceptent le combat avec un rapace; on a vu le hoche queue braver des buses et des éperviers. Les corneilles, conscientes de leur force, s'acharnent après un aigle et le poursuivent de leurs moqueries. Dans les terres
1. P. Kropotkine, L'Entr'aide. — 2. Forel, Bâtes, Romanes, etc.