‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 148 sur 364 · DECADENCE ET OPPRESSION · texte numérisé non relu

DECADENCE ET OPPRESSION

de tant de monuments antérieurs, qu'il finit par « donner le change à l'histoire » (Fr. Lenormant), et que les auteurs grecs le décrivirent,

N 146. Du Temple d'Ombos à celui de Soleb.

E.de Gr îl°

Kil

La plupart des constructions antiques de cette région du Nil datent de la 18 e dynastie. A Ombos (Nubit, Kum Umbu sur la carte N° 135), on voit les noms d'Amenhotep I er et de Thutmos III; à Semneh, ceux de Usertesen III (12 e dynastie) et de Thutmos III; à Amada, Thutmos III fit construire le temple de Ra; à Soleb, Thutmos III et Amenhotep III sont glorifiés.

A Ibsambul se trouve le temple souterrain de Ramsès II, dont les statues colossales ornent, l'entrée; à Philœ, Nectanebo (30 e dynastie) est le plus ancien souverain dont on retrouve le nom, les temples appartenant surtout à l'époque des Ptolémées.

en effet, comme le plus grand des rois. D'après ses propres écrits, il serait resté au milieu de la foule des guerriers hétéens, abandonné de ses propres soldats, et, se trouvant environné par 2 5oo chars, par des « millions d'ennemis », lui, « tout seul », il aurait néanmoins triomphé par la force de son bras. Mais ses exploits véritables cousis

tèrent surtout à faire capturer chaque année chez les peuples noirs de l'Ethiopie des milliers d'esclaves et à les enchaîner pour le travail des carrières. Sous sa férule, le pays s'appauvrit, la faim ravagea les campagnes, enfin, l'art disparut avec la liberté civile : après Sésostris, les sculptures ne furent plus que des œuvres barbares. On cessa complètement d'étudier les traits des modèles et, laissant de côté la nature, on se contenta de la représentation hiératique des individus. D'après F. Regnault 1 , les artistes anciens auraient poussé le scrupule jusqu'à copier les défauts physiques des personnages, y compris le rachitisme et les déformations du crâne. Mais Sésostris avait trop de vanité pour ne point se faire modeler comme « le plus beau des hommes , et ceux qui contemplent ses traits superbes, taillés dans le grès rouge ou dans le granit, se laissent aller à répéter qu'il fut, en effet, « le plus beau 2 . Par une singulière ironie du sort, la momie de ce fanfaron devait être conservée jusqu'à nos jours, et les visiteurs qui déambulent dans le musée de Giseh peuvent l B étudier à leur aise, débarrassée de sa couche de goudron, la physionomie de Sésostris, à l'air peu intelligent, légèrement empreinte de bestialité, mais orgueilleuse, têtue, et de majesté souveraine 3 .

Les temples, les colosses, les pylônes, les sphinx et les obélisques sont avec les pyramides les seuls monuments que nous ait laissés l'antique Egypte : aucune construction civile ne nous est restée ; on dirait que rien n'exista dans ce monde ancien en dehors des rois et des prêtres. Certes, les hommes pullulèrent dans la riche vallée, mais ils furent tenus pour rien, pour une foule faite pour servir. Les conditions du milieu géographique ont même voulu que ustensiles de scribe les v m es n ' a ient poinj laissé trace de leur existence comme organisme collectif. Situées dans une vallée linéaire, qui se

1. Bull, de la Soc. d'Anllirop. de Paris, séance du 20déc. 1894. — 2. Amelia Edwards Two Thouscind Miles up ihe Nile. — 3. H. Brugsch, Aus dem Morgenlande, p. 172.

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