‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 149 sur 364 · DECADENCE ET OPPRESSION · texte numérisé non relu

DECADENCE ET OPPRESSION

développe comme un fil sinueux du sud au nord, les cités d'Egypte n'avaient point à craindre d'attaque de leurs voisins : les rares Bédouins des ravins latéraux, ouverts à droite et à gauche du Nil dans les montagnes, n'eussent pas osé attaquer les populations si denses de la plaine. Les villes n'avaient donc pas eu besoin de se donner une

individualité précise, limitée par une

ceinture de

D'après CbampoUion.

DÉTAILS DE LA TOILETTE D'UNE DAME ÉGYPTIENNE, IL Y A 3 000 ANS, PEINTUBE MTJBALE DE THÈBES

remparts. Les agglomérations urbaines de l'Egypte différaient à cet égard des cités de la.Chaldée, qui avaient dû se fortifier puissamment, ainsi que le raconte Hérodote, à cause de leur position très exposée dans un large territoire ouvert de plusieurs côtés 1 : divers royaumes hostiles pouvaient y naître, s'entre-heurter, déplacer leurs frontières, et les invasions des montagnards, échelonnés à l'est sur les gradins

National Society of Geography, 1897, p. 173. Washington.

des plateaux, constituaient pour les cités d'en bas une menace incessante.

Si les demeures fragiles des foules innombrables qui peuplaient l'Egypte ont disparu, du moins l'école reste, car on peut considérer toute la vallée du Nil comme une immense salle de classe, tant elle était couverte d'inscriptions contenant les enseignements donnés au peuple par les prêtres et les rois, et surtout par l'engeance des flatteurs et des scribes. La manie de l'écriture administrative s'était emparée de la hiérarchie des fonctionnaires : les graveurs d'inscriptions étaient partout à l'œuvre. Tous les monuments de l'Egypte, toutes les statues, corps et même visages y compris, les meubles, les amulettes sont couverts de lettres pressées qui prétendaient éterniser les personnages dont les noms étaient mentionnés, et qui continuent de nous imposer certains détails des plus insignifiants, ainsi que d'interminables redites et formules. La pierre était à cette époque aussi chargée de vétilles que le furent plus tard les parchemins et les papiers. Mais heureusement, les chercheurs n'ont pas été découragés par la banalité de la plupart des inscriptions, par l'insignifiance de presque tous les papyrus, copie de copies et formulaires dont le sens est perdu.

De nombreux lecteurs s'occupent de déchiffrer ces documents et parfois, comme une pépite d'or en une charretée de boue, on découvre des faits d'histoire, des noms de lieux et de peuples, des dates importantes, des recettes de chimie ou de thérapeutique, des paroles de haute morale, des pensées profondes et de nobles sentiments. Car, on ne doit point s'imaginer, comme on se laisse aller volontiers à le faire, que nos aïeux, si éloignés dans le temps, n'aient pas éprouvé toutes nos passions, réfléchi sur les mêmes problèmes et n'aient pas su exposer leur âme avec la même puissance d'expression que nos contemporains. Quelques-uns de ceux-ci croient avoir tout inventé, y compris l'amour, et certains ouvrages d'ethnologie affirment sérieusement de telle ou telle peuplade que le mystère de la tendresse passionnée y reste absolument inconnu. Quoi qu'il en soit, nous savons que les Egyptiens, dès le commencement de leur histoire écrite, avaient trouvé le langage du cœur ; or, ces paroles, si menteuses qu'elles puissent

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