‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 151 sur 364 · CI. David Gardiner · texte numérisé non relu

CI. David Gardiner

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Mais à l'époque où toute parole émue est sacrifiée aux redites des prêtres, à lia vanité des souverains, on put croire que l'Egypte tout entière allait être momifiée comme les cadavres de ses morts. Telle est la raison pour laquelle les Grecs, en hommes si mobiles, si impressionnables à toute nouveauté et si prompts à changer eux-mêmes, virent dans les Egyptiens ce peuple « immuable » dont parle encore Bossuet. Cette impression première ressentie par les voyageurs hellènes nous est restée, et si tout le décor extérieur a changé par suite des invasions étrangères et des grandes évolutions mondiales, il est certain qu'à maints égards les masses profondes de la population

1. Bonola, Bull, de la Soc. khédiviale de Géogr., 1 896, n° 10.

ont gardé l'empreinte reçue pendant les âges pharaoniques. Pratiques ordinaires de la rie, recettes de ménage, superstitions se sont aussi maintenues d'une manière surprenante à travers toutes les révolutions, les changements de régime politique, de religion et même de langue. C'est ainsi que les procédés de l'arpentage des terres ne se sont en rien modifiés depuis le temps des Pharaons jusqu'à la récente domination britannique. Vers 1890, les Anglais ayant eu à procéder au nouveau cadastre de la vallée du Nil, pour fixer l'impôt exactement en proportion de la surface des cultures, constatèrent que les règles d'arpentage suivies actuellement par les paysans égyptiens étaient exactement celles dont les formules, utilisées il y a quatre mille ans, se déchiffrent maintenant sur les papyrus retrouvés dans les tombeaux. Telle de ces règles donne des résultats étonnamment rapprochés des opérations mathématiques exactes employées aujourd'hui 1 .

Si l'histoire marche d'un pas lent dans les contrées dont la population est, par suite du milieu de nature, astreinte pendant la succession des siècles à la continuation traditionnelle des mêmes travaux agricoles, elle marche cependant, et, sous la pression des peuples environnants, l'Egypte elle-même ne cessa d'évoluer, tantôt en un mouvement de progrès, tantôt régressivement. Toujours par suite de la fascination qu'exercent sur la postérité les dires des auteurs grecs, c'était encore hier un axiome d'histoire que l'Egypte ne s'était pas ouverte au commerce international avant l'époque du premier Psamitik, c'est-à-dire il y a de .vingt cinq à vingt-six siècles. Mais les témoignages historiques abondent pour nous prouver que, bien auparavant et à diverses reprises, les alternatives des événements et la puissance des intérêts en jeu avaient mis l'Egypte en relations régulières avec ses voisins, et d'ailleurs, les origines mêmes de la nation peuvent-elles se concevoir autrement que par l'arrivée d'étrangers du nord et du midi s'établissant dans la vallée du Nil, alors marécageuse et forestière, pour en conquérir graduellement le sol et le mettre en défense contre les retours du fleuve, à la fois désirés et redoutés.

Les tombeaux des premiers rois contiennent, en grand nombre, des

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