‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 278 sur 364 · André Lêîèvré, L'Histoire, pp · texte numérisé non relu

André Lêîèvré, L'Histoire, pp

AUSONES, OMBRIENS, GRECS 429

péninsule Italique par les passages des Alpes orientales, les vallées de la Save, de la Drave et du Danube, il dut se produire aussi des mouvements d'exode plus directs et moins lents à travers l'Adriatique. Lorsque les tribus de montagnards jaloux, que les rivalités pour la possession des fontaines, des bois, des pâturages tenaient en état de guerre permanente, trouvaient le sol héréditaire trop étroit pour elles, ou avaient à fuir d'impitoyables vainqueurs, il leur fallait quitter la citadelle de rochers et descendre vers la mer, peut-être même cingler directement vers la rive opposée : avant l'histoire, les mêmes causes amenaient sans aucun doute les mêmes résultats que ceux dont les annales nous fournissent un si grand nombre d'exemples. Les déplacements de toute nature, et les refoulements qui en étaient la conséquence, entraînèrent donc souvent des expéditions de fuite ou d'aventure entre les côtes dalmates et celle de l'Italie. Or, parmi ces émigrants de la péninsule orientale, combien appartenaient, comme les autres Italioles, à des tribus apparentées aux Grecs, et combien qui même étaient de purs Hellènes? Si le nom de « Grecs >, très peu usité chez les Hellènes eux-mêmes, est celui que nous ont transmis les Romains comme la désignation par excellence de toute la nation, la cause n'en est-elle pas à ce que la peuplade des Graïkoï, habitant les forêts de l'Epire et les vallées sacrées de Dodone, était surtout représentée parmi les colons de l'Italie méridionale ?

Enfin, nombre d'immigrants arrivèrent en Italie en traversant la mer Ionienne. Il n'est plus possible de douter qu'à une époque très ancienne les nautoniers de plus d'une peuplade intrépide avaient appris à affronter la haute mer. À l'époque où les Romains prirent connaissance des œuvres des rhapsodes grecs, beaucoup de légendes se formèrent dans lesquelles les familles patriciennes se choisissaient un ancêtre parmi les héros de Ylliade, mais sont-ce là uniquement des légendes? Y a-t-il simple coïncidence entre la Cireé d'Homère et le cap Circé, derrière lequel s'abritent les marais Pontins ? Ne savons nous pas qu'on attribuait à Enée la fondation de Lavinium avant que la vanité x'omaine s'emparât de ce héros ? Les inscriptions nilotiques ne disent-elles pas que, sous Ramsès II, Menephtah et Ramsès III — i 3oo ans avant l'ère vulgaire — , des peuples d'Asie Mineure vinrent attaquer le Delta par mer, et, parmi ces navigateurs, ne voit-on pas les Charda, Ceux qui donnèrent ensuite son nom à la Sârdâigné, et les

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Tureha, identifiés avec les Tyrsènes que nous retrouvons plus tard en Etrurïe ?

A ces Grecs de l'époque héroïque, à Ces vainqueurs et vaincus dés guerres de Troie, qui, antérieurement à l'histoire écrite, s'embarquèrent dans les découpures littorales et insulaires de l'Anatolie et de l'Hellade pour chercher aventure sur les côtes de l'Occident ou s'y fixer en une nouvelle patrie, succédèrent d'autres Grecs dont les annales ou du moins les traditions racontent le voyage et dont on connaît la race et le lieu d'origine : tels les Corinthiens fondant Syracuse, les Rhodiens abordant au pied du Vésuve, tels enfin les colons qui firent la gloire de la Grande Grèce.

Au nord de la basse vallée du Tibre, où s'éleva Rome, le tronc de la péninsule Italienne présente des ressemblances très remarquables avec le sud de l'Italie qui fut la Grande Grèce. Des deux côtés se présente le contraste net entre les montagnes qui occupent la région de l'ouest et les plaines de la côte orientale ; mais, dans la moitié méridionale de la Péninsule, l'opposition est plus violente, plus brusque des monts abrupts aux campagnes de la base, et par conséquent les populations restèrent plus différentes les unes des autres, le mariage des intelligences et des mœurs se fit d'une manière plus incomplète. Dans l'Italie toscane et au nord de celle-ci, les Apennins et les autres chaînes de montagnes qui appartiennent au même système orographique occupent une beaucoup plus grande largeur et s'alignent suivant une orientation quelque peu différente; en outre, l'ensemble des monts offre un aspect plus adouci, les vallées découpent dans le massif un plus grand nombre de passages : la nature est plus humanisée et les influences mutuelles de peuple à peuple ont pu se produire plus librement.

A l'époque où le petit Etat de Rome arrivait à la conscience de son individualité parmi les groupes politiques de l'Italie, la région des Apennins où le Tibre et l'Arno entremêlent leurs sources était occupée surtout par les Etrusques ou Rhasena : ce sont les hommes que lès Egyptiens avaient connus sous le nom de Turçha et que les premiers chants grecs appellent les Tyrsènes. D'après les traditions et les témoignages fournis par les auteurs de l'antiquité et que l'on essaie de juxtaposer en un récit cohérent, ces Etrusques ou Etruriens venaient de l'Asie Mineure et de la Thrace; ils

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