PREMIERE GUERRE PUNIQUE
de leurs armées de mercenaires se trouvaient des généraux grecs formés à l'école d'Alexandre : les forces romaines ne purent se maintenir au sud de la Méditerranée, et c'est dans les eaux de la Sicile, près de la péninsule natale, que la lutte se continua. Enfin, après vingt années d'efforts, malgré les succès d'Hamilcar Barca, ou « La Foudre >-, qui avait appris l'art de la guerre à l'école Spartiate, Carthage dut abandonner la Sicile, puis la Sardaigne et la Corse, s'abaisser même à
Musée du Vatican.
Cl. Alinari-
BIREME ROMAINE
payer un tribut. Elle passa ensuite trois années de terreur à guerroyer sans merci contre ses propres soldats, gens de toute race et de toute langue, recrutés pour les combats et pour le butin, et qui, n'ayant pu saccager Rome, voulaient piller Carthage.
Mais, si redoutables que soient les armes pour ceux-là mêmes qui les manient, la continuation du conflit était inévitable et, de part et d'autre, on se préparait à soutenir le deuxième choc. L'intervalle de plus de vingt années qui sépare les deux guerres puniques fut employé par les puissances hostiles à étendre leur domaine autour du bassin II 24
l'homme et la terre.— Rome
de la mer Tyrrhénienne. Elles allongèrent les bras, si l'on, peut dire ainsi, en poussant leur domination plus avant sur le littoral méditerranéen le plus rapproché d'elles : c'était une façon indirecte mais aussi efficace de se combattre. Les Carthaginois s'emparèrent des côtes de Maurétanie jusqu'à l'Océan; Hamilcar Barca soumit successivement tous les peuples de l'Espagne jusqu'à l'Ebre, et, maître dès riches mines d'argent de Garthagène, une « Nouvelle Carthage », il alimenta de loin le trésor de la mère patrie. Quant à Rome, elle poursuivit l'extension de son territoire en complétant sa domination dans l'Italie du Nord, puis par delà les Alpes dans la direction du Rhône et des Pyrénées. En outre, les traités lui avaient donné en Espagne même une précieuse alliée, la forte Sagonte, barrant au sud de l'Ebre la .route du littoral.
Fils d'Hamilcar Barca, Hannibal, devenu chef de l'armée carthaginoise dans la péninsule Hispanique, ne voulut pas se résigner à laisser cette épine dans sa chair. Il prit Sagonte, au double risque d'un désaveu de ses concitoyens puniques et d'une déclaration de guerre de la part des Romains, puis, quand le conflit eut réellement éclaté, il n'attendit point l'ennemi ? Et cependant il n'avait pas de flotte : il résolut de s'élancer à travers les régions encore inexplorées du Nord, de franchir les Pyrénées et. les Alpes, et d'aller, dans les plaines du Pô, donner la main aux Gaulois frémissants qui. se rappelaient avec amertume les dernières batailles de leur guerre d'indépendance. Avec une audace et une prescience qui firent l'étonnement des peuples et qui font encore de sa merveilleuse campagne un événement presqu'ineoniparable dans l'histoire des guerres, Hannibal accomplit sa marche presque en secret : il traversa la Catalogne et la Gaule nârbonnaisé sans opposition sérieuse, mais éprouva quelques difficultés au passage du Rhône. Les Romains pourtant, campés dans la Provence, ne purent faire la moindre tentative pour l'arrêter sur sa Toute ni pour l'attaquer de flanc dans ses détours vers le Nord et les hautes vallées des monts.
C'est d'une manière très vague que l'histoire écrite nous dit comment Hannibal franchit les Alpes. Nous possédons, il est vrai, le récit d'un auteur i qui visita consciencieusement les passages de ces